Écrire gratuitement dévalorise l’écriture, le métier… (MàJ no2)

Des gens acceptent d’écrire en échange de visibilité. Ils acceptent de ne pas être payés. Est-ce que la visibilité est devenue une nouvelle monnaie ? Comment les fournisseurs de contenus, surtout les pigistes, peuvent ensuite négocier un tarif ? Comment justifier de se faire rémunérer alors que des personnalités ne l’exigent pas ? Pourquoi le contenu a de moins en moins de valeur ?

Le débat fait rage depuis l’annonce du Huffington Post Québec qui fera appel à une armada de blogueurs, des personnalités, qui ne seront pas payées. Simon Jodoin a parti le bal, puis en a rajouté. Renart Léveillé a plutôt proposé aux blogueurs de participer à son site Le Globe, sorte de un Huff Post Québécois qui n’offre pour le moment ni salaire (MÀJ : pas encore mais c’est dans les plans), ni visibilité (MÀJ : Pas aussi grande que celle du HPQ), mais qui espère générer des revenus. Puis Le Voir est intervenu en soulignant que ses blogueurs étaient payés. 5$ pour 1000 clics…

Est-ce qu’un plombier, un caméraman, un avocat, un maçon, un ingénieur, un imprimeur, un graphiste, un politicien travaille gratuitement ? Demande-t-on à notre comptable, notre épicier, Hydro ou notre banquier si on peut le payer en visibilité ? Pourquoi des journalistes, des blogueurs, des écrivains devraient écrire gratuitement, toujours.

Écrire est un métier. On l’oublie trop souvent. Ça ne veut pas dire que plein de gens ne peuvent pas écrire pour le plaisir, le web le permet. Avant, on écrivait dans un journal intime, ou on écrivait sur le coin du feu. Maintenant, tout le monde se met à écrire, et surtout à donner son opinion. Le web a permis à des blogueurs de se faire lire, de donner son opinion, ou pas. Tant mieux.

Mais écrire est aussi un métier, je le répète. C’est un travail et tout travail mérite rémunération, à quelques exceptions près. Si j’écris gratis, comme je vais vivre ? Si tout le monde se met à écrire gratis, pourquoi engager des journalistes, des chroniqueurs et des blogueurs ? Pourquoi les payer ?

Heureusement des clients comme Radio-Canada, Coup de Pouce, L’actualité, MSN, Yahoo, Elle Québec payent pour écrire sur le web. J’ajoute Branchez-vous, même si les tarifs sont ridiculement bas. Outre le HPQ, il y a aussi Urbania qui ne payent pas les gens qui écrivent dans la revue. Une revue qui est vendue.

Nathalie Collard le dit aussi : tout travail mérite une rémunération.

«Voilà pourquoi la participation de personnalités bien en vue comme Amir Khadir, Françoise David (ces derniers ont finalement décidé de ne pas participer), Steven Guilbault ou Bernard Drainville, des gens identifiés à la gauche ET un ancien journaliste, soulève l’ire de la communauté journalistique. En acceptant de bloguer gratuitement, ils participent à la dévalorisation du travail d’écriture et de production de contenu pour lequel des associations comme l’AJIQ (Association des journalistes indépendants du Québec) se battent depuis des années.

En acceptant de bloguer bénévolement, ils donnent raison à la logique de Mme Huffington: tes mots, ton opinion en échange d’une certaine visibilité. Ce faisant, ils oublient un principe primordial.
Tout travail mérite salaire. »

Et ça se bouscule pour écrire gratis
Dans le Devoir, Pat White, l’éditeur du Huffington Post Québec souligne que les blogueurs se bousculent pour écrire gratuitement pour une entreprise rachetée 300 millions par AOL. Pas pour un organisme sans but lucratif. Pas une entreprise qui a du mal à joindre les deux bouts.

Plusieurs personnes que je connais écriront pour le site web. Projet J a été le premier à dévoiler quelques noms, Françoise David, Amir Khadir, Steven Guilbeault, Normand Baillargeon, Évelyne de la Chenelière, Jean Barbe, Djemila Benhabib, Charlotte Laurier, Bernard Drainville, Yves-François Blanchet, Louise Harel, Philippe Couillard, Michel Kelly Gagnon, Louis Bernard, Jean-Philippe Warren, Pierre Curzi et Bruno Guglielminetti, puis Jocelyne Robert est sortie du placard et explique qu’elle n’offrira pas du contenu original au HPQparticipera, mais qu’on n’exige pas seulement du contenu original, , puis Marc-François Bernier, un professeur, observateur de la scène journalistique. Il souligne qu’il a toujours offert ses analyses et opinions gratuitement aux médias.

Dans un article de la Presse
, le député Yves-François Blanchet souligne qu’il s’agit du même type d’opinion qu’une lettre ouverte dans les médias. Alors dans ce cas, que le HPQ réserve une place identifiée comme étant des lettres d’opinions des politiciens. Mais une chronique régulière ? Non.

Projet J souligne que le Voir s’indigne donc et paye ses blogueurs… 5$ pour 1000 clics, ce qui correspond en gros à un salaire moindre que le salaire minimum. Sans oublier l’historique de Voir avec les pigistes, qui n’est pas très glorieux. Bref, avant de s’offusquer, il serait bon de faire le ménage dans sa propre cour.

Et pour finir, outre les tarifs décents, on doit aussi offrir aux pigistes des contrats équitables et des conditions respectueuses. C’est pour ceci que l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) se bat pour obtenir la négociation collective. Pour avoir des conditions minimums décentes. Ce qui n’est pas le cas en ce moment.

Plusieurs ont abordé le sujet
Nadia Seraicco parle du fait qu’on attire des personnalités pour bloguer, car ceux-ci attirent la publicité. On ne paye donc pas ceux qui permettent que le site soit rentable.

Patrick Lagacé compatit avec les pigistes, mais n’est pas trop hérissé par le fait que les blogueurs travaillent gratis.

Martin Lessard a parlé de l’effet de l’arrivée du HuffPost sur le visage médiatique québécois sur Triplex.

Même débat en France où les blogueurs ne seront pas payés. Rue89 en parle.

MÀJ : ça continue à jaser sur le sujet. Mario Asselin analyse le sujet et a finalement décidé de ne pas écrire pour le HPQ. Il se demande si la quête de visibilité justifie d’encourager n’importe quel modèle d’affaires. Michel David pointe du doigt Amir Khadir.

Mise au point: J’écris sur mon blogue perso ici pour le plaisir, pour moi, c’est mon coin. Mon choix.

J’ai co-fondé RueMasson.com avec quatre amis pour le plaisir et pour créer un nouveau type de média, notre propre entreprise. Pour le moment, nous ne nous payons pas. Nous ne payons pas les journalistes bénévoles très généreux qui écrivent pour nous. L’argent que l’on fait avec la publicité, on le dépense pour la logistique, l’administration, des flyers et j’en passe. Le jour où nous, les propriétaires, commenceront à se payer, les autres journalistes seront aussi payés. L’un n’ira pas sans l’autre. Il serait vraiment triste de ne pas arriver à développer un modèle d’affaires qui ne pourrait financer le contenu, mais je suis certaine qu’on y arrivera avec le temps. Une entreprise n’est pas toujours rentable du jour au lendemain, surtout dans le monde des médias.

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15 Réponses

  1. Bonjour Cécile,

    Ca va toujours tous les secteurs d’activités. J’ai connu ca quand j’étais photographe professionnel. Avec l’avènement du tout numérique, c’est tellement facilement maintenant de produire. Attention, je parle uniquement produire pas forcément de qualité mais on vit dans une époque ou le suffisant bon est plus que tolérer! Quand je vois les photos sur les sites et autres facebook ou tout le monde s’extasie pour une photo plus que mauvaise… Ca me désole mais bon, les gens sont content avec! Le monde de l`écriture n’y échappe pas! Regarde sur Amazon et des livres à 99 cents. Comment un auteur peut vivre avec 70 cents dans sa poche. Faut en vendre en masse pour avoir un revenu descend… Il faut se diversifier et/ou avoir une niche, offrir un excellent service et être disponible. Voila les clés de la réussite. Mes clients ne me demandent pas de travailler gratuitement car ils reconnaissaient la qualité de mon travail et cela a un prix… Bonne chance!

    Amicalement,
    Frédéric, français d’origine, canadien d’adoption.

  2. Cécile, je suis d’accord avec le fond du débat mais les exemples pris ne sont guère convaincants. En effet, Françoise David, Amir Khadir, Louise Harel, Philippe Couillard, Pierre Curzi, Bernard Drainville, Yves-François Blanchet, Louis Bernard pour ne parler que de ceux-là ne sont pas journalistes. Toutes les personnes à forte notoriété qui ont accepté d’écrire "gratuitement" pour le HuffPo Québec ne le font pas à titre de journalistes. Ils sont là pour nous vendre quelque chose (idées, etc.). Un billet de Pierre Curzi ou de Louise Harel n’est rien d’autre qu’une infopub (je schématise un peu, mais quand même). Qu’ils décident de le faire en échange de visibilité et non de $$$ ne me choque pas du tout. Par contre, si le HuffPo Qc annonçait une embauche de journalistes et chroniqueurs sans rémunération en $$ sonnants et trébuchants alors oui, je serais entièrement d’accord avec les propos ci-dessus.

  3. [...] Écrire gratuitement dévalorise l’écriture, le métier… « La planète écolo de Cécile Glade… Écrire est un métier. On l’oublie trop souvent. Ça ne veut pas dire que plein de gens ne peuvent pas écrire pour le plaisir, le web le permet. Avant, on écrivait dans un journal intime, ou on écrivait sur le coin du feu. Maintenant, tout le monde se met à écrire, et surtout à donner son opinion. Le web a permis à des blogueurs de se faire lire, de donner son opinion, ou pas. [...]

  4. [...] continuer votre lecture à ce sujet, je vous conseille le billet de Cécile Gladel : http://cecilegladel.wordpress.com/2011/12/21/ecrire-gratuitement-devalorise-lecriture-le-metier/ me rejoindre sur Facebook | Twitter | Google + | LinkedInLes opinions émises par les auteurs [...]

  5. Cécile,

    merci de parler de notre projet Le Globe, mais je me pose des questions quant à cette phrase :

    « sorte de Huff Post Québécois qui n’offre ni salaire, ni visibilité, mais qui espère générer des revenus. »

    Ça me donne l’impression qu’il est dit que nous avons le même modèle d’affaires que le HuffPostQc alors que nous voulons, tout comme vous avec Rue Masson, payer nos gens quand les revenus publicitaires seront au rendez-vous.

    Pour ce qui est de notre visibilité, je ne crois pas qu’elle soit nulle, comme indiqué. Nous sommes vraiment sur la bonne voie pour un si jeune site. Je constate avoir une certaine visibilité avec mon blogue personnel et Le Globe le bat à plate couture après seulement un peu plus d’un mois d’existence.

    Aussi, je viens de publier une mise à jour concernant QS (où j’inclus un lien vers ce billet-ci), et j’annonce que nous aurons le plaisir d’accueillir les écrits des deux têtes dirigeantes chez nous :

    http://leglobe.ca/blog/2011/12/huffpostqc-qs-ne-recule-pas-et-meme-avance-vers-nous/

    P.S. Renart, ça prend un T à la fin, pas un D… ;-)

  6. Oups! J’ai oublié de m’abonner aux commentaires…

  7. Article très pertinent. D’Ailleurs, je trouve que la réflexion qui s’en dégage s’applique très bien au monde de la photographie de presse qui ne cesse de niveler vers le bas.

  8. Frédéric et Sigmnud : Oh oui les photographes sont aussi dans le même bateau et font face aux mêmes problèmes, en effet….

    Isabelle : oui les politiciens se font de la pub, mais ce ne sont pas les seuls blogueurs qui acceptent de ne pas être payés. Il y a plein d’autres personnes et tout ça mis ensemble, ça fait qu’on dévalorise le coût de l’écriture.

    Renart: Je ne voulais pas dire que vous aviez le même modèle d’affaires, mais que vous aviez aussi des blogueurs et des opinions. Corrige moi si je me trompe, mais vous n’êtes pas un média avec des journalistes qui rapportent de l’info ?
    Et pour les revenus publicitaires, je reste persuadée qu’un média ou site web ne peut en vivre exclusivement. Ce temps là est terminé.
    et je corrige ton nom.

  9. « Je ne voulais pas dire que vous aviez le même modèle d’affaires, mais que vous aviez aussi des blogueurs et des opinions. »

    Désolé, mais quand je lis «sorte de Huff Post Québécois qui n’offre ni salaire, ni visibilité, mais qui espère générer des revenus », ça me dit que nous serions seulement un sous HuffPostQc, alors que dans le deuxième paragraphe du billet que pourtant tu pointes par hyperlien j’explique que « notre plus grand désir est de générer des revenus pour pouvoir payer nos blogueurs » et que « nous espérons en générer au courant de l’année 2012 ». Mais bon, je comprends que tu ne crois pas tellement que ça pourrait arriver alors…

    Comprends-moi, j’ai un projet qui me tient très à coeur et je le vois dépeint négativement… C’est triste.

    « Corrige moi si je me trompe, mais vous n’êtes pas un média avec des journalistes qui rapportent de l’info ? »

    Non, pas encore…

  10. Renart: je ne voyais rien de négatif dans mes mots. Tu as mal interprété…
    Quand a se financer par la publicité, je te parler d’expérience… La tarte publicitaire ne grossit pas, au contraire et plusieurs médias se la partagent…

  11. Nuance Cécile. Je n’ai jamais dit que je n’offrirais pas de "contenu inédit" au HPQ. J’ai écrit que j’ai accepté de bloquer pour le HPQ parce qu’il n’exigeait pas de contenu inédit ( tout comme le Plus Nouvel Obs qui publie mes articles à l’occasion.

  12. [...] toute collaboration directe» avec le HPQ. Enfin, Cécile Gladel a aussi écrit sur le sujet, « Écrire gratuitement dévalorise l’écriture, le métier… ». Et puis (faut pas que j’oublie), il y a aussi le Voir qui a bougé et annonce [...]

  13. Merci pour les Màj Cécile! :-)

    Et un joyeux temps des fêtes rempli surtout de repos (question de récupérer du tourbillon de la pige!)! ;-)

  14. La question est pertinente et délicate, mais je ne peux pas juger des exemples que vous donnez depuis la France…
    Pour ma part, je suis d’accord pour dire qu’écrire est un métier, encore que… pas tout à fait : je dirais plutôt que plusieurs métiers nécessitent une activité d’écriture soutenue. En revanche, il me paraît inexact de penser que toute écriture mérite rémunération. Comme vous le dites à propos de votre blogue, écrire publiquement en acceptant de ne pas gagner d’argent peut être un choix.
    Avec mes deux blogues et les quantités de textes que j’écris hors de mes professions lucratives, je ressens profondément la différence.
    Merci pour vos articles,
    sébastien h.

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