Ne cédez pas vos droits moraux, ne signez pas!

Régulièrement, des clients (des médias qui publient des journaux et des revues) demandent à des journalistes indépendants de brader leur travail tout en signant des contrats inacceptables. Les droits d’auteurs et moraux de ces journalistes (tout aussi professionnels que les journalistes permanents dans les salles de rédaction) sont bafoués. L’Association des journalistes indépendants du Québec s’en offusque régulièrement et recommande à tous les journalistes pigistes de ne pas signer de tels contrats. J’appuie mon association.

Nos clients, des entreprises de communication, qui devraient se faire une gloire de respecter les gens qui écrivent pour eux, nous demandent au contraire de céder allègrement nos droits d’auteur et pire notre droit moral sur une oeuvre.

Ça veut dire quoi ? Que le client pourra reprendre notre texte pour de la publicité s’il le désire ou la sortir hors de son contexte. Bref, faire ce qu’il veut avec ce qu’on écrit. Si des personnes sont citées et ont été interviewées pour l’article, ça veut dire que leurs propos pourraient aussi être cités lors du contexte. Imaginez votre crédibilité la prochaine fois que vous voudrez leur parler…

Ne signez pas

Ne signez pas. Une journaliste pigiste vient d’écrire un billet pour expliquer pourquoi elle a dû renoncer à sa chronique dans le Toronto Star. Oui il y a encore des gens, des journalistes qui ont des principes et qui renoncent à de l’argent, beaucoup d’argent, une régularité et une chronique que l’on aime faire pour leurs principes. Je l’ai déjà fait à plusieurs reprises dont la fois où j’ai renoncé à un contrat payant et régulier.

Ne signez pas. Depuis quelques jours, c’est au tour de Transcontinental de faire signer un abominable contrat où les journalistes doivent céder leur droit moral sur leur article, entre autres clauses inacceptables.

Ne signez pas. Du côté aussi du Canada anglais, les journalistes pigistes ne signent pas et dénoncent ce type de contrat.

TVA publications l’a fait avant ça et l’AJIQ avait dénoncé ce contrat. Je ne travaille plus pour eux depuis.

Ne signez pas. Ce type de contrat va à l’encontre du travail journalistique qui fait que notre travail pourrait être modifié et utilisé à des fins publicitaires sans notre consentement. Imaginez les gens avec lesquels on fait des entrevues pour les articles. Ils pourraient être cités hors contexte. Notre crédibilité en prendrait pour son rhume.

Ne signez pas. Par solidarité avec tous les journalistes pigistes. Si personne ne signe, notre pouvoir de négociation et celui de l’AJIQ sera plus fort.

Ne signez pas. Le travail des journalistes pigistes n’est pas à vendre à bas prix.

Ne signez pas. Dans ce cas, il vaut mieux faire de la rédaction publicitaire. Au moins on est bien mieux payé et c’est transparent et clairement de la publicité.

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La vie de pigiste à Vous êtes ici.

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Non je ne donnerai pas mon travail gratuitement !!!

Le projet de loi C-32 du gouvernement canadien sur le droit d’auteur n’est pas équitable. Des artistes connus ont attiré l’attention sur ce projet de loi en allant manifester contre son adoption hier à Ottawa. Les auteurs-compositeurs et chanteurs sont contre. Ils ne veulent pas donner leur musique.

Les auteurs et les journalistes indépendants sont contre. On ne veut pas donner notre travail gratuitement. Pourquoi ce sont toujours les gens qui écrivent qui devraient gracieusement et naturellement partager leurs textes ? Désolée, mais quel professeur va travailler gratuitement ? Quels directeurs d’écoles ? Quels concierges ? Quelle maison d’édition distribuera gratuitement ces livres pour les écoles ? Aucun. Quels commerçants donneront leurs produits gratuitement ? Quel maçon travaillera gratuitement ? Quel avocat ? Quelle secrétaire ? Quel employé ? Alors pourquoi pourrait-on faire des copies de mes textes à des fins éducatives gratuitement ? Pourquoi ne veut-on jamais payer les gens qui écrivent ? Pensez-vous que l’on vit d’amour et d’eau fraîche ?

Je suis touchée doublement. À titre de journaliste indépendante et d’auteure de livres. Car je reçois des sommes d’argent de Copibec pour les copies que font les écoles, bibliothèques, compagnies et autres institutions de mes textes. L’éducation est sous-financée ? Tout à fait d’accord. Mais c’est au gouvernement d’y voir, à l’ensemble de la société. Ce n’est pas aux auteurs et journalistes indépendants, déjà sous-payés, à financer le matériel scolaire.

L’association des journalistes indépendants du Québec fait partie des nombreuses organisations qui s’opposent à cette loi.

Je copie une partie du texte de la pétition que je vous engage à signer en soutien aux auteurs, artistes et journalistes.

Nous affirmons donc avec les auteurs et les artistes :
-qu’il est inacceptable de les priver d’une rémunération équitable en échange de l’utilisation de leurs œuvres;
-que rien ne justifie qu’une catégorie de travailleurs soit contrainte par une loi à renoncer à être rémunérée pour son travail ;
-qu’il est injuste de faire reposer sur les seules épaules des créateurs la défense de leurs droits, en la faisant dépendre d’un recours obligé aux tribunaux ou de la mise en place de mesures de protection technologiques coûteuses.

*Je sais que donner et gratuitement ensemble ne se disent pas. C’est un pléonasme. C’est fait exprès. Pour être bien certaine d’être bien comprise. Vraiment.