Faut-il plus de rues piétonnes ?

Intéressante discussion ce matin à l’émission d’Isabelle Maréchal, animée par Marie Plourde durant l’été, sur les rues piétonnes. Est-ce un moyen pour revitaliser un quartier ? Une rue commerciale? J’en discutais avec le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, qui comme moi, ne pense pas que les rues piétonnes sont la panacée. La discussion est ici.

La piétonnisation est souvent vu comme la mort pour les commerçants qui l’avaient refusé les fins de semaine de l’été sur Masson. Pourtant, ce sont les mêmes commerçants qui organisent les ventes-trottoir et ferment les rues ?

Évidemment, la piétonnisation n’est pas la solution, loin de là, pour toutes les rues. Nous ne sommes pas en Europe avec une forte densité urbaine. Il y a bien des solutions pour verdir, revitaliser et améliorer nos rues avant de les fermer.

La rue Masson piétonne le temps d’une vente trottoir. Photo : Cécile Gladel

La violence inacceptable envers un élu

Parlant de Luc Ferrandez, pour ceux qui veulent le diaboliser (car il semble être le paratonnerre de toutes les personnes qui pensent que la circulation va mal à Montréal), il n’est pas un adepte de la rue piétonne à tout prix. C’était la première fois que je le rencontrais en personne et il est très sympathique. L’un des rares politiciens qui ne pratiquent pas la langue de bois.

Par ailleurs, je n’arrive pas encore à comprendre la violence des citoyens envers Luc Ferrandez. Un citoyen l’a insulté et a craché devant lui alors qu’il se promenait avec son bébé !?!. Lors d’une assemblée publique sur la fermeture de la rue Marie-Anne au niveau du parc Baldwin, un citoyen s’est levé en disant qu’il fallait le trouver et lui casser les deux jambes. Il a été chaudement applaudi. Quand un citoyen s’est levé pour dire qu’il ne fallait pas exagérer, il a été hué. Pardon ?!?

On peut être en total désaccord avec un élu (ou toute autre personne), mais rien, absolument rien, n’excuse ce type d’attitude indigne d’un être humain. Ce type de violence doit être dénoncée. Peut-on discuter et donner son opinion sans menacer, insulter ou cracher sur quelqu’un ? J’en avais déjà parlé d’ailleurs dans un autre billet.

J’en parlais aussi lors des manifestations ce printemps et que les manifestants se rendaient devant la résidence de Jean Charest. Inacceptable. Devant la résidence de chroniqueur. Tout aussi inacceptable.

L’automobile rend violent ?

Pourquoi les êtres humains et ici les automobilistes deviennent si violents et intolérants quand on réduit leur marge de manoeuvre ? Est-ce que l’auto nous rend inhumains? Je n’ai jamais vu ce type de réaction en Europe. On peut sabrer dans les services de santé, dans l’éducation et plus, sans que presque personne ne s’en formalise, mais osez changer le sens de quelques rues, restreindre un peu la marge de manoeuvre des automobilistes et on vous traite comme le pire des criminels. Il faudrait qu’un psychologue m’explique ? Pourquoi l’automobiliste devient violent ? On peut aussi parler des cas de rages au volant…

Et je m’inclus, quand je conduis, je suis une championne chialeuse. Mais je conduis beaucoup moins vite depuis que je couvre les conseils d’Arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie et que j’entends chaque mois des citoyens se plaindre de la vitesse sur leur rue. En ville, je respecte scrupuleusement les limites de vitesse maintenant. Je ne voudrais pas renverser un enfant, un cycliste…

Évidemment, il y a des cyclistes violents aussi. Mais ce n’est pas mon cas, je suis beaucoup plus sereine et tranquille quand je pédale que lorsque je conduis. Il faut vraiment en parler à un psychologue.

Verdir en étant délinquant

On pourrait aussi appeler ça du verdissement illégal… J’étais à Médium Large ce matin avec Marie-Claude Lortie pour parler de désobéissance écologique ou de guérilla jardinière. Ça s’écoute par ici et voici mes notes et de nombreux liens pour aller voir plus loin. Un sujet passionnant.

Il n’y a pas que le couple de Drummondville qui pratique la désobéissance par rapport aux règlements municipaux ou autres sur le verdissement. Plusieurs citoyens et groupes communautaires décident aussi de verdir, embellir pour limiter les espaces bétonnés, asphaltés et les terrains vagues, surtout en ville.

En fait la guérilla jardinière est née à New York dans les années 70 quand des gens se sont aperçus que des plants de tomates poussaient à travers des déchets et débris sur un terrain vague abandonné depuis presque 30 ans. C’est devenu le Clinton community Garden qui existe toujours.

Ces méthodes ont pour divers objectifs : verdir pour limiter les îlots de chaleur qui favorise les hausses de température en ville (surtout durant les canicules), pour limiter les inondations ( l’eau ruisselle sur l’asphalte et le béton alors qu’elle est absorbée par la terre des espaces verts), et diminuer la pollution ( les arbres absorbent le gaz carbonique)

Roger Doiron, directeur de potager sans frontières a lancé la pétition pour soutenir le couple jardinier de Drummondville. C’est aussi celui qui a encouragé le couple Obama à avoir un potager à la Maison-Blanche.

Des exemples de verdissement ou d’embellissement :

-Le plus populaire : les bombes de semences : on envoie des boules de terre et d’argiles avec des semences dans des terrains vagues. Quelques exemples à Montréal, mais peu répertoriés.

D’ailleurs des ateliers de bombes de semences sont donnés lors de divers événements, comme à la Sustainability Fair at Concordia, au centre d’écologie urbaine de Montréal et plusieurs autres groupes.

-Le centre canadien d’architecture offrait un atelier le 14 mars dernier, en collaboration avec Dare-Dare (en anglais et français)
-Autre exemple, des grains de fleurs ont été semés à Paris dans les parcs en friche avec de la pelouse en mai dernier.

-Semences indigènes,des plantes qui vivent partout. On les fait avec de l’eau et de l’argile. C’est mieux de les lancer un jour de pluie.

-Un quartier au sud-est de Londres, Deptford, où le jardin de fleurs a été détruit début juillet au grand dam des voisins qui l’ont semé et l’entretenait.

Un site anglais Kabloom vend des bombes de semences toutes prêtes. Mais il faut choisir des semences indigènes pour ne pas déranger l’écosystème. Mauvaise idée de les faire venir d’Angleterre.

-À Toronto, on a Public Space, un regroupement qui organise de la guérilla jardinière, dans les lieux publics, carrés d’arbres.

-Il y a aussi le Collectif de recherche sur l’aménagement paysager et l’agriculture urbaine durable (CRAPAUD) de l’UQAM qui a été actif dans le dossier des poules, mais dans l’aménagement d’espaces non choyés pour les verdir. Ils ont fait de la guérilla jardinière en 2007 pour se faire connaître. C’est ainsi qu’ils ont convaincu l’UQAM de convertir certains terrains vagues ou en pelouse ou des toits en potagers.

Dans ce billet, Sheena Swirlz parle de toutes les formes d’art et de verdissement dans la rue qui peuvent exister. Il y en a beaucoup et toutes ces photos sont prises aux États-Unis. Il y a aussi les graffitis verts, une sorte de mousse. Les embellissements de rues comme le remplissage des nids de poule se pratique aussi. Une troupe de théâtre l’a fait pour Pâques sur la rue Masson le printemps dernier.

– Il y a aussi un potager « interdit » dans Pointe-Saint-Charles, à côté du marché Atwater.

-Un potager illégal de pommes de terre dans un terrain vague a aussi été menacé de démantèlement à Calgary au printemps, voir le reportage de Radio-Canada.

– Les citoyens veulent souvent pouvoir occuper des terrains vagues qui sont totalement inoccupés. C’est arrivé dans Rosemont coin Laurier et Charlemagne. Des citoyens entretenaient un terrain vague en y plantant des arbres. Ce terrain appartient à la ville qui l’a vendu à un promoteur immobilier. Ce dernier va raser les arbres pour y construire des condos. C’est le revers de la médaille. Voir mon article
-Le verdissement des carrés d’arbres : plusieurs citoyens prennent en charge les carrés d’arbres en y plantant des vivaces, annuelles ou même des légumes. Mais c’est légal… ou du moins encouragé dans la majorité des arrondissements.
L’exemple de Trixi Rittenhouse qui s’occupe de ces carrés d’arbres, qui plantent des vivaces un peu partout dans les rues de Montréal, mais a aussi fabriqué des personnages qui embrassent les arbres. Voir cet article de Sylvie St-Jacques dans La Presse.

-Certains citoyens ont décidé d’enlever l’asphalte de leur trottoir: c’est ce qu’a fait mon voisin, durant la nuit il y a plus de 4 ans, dans Rosemont. Il y a planté des fleurs, de la verdure. Les voisins d’en face l’ont imité jusqu’à ce qu’un inspecteur de l’Arrondissement vient les voir et leur donne finalement l’autorisation. Maintenant chaque citoyen de Rosemont peut demander l’autorisation d’enlever l’asphalte du trottoir et verdir ainsi. Voir l’article de RueMasson sur le sujet.
Ces mêmes voisins ont aussi décidé d’enlever une bande de béton de la ruelle pour y planter des arbustes, vivace sans autorisation. Encore une fois l’inspecteur de l’Arrondissement est venu et ils sont passés à deux doigts d’avoir une amende, car une ruelle fait partie du domaine public. Maintenant l’Arrondissement de Rosemont (et plusieurs autres) encourage les ruelles vertes et casse le béton…

Autre exemple de potager devant une maison à Sherbrooke, celui d’André Nault, le fondateur des Ami-E-s de la terre de l’Estrie.

Il y a aussi les chèvres urbaines pour désherber, mais aussi pour le lait. À Vancouver, Victoria, Eugene (mais interdit), etc. À quand les chèvres à Montréal ?

D’autres liens intéressants

Le site Guerrilla Gardening (en anglais – de Londres)

Public space à Toronto

Le potager de Drummondville

Des exemples d’art et de verdissement dans la rue

Un exemple de verdissement de trottoir à Montréal

Le yarnbombing ou bombardement de fils à Montréal

Un exemple de verdissement contagieux dans le Vieux-Rosemont

Les ruelles vertes mode d’emploi dans Rosemont

Article : enlever l’asphalte du trottoir

Lettre de Yannick Gélinas sur le potager de Drummondville et le mouvement en Californie

Le jardinier urbain

Des œufs de pâques dans les nids de poule dans Rosemont

Le centre d’écologie urbaine de Montréal

Un premier prix en journalisme !

Jeudi dernier lors du Gala des Grands Prix du journalisme indépendant, RueMasson.com, le média que j’ai créé avec quatre amis a gagné son premier prix grâce au dossier de Stéphan Dussault sur l’Empire Shiller. Joie et bonheur pour notre bébé qui a seulement deux ans et n’a pas de grands moyens.

Par ailleurs, de mon côté, j’ai gagné le prix pour la recherche audio/vidéo pour cette discussion de l’Après-midi porte conseil. Un premier prix aussi.

Oublions la banlieue, on peut aussi élever des enfants en ville et connaître ses voisins!

Une ruelle habitée

Un article de La Presse ce matin détruit quelques mythes selon lesquels on ne peut élever une famille en ville et qu’on ne connait pas ses voisins. Plusieurs rabâchent que c’est impossible d’élever leurs enfants à Montréal en évoquant leurs raisons de déménager en banlieue. Faux. On élève très bien les enfants en ville.

Je vis exactement la même situation que ce couple du Plateau, excepté que les enfants ce ne sont pas les miens, mais ceux de mes voisins. Et il y en a des enfants dans mon quartier. Dans la ruelle, il y en a plus d’une quarantaine qui joue ensemble, alors que les parents sont assis avec une coupe de vin ou une bière à discuter.

Juste autour de chez moi en haut de la ruelle, il y Arthur, Charlotte, Tess, Zoyia, Pénélope, Louis-Ferdinand, Joseph-Emmanuel, Arnaud, Clémence, Mathilde…et j’en oublie plein. Ce sont les enfants que je connais bien et qui me parlent presque quotidiennement. Qui agace ou parle à notre chien Napoléon quand celui-ci leur aboie après quand il a peur.

Ce sont des enfants qui me lancent des allo quand j’arrive chez moi en vélo. D’autres qui s’amusent avec moi et me sautent dans les bras pour que je les fasse rire. Une autre qui veut que je lui mette mon vernis bleu sur les ongles des pieds, un autre qui m’offre un truc qu’il a fabriqué avec des plantes. Bref c’est une vie de quartier riche et intéressante.

Des voisins que l’on côtoie au quotidien, qui nous donne des conseils de rénovation, qui nous masse (ma voisine immédiate est massothérapeute), avec qui on fait des projets de ruelle verte, qui nous donne des vivaces ou des framboisiers, qui nous prête leur gant de baseball quand on a un match dans une heure et pas de gants, qui s’occupent de nos chats quand on est absente, qui nous donne des nouvelles pour notre média hyperlocal et qui nous offre aussi parfois un verre de vin.

C’est donc ma vie dans un quartier de Rosemont où je connais presque tous mes voisins, que ce soit ceux à proximité, que ceux de toute ma ruelle. Et c’est ainsi dans le quartier. Les gens se parlent beaucoup et connaissent leurs voisins.

Est-ce que c’est ainsi dans les banlieues faites pour les voitures avec certaines rues sans trottoir. Les enfants jouent dans leurs cours arrière, parfois avec leurs amis, des voisins ou autres, mais ils n’ont pas tout l’univers d’une ruelle où ils jouent sans fin, sans avoir besoin que les parents les occupent.

Mais je ne parle pas de la vie en campagne, dans un village qui s’apparente à notre vie de quartier, sans la beauté de la nature évidemment.

Une ruelle devenue lieu de vie
On a même fait barrer deux entrées sur quatre de la ruelle pour avoir plus de tranquillité et surtout de sécurité pour les enfants comme le rapporte l’article dans RueMasson. Sans oublier l’article sur le monde d’emploi des ruelles vertes. L’album photo de l’article montre combien les ruelles peuvent être des espaces de vie magnifiques.

D’ailleurs, de nombreuses personnes ne savent pas que l’utilisation de la ruelle comme voie de transit est interdite, en particulier dans Rosemont:

R.R.V.M., c. C-4.1 RÈGLEMENT SUR LA CIRCULATION ET LE STATIONNEMENT À L’ÉGARD DE L’ARRONDISSEMENT DE ROSEMONT–LA PETITE-PATRIE (CODIFICATION ADMINISTRATIVE). Article 14. Le conducteur d’un véhicule routier ne peut circuler dans une ruelle à seule fin de passer d’une rue à une autre.

Le quotidien d’une cycliste : parfois j’utilise les trottoirs!

Le viaduc Saint-Joseph-Iberville

Les piétons se plaignent souvent des cyclistes qui roulent sur le trottoir. Avec raison. Trop souvent les cyclistes y roulent à la même vitesse que sur la route, comme s’ils avaient la priorité. Ils ne l’ont pas. De la même manière que les cyclistes ont la priorité sur les pistes cyclables, les piétons sont maîtres et rois sur les trottoirs.

Je l’avoue. Parfois je prends les trottoirs. Pourquoi ? Car j’estime que je ne suis pas en sécurité dans la rue. Je préfère donc me rabattre sur le trottoir. Quand je le fais, je roule toujours très lentement, prête à m’arrêter à tout moment pour laisser passer un piéton, disons que parfois je roule pour ainsi dire les pieds à terre. Je ne frôle pas les piétons, je garde une bonne distance avec eux et je leur laisse toujours la priorité. Je sais je pourrais descendre de bicyclette. Mais j’occuperais le double de la place et quand il n’y a personne, je ne vois pas pourquoi je ne peux pas rouler. Toujours lentement.

Mais il y a un endroit où j’utilise TOUJOURS le trottoir : quand je passe sous un viaduc. Particulièrement ceux que j’utilise souvent : les viaducs Masson (entre Iberville et Delorimier) et Saint-Joseph (et Iberville dit le tunnel de la mort). Heureusement, le viaduc Masson sera réaménagé cet été pour y inclure une piste cyclable. Tant mieux. Pas celui de Saint-Joseph, qui malgré les améliorations au fil des années, est toujours aussi dangereux.

Imaginez-vous entre l'espace de l'autobus et du muret. C'est la place que m'avait laissée l'autocar quand il m'avait doublée.

J’ai failli m’y faire écrabouiller par un autocar (pas de la STM, mais ils sont aussi dangereux). Il y a quelques années, au moment où je passais Iberville et j’entrais dans le tunnel, l’autobus m’a dépassée en me frôlant. J’ai eu la peur de ma vie. Je n’ai plus pédalé, respiré pendant les quelques secondes qu’il passé. Je me suis concentrée pour ne pas dévier de ma route, pour ne pas faire un faux pas, pour ne pas tomber, sinon j’étais morte. Mon coeur battait à la chamade.

J’ai eu très peur et je me suis promis que jamais je ne voulais revivre cette expérience. J’ai donc décidé d’utiliser les trottoirs sous les viaducs, toujours en laissant la priorité aux piétons et en les respectant. Si jamais je me fais arrêter par la police, je leur dirais que je préfère une amende à ma sécurité et à ma vie.

Si on ne signe pas, on fait quoi pour exercer le métier de journaliste?

Les employés du Journal de Montréal en lock-out, incluant les journalistes, ont accepté hier soir à 64 % les offres patronales. Plusieurs, dont le président du syndicat, ont souligné qu’ils n’avaient plus le choix, qu’ils se dirigeaient vers un mur. C’est un peu la règle avec les médias de Quebecor, on signe ou c’est rien. Pas vraiment de négociation possible. Les autres, 36 %, ont fait comme certains journalistes indépendants et ont dit NON. Pas question.

Mais que faire pour exercer son métier tel qu’on l’aspire ? Dans mon cas, c’est créer RueMasson, travailler à Radio-Canada, La Presse, Protégez-vous, Coup de Pouce, 98,5 FM, Branchez-vous, Workopolis, Marche et Randonnées, Ulysse, mes livres et des conférences. Une chance que certains respectent mes droits et n’exigent pas que je signe des contrats indignes comme ce contrat. Le signeriez-vous?

Car le règlement sans gloire et au pied du mur de ce très long conflit ne doit pas faire oublier la lutte que mènent les journalistes indépendants avec l’Association des journalistes indépendants, l’AJIQ, contre les contrats indignes de Quebecor et des autres. En 2009, TVA Publications recevait le prix citron de l’AJIQ. L’AJIQ a dénoncé le contrat abusif de TVA Publications, celui du défunt ICI.

Ajoutons que Canoe fait aussi signer ces contrats. Je leur laisse le soin de s’identifier, mais certains pigistes ne collaborent plus avec le site internet ayant refusé de signer le contrat qui demande de céder non seulement ces droits d’auteurs, mais de renoncer d’exercer ses droits moraux sur leurs textes.

Toujours pareil. Aucune négociation possible. On signe à leurs conditions ou on travaille ailleurs.

Ça a commencé au ICI alors qu’il était encore publié. D’ailleurs, l’un des journalistes pigistes Stéfane Campbell avait refusé de signer. Steve Proulx avait reproduit sa lettre d’explication.

Pas que Quebecor
Malheureusement Quebecor n’est pas la seule compagnie à pratiquer cette manière de traiter avec les journalistes pigistes. D’autres compagnies le font comme je le relatais dans un billet précédent. J’y expliquais pourquoi j’avais renoncé à un lucratif contrat, car on me demandait de renoncer à exercer mes droits moraux.

Un contrat acceptable

On pourra critiquer Gesca sur sa manière de menacer les journalistes de fermeture pour négocier, mais n’empêche que l’autre empire médiatique a signé une entente avec l’AJIQ. Ce qui donne un contrat type acceptable pour les pigistes. Les autres médias devraient s’en inspirer

Quoi faire?
Comme journaliste indépendante, j’ai choisi plusieurs voies pour éviter d’avoir à signer ces contrats. Tout d’abord je ne signe pas. Je préfère renoncer à mon métier que signer de tels contrats.
Ensuite, j’ai créé mon propre média avec quatre amis et voisins, RueMasson.com. Mais si ça nourrit ma passion du journalisme bien fait, ça ne paye pas mon hypothèque encore.

Quand je vois les ex-journalistes du Journal de Montréal qui se tournent maintenant vers RueFrontenac, je les encourage, car c’est un média nécessaire et une belle réussite. Mais je me demande s’ils sont conscients que sans appui du syndicat et de leur fonds de grève, on ne peut que s’en remettre à la publicité et à son propre compte en banque. Ce que font les cinq cofondateurs de RueMasson depuis 1 an. Espérons qu’on pourra trouver d’autres formules de financement et partager ces bonnes idées.

Autres textes sur le journaliste à la pige:
Pourquoi signer ces contrats indignes?
Renonceriez-vous à vos droits moraux pour un bon tarif ?
Journalisme professionnel et contrat équitable
Gil Courtemanche et la solidarité à sens unique
Quebecor: l’arroseur arrosé
Mandat terminé à l’AJIQ
Pourquoi devenir membre de l’AJIQ
Le journalisme indépendant, une marque, un nom ?
Des nouvelles du contrat de TVA Publications
Christian Vanasse parodie Pierre-Karl Péladeau: délirant
La vie de pigiste à Vous êtes ici.

RueMasson à Dimanche Magazine à Radio-Canada

La gang de RueMasson lors du lancement de la version 2 de notre site web: de gauche à droite: Éric Noël, Lisa Marie Noël, Dominic Désilets, Cécile Gladel, David Bruneau et Stéphanie Lalut. Photo: Alex Albert

Ce matin, incroyable reportage d’Arthur Lacomme à Radio-Canada sur RueMasson.com. Le reportage peut être écouté en cliquant sur ce lien. J’en parle souvent et j’y écris plus souvent qu’ici (Oui je sais, le nombre de billets sur La Planète écolo a diminué du même niveau qu’augmentait le nombre de mes articles pour RueMasson.com).

Pour une journaliste pigiste comme moi qui tient farouchement à son indépendance, le summum de celle-ci a été de créer sa propre entreprise de presse indépendante. Avec mes quatre autres collègues, on choisit nos sujets, notre ton, notre angle, etc. C’est notre vision, notre entreprise et notre bébé qui va fêter son premier anniversaire à la fin du mois de février.

Évidemment les défis qui nous attendent sont importants. Dont celui de durer. Et pour durer, il faudra trouver des moyens de se financer à long terme. Pas évident. Pas facile, car il s’agit de ne pas être tributaire de la seule publicité. Pour plusieurs raisons dont deux importantes.
1-On a pu constater les difficultés des médias avec la baisse des revenus publicitaires lors de la dernière crise économique.
2-Au niveau de l’hyperlocal, la proximité est grande entre tous les intervenants dont les « acheteurs » de publicité et les médias. Il faut garder son indépendance et ne pas dépendre seulement de la publicité qui peut s’évaporer rapidement si un commerçant mécontent d’un article décide de faire pression sur le média et de convaincre ses collègues de ne plus annoncer dans le média en question.

RueMasson a choisi, comme il se doit, de séparer le côté rédaction et publicité. Les journalistes ne vendent pas de pub bien entendu et il n’y a aucun lien entre l’achat de publicité et un article évidemment. Ce n’est pas facile (il faut expliquer et ré-expliquer souvent cette séparation aux annonceurs, aux organismes), mais on entend respecter cette indépendance. La règle est simple: on fait un article quand on juge qu’il y a un sujet, un intérêt, une nouvelle. Que le commerce ou l’organisme ait acheté ou non de la publicité n’entre pas en ligne de compte. Il n’y a aucun rapport encore les deux.

Pour réussir, il faut donc innover et expérimenter. Ce qu’on entend faire dans les prochaines années…Que de beaux défis à l’aube d’entreprendre notre deuxième année d’existence.

Le quotidien Le Devoir est l’un des médias québécois qui a gardé la tête hors de l’eau lors de crise. Il a peu de publicité et fait payer une partie de l’accès à ses articles. Sauf que Le Devoir s’appuie sur une solide crédibilité et histoire de plus de 100 ans.