J’ai 25 ans …

J’ai 25 ans. 25 ans aujourd’hui que j’ai posé les pieds au Québec. C’était en milieu d’après-midi à Mirabel le 16 août 1987. Une journée chaude et humide comme je n’en avais jamais connue. Mon baptême de l’air au-dessus de l’Atlantique. La première fois que je quittais ma patrie aussi longtemps, pour un an. 25 ans que ça dure.

J’avais 20 ans lors de ma première visite à Montréal en septembre 87.

25 ans et le cul entre deux chaises. Pour les Québécois j’ai encore l’accent français, pour les Français, j’ai l’accent québécois.

25 ans sans aucun doute, ou presque. Si je venais d’abord pour une seule année, j’ai rapidement pris la décision de prolonger mon séjour. Encore et encore. J’ai rarement pensé repartir en France. L’idée de quitter le Québec m’a effleuré l’esprit lors de la naissance de mon neveu. Je ne pensais pas retourner en France, mais aller vivre au Mexique où il est né. Cette idée n’a vécu qu’un instant.

25 ans et des amis précieux.

25 ans sans regret. Sauf lors des fêtes qui impliquent des réunions de famille. Même si les amis veulent nous inclure dans leur famille, à un moment donné, certains mots, certaines actions nous rappellent que nous ne faisons pas complètement partie de la famille.

25 ans que j’ai quitté mon pays d’origine, mes parents, mes amis. Pourquoi ? Pour guérir une vilaine peine d’amour infligée par un garçon français du même âge que moi (on est naïf à 20 ans), pour voir du pays, pour apprendre l’anglais. Pourquoi le Canada, j’aurais pu aller en Angleterre ? Car c’était trop proche. Tant qu’à partir, je voulais aller loin, traverser l’Atlantique. Pourquoi pas les États-Unis ? Car il était trop compliqué d’y être jeune fille au pair. Pourquoi Ottawa ? Car c’est la première agence de placement de jeune fille au pair qui m’a répondu. J’ai envoyé mon dossier et on m’a trouvé une famille d’accueil. Je suis restée dans cette famille, dont les parents étaient séparés, pendant 2 ans. J’ai gardé les trois enfants, Fannie, Hugo et Ariane, qui ont maintenant l’âge de mes amis les plus proches.

25 ans et ma première expérience de Cheezwiz et de Shopper’s Drug mart. Ce sont les premières choses dont m’a parlé l’ainée des enfants que je gardais. Je m’en souviens encore.

25 ans que j’ai coupé le cordon avec mes parents. Ça a pris plusieurs années à mon père pour accepter mon choix, même s’il n’en disait mot. En fait, il ne l’a accepté qu’en 1999 lors de son unique visite à Montréal. Il a aimé cette ville et devait revenir voir les couleurs de l’automne en 2003. Son vélo en a décidé autrement en juin 2003.
La période la plus difficile. Deux allers-retours en France en un mois. Vivre un deuil loin, c’est dur. Je ne sais pas si c’est mieux ou pas. L’absence est plus facile à apprivoiser quand on ne vit plus au quotidien avec la personne. Mais on aimerait parfois que le téléphone fonctionne aussi bien entre la France et le Québec qu’avec le Québec et l’au-delà.

25 ans que je n’arrive plus à faire la différence entre l’avant et l’après, entre la France et le Québec, entre leurs expressions, les miennes, les vôtres ou les nôtres.

25 ans qu’on me demande pourquoi j’ai débarqué ici. 25 ans que je raconte la version courte, moyenne ou longue. Je l’ai racontée ici lors du 22e anniversaire. Je venais d’arriver à Los Angeles pour trois semaines.

25 ans que j’apprends sur mon pays d’accueil. J’ai commencé avec les trois enfants que je gardais. J’ai continué avec mes amis à l’Université d’Ottawa, mes cours de science politique et mon insatiable curiosité. 25 ans que je rêve d’aller visiter toutes les provinces canadiennes. Il m’en manque trop. Plus que la moitié.

25 ans que j’aime la poutine, le sirop d’érable, les déjeuners oeufs/bacon/saucisses/patates.

25 ans que je bâtis ma carrière de journaliste, le métier que j’ai toujours voulu exercer, depuis que j’ai 5 ans. Tout a commencé un soir après mon premier cours à l’Université en septembre 1988. J’ai pris le journal étudiant La Rotonde en sortant. Je le feuillette dans l’autobus 95 (le fameux) qui me ramène à Orléans et je tombe sur une annonce. Le journal cherche des journalistes pour la section actualités. J’ai peine à attendre au lendemain pour appeler et offrir mes services, croyant que je devrais passer par une sévère sélection. Mais non, on me confie un premier article (je l’ai gardé en souvenir, mais n’ose le montrer – si mauvais). Puis on m’en confie un deuxième. Tout un sujet, la conférence d’Elena Bonner et Andreï Sakharov. Je suis restée six ans à La Rotonde. J’y ai appris mon métier, j’y ai rencontré plein de monde. Un doux souvenir.

25 ans qu’on me reprend sur ma prononciation des mots gauche, jaune, juin, pâte, côte, beach et j’en passe.

25 ans qu’on me demande « comment c’est en France? ». 25 ans que je ne m’en souviens plus.

25 ans que je reste, car c’est ainsi, ma vie est à Montréal. Ma ville. Car je suis heureuse, je me suis trouvée. Je suis maintenant autant, et sinon plus Québécoise que Française. Mais j’ai déjà dit et je redis que les deux nationalités sont en moi. Mes racines sont françaises et auvergnates. La France m’a élevée, m’a donné la vie, m’a guidée durant mon enfance et mon adolescence. Une partie tellement importante de sa vie que son pays d’origine reste marqué dans ses gênes. Tandis que mon pays d’adoption a forgé l’adulte que je suis devenue. Il représente mon présent et mon avenir.

25 ans que je n’arrive pas à mettre de la relish dans mon hot-dog (sauf celle maison de Dominique Gagné qui est fabuleuse – MÀJ 2015), à manger des Jos Louis ou à boire de la Root beer.

25 ans que cet heureux mélange rend impossible tout choix. Quand certains disent que l’on ne peut avoir deux nationalités, qu’il faut choisir, ils ne savent pas de quoi ils parlent. C’est impossible. Comment choisir entre sa mère biologique et sa mère adoptive ? Le lien est différent, mais le choix est déchirant. Impossible!

25 ans que j’accumule mes souvenirs canadiens, québécois. 25 ans que je réalise mes rêves. 25 ans que j’aime ce pays. 25 ans que j’aime ses habitants. Ça fait 25 ans aujourd’hui que je suis Canadienne et Québécoise.

Le texte écrit lors de l’anniversaire de mes 20 ans au Canada avec les photos de la jeune fille de 20 ans que j’étais.

MAJ 16 août 2015 :

Le 16 août 1987 était aussi un dimanche chaud et humide. Je débarquais à Mirabel au milieu de l’après-midi après un baptême de l’air de plus de sept heures.

Mon père m’avait conduite à l’aéroport. Plus de cinq heures de route de mon Auvergne natale. 1h de sommeil après une fête avec des amis. Départ à quatre heures du matin. Ma mère retenait ses larmes avec peine.

À Roissy, je me souviens encore du moment où j’ai quitté mon père. Il m’a laissée au pied d’un escalier roulant qui montait vers les départs. Aucune larme. Je ne me suis retournée qu’une fois. Je souriais, pas lui.

28 ans plus tard, il n’est plus là et ma mère ne s’en souvient plus. Les enfants qui poussent nous rappellent que le temps passe. Depuis 3 ans, quelques gros changements. Ma mère ne vit plus chez elle, mais dans une maison pour les gens qui ont l’Alzheimer. France, la mère des trois enfants que je gardais est décédée (bien trop jeune). Trois beaux enfants sont entrés dans ma vie et me comblent de bonheur, même si ce ne sont pas les miens.

MÀJ 16 août 2017

Ça fait 30 ans et je ne change pas un mot. Ça va aussi faire 20 ans que j’habite Montréal en décembre. C’est la ville où j’ai habitée le plus longtemps. Plus que mon village natal Saint-Rémy-de-Chargnat.

Des villes de banlieue plus vertes : Boucherville

Le bottin des récupérateurs distribué à Boucherville

Les villes de la banlieue de Montréal n’ont pas la réputation d’être si vertes que ça. Montréal aime beaucoup se penser plus verte que tout le monde au Québec. Ce qui est le cas selon un classement établi par deux chercheurs universitaires. Mais pas dans tous les domaines. Bref, il faut faire la part des choses.

Pour vivre la vie de Boucherville depuis quelques jours, j’ai noté plusieurs points positifs. Évidemment, les gens ont des voitures, les utilisent sûrement plus qu’en ville, etc. Mais les pelouses ne sont plus aussi parfaites. Aussi, les poubelles ne sont ramassées qu’une fois semaine, tout comme le recyclage. Et on collecte les déchets verts (pelouse, feuilles, pas les déchets organiques de table) toutes les semaines.

Aussi, Boucherville s’est dotée de plusieurs pistes cyclables. Un réseau qui s’étend rapidement. Par ailleurs, oubliez vos préjugés, ces pistes sont utilisées. Je vois des gens se déplacer en vélo tous les jours.

Par ailleurs, le transport en commun existe, même si la fréquence des autobus n’est pas au 5 minutes, ils desservent toute la ville et permettent de se rendre au métro Longueuil ou au métro Radisson à Montréal. Et rapidement.

Autre point intéressant, la ville de Boucherville distribue le bottin des récupérateurs qui est aussi sur le web. On y trouve l’ensemble des informations nécessaires pour ne rien jeter. Dans un tableau, on trouve la liste de tous les objets possibles et inimaginables par ordre alphabétique et l’endroit où on peut le porter pour qu’il soit récupéré.

Les ampoules fluocompactes ? Home dépot, IKEA, deux RONA, l’écocentre Saint-Bruno, Brossard, et lors de la collecte annuelle des résidus domestiques dangereux. Vitraux ? L’écocentre Brossard. Meubles de patios ? Écocentre Brossard, Grenier de ma ville ou l’armée du salut qui viennent les chercher. Bref, rien ne se jette, tout se récupère.

Autre truc intéressant, la ville encourage le compostage qui est facilité par le fait que de nombreuses personnes ont des cours à Boucherville. Plusieurs formations sont d’ailleurs offertes par la ville au printemps et à l’automne. L’information de base est aussi sur leur site internet.

Une dernière chose que j’ai remarquée en me promenant. Les terrains de foot ne sont pas synthétiques comme à Montréal au parc Jeanne-Mance. Une pratique qui favorise les îlots urbains de chaleur.