Le doublage sexiste de la série Borgen

ImageJ’adore la série danoise Borgen, mais le doublage en français me dérange. Chaque fois que j’entends le mot premier ministre pour parler de la première ministre du Danemark, l’héroïne de la série en plus, mes oreilles saignent. Pourquoi ne pas évoluer ? Pourquoi la France n’est pas capable d’aller plus loin que la stagnante Académie française ? Ça ne se dit pas ? Il me semble que cette série était le moment idéal pour dépoussiérer le français sexiste. Et puis les créateurs n’ont-ils pas la marge de manoeuvre pour innover ?

On sait que 100 % du doublage diffusé en France, est fait par la France, aucun doublage fait par le Québec n’y est diffusé. On doit donc se taper sans rien dire de nombreuses séries télévisées et films doublés en France. Et dans mon pays d’origine on ne féminise pas les professions, sauf certaines comme comédienne. Je ne comprends pas leur logique. Une comédienne-écrivain ? Mais un premier ministre?

Quand la série met en vedette la première femme à devenir première ministre au Danemark au moment même où le Québec vit la même chose, on aimerait que la fiction rejoigne la réalité dans les mots. Mais ce n’est pas le cas, ce qui est un problème majeur de Borgen.

Bref, j’en ai fait part sur Twitter en signalant que ce mauvais doublage pour le Québec était un irritant et que je cherchais à trouver la série en version originale sous-titrée en anglais.

Finalement le comédien qui est le responsable de ce doublage m’a apostrophée sur Twitter, visiblement très fâché de ma critique. Je pensais avoir une discussion cordiale, mais celui qui est un grand spécialiste du doublage en France ne semblait pas apprécier. Et il semble que rien ne changera dans le merveilleux monde de la langue française. La discussion s’est terminée en queue de poisson. Voici l’échange résumé sur Storify.

[View the story « La discussion avec le responsable du doublage français de Borgen » on Storify]

J’ai 25 ans …

J’ai 25 ans. 25 ans aujourd’hui que j’ai posé les pieds au Québec. C’était en milieu d’après-midi à Mirabel le 16 août 1987. Une journée chaude et humide comme je n’en avais jamais connue. Mon baptême de l’air au-dessus de l’Atlantique. La première fois que je quittais ma patrie aussi longtemps, pour un an. 25 ans que ça dure.

J’avais 20 ans lors de ma première visite à Montréal en septembre 87.

25 ans et le cul entre deux chaises. Pour les Québécois j’ai encore l’accent français, pour les Français, j’ai l’accent québécois.

25 ans sans aucun doute, ou presque. Si je venais d’abord pour une seule année, j’ai rapidement pris la décision de prolonger mon séjour. Encore et encore. J’ai rarement pensé repartir en France. L’idée de quitter le Québec m’a effleuré l’esprit lors de la naissance de mon neveu. Je ne pensais pas retourner en France, mais aller vivre au Mexique où il est né. Cette idée n’a vécu qu’un instant.

25 ans et des amis précieux.

25 ans sans regret. Sauf lors des fêtes qui impliquent des réunions de famille. Même si les amis veulent nous inclure dans leur famille, à un moment donné, certains mots, certaines actions nous rappellent que nous ne faisons pas complètement partie de la famille.

25 ans que j’ai quitté mon pays d’origine, mes parents, mes amis. Pourquoi ? Pour guérir une vilaine peine d’amour infligée par un garçon français du même âge que moi (on est naïf à 20 ans), pour voir du pays, pour apprendre l’anglais. Pourquoi le Canada, j’aurais pu aller en Angleterre ? Car c’était trop proche. Tant qu’à partir, je voulais aller loin, traverser l’Atlantique. Pourquoi pas les États-Unis ? Car il était trop compliqué d’y être jeune fille au pair. Pourquoi Ottawa ? Car c’est la première agence de placement de jeune fille au pair qui m’a répondu. J’ai envoyé mon dossier et on m’a trouvé une famille d’accueil. Je suis restée dans cette famille, dont les parents étaient séparés, pendant 2 ans. J’ai gardé les trois enfants, Fannie, Hugo et Ariane, qui ont maintenant l’âge de mes amis les plus proches.

25 ans et ma première expérience de Cheezwiz et de Shopper’s Drug mart. Ce sont les premières choses dont m’a parlé l’ainée des enfants que je gardais. Je m’en souviens encore.

25 ans que j’ai coupé le cordon avec mes parents. Ça a pris plusieurs années à mon père pour accepter mon choix, même s’il n’en disait mot. En fait, il ne l’a accepté qu’en 1999 lors de son unique visite à Montréal. Il a aimé cette ville et devait revenir voir les couleurs de l’automne en 2003. Son vélo en a décidé autrement en juin 2003.
La période la plus difficile. Deux allers-retours en France en un mois. Vivre un deuil loin, c’est dur. Je ne sais pas si c’est mieux ou pas. L’absence est plus facile à apprivoiser quand on ne vit plus au quotidien avec la personne. Mais on aimerait parfois que le téléphone fonctionne aussi bien entre la France et le Québec qu’avec le Québec et l’au-delà.

25 ans que je n’arrive plus à faire la différence entre l’avant et l’après, entre la France et le Québec, entre leurs expressions, les miennes, les vôtres ou les nôtres.

25 ans qu’on me demande pourquoi j’ai débarqué ici. 25 ans que je raconte la version courte, moyenne ou longue. Je l’ai racontée ici lors du 22e anniversaire. Je venais d’arriver à Los Angeles pour trois semaines.

25 ans que j’apprends sur mon pays d’accueil. J’ai commencé avec les trois enfants que je gardais. J’ai continué avec mes amis à l’Université d’Ottawa, mes cours de science politique et mon insatiable curiosité. 25 ans que je rêve d’aller visiter toutes les provinces canadiennes. Il m’en manque trop. Plus que la moitié.

25 ans que j’aime la poutine, le sirop d’érable, les déjeuners oeufs/bacon/saucisses/patates.

25 ans que je bâtis ma carrière de journaliste, le métier que j’ai toujours voulu exercer, depuis que j’ai 5 ans. Tout a commencé un soir après mon premier cours à l’Université en septembre 1988. J’ai pris le journal étudiant La Rotonde en sortant. Je le feuillette dans l’autobus 95 (le fameux) qui me ramène à Orléans et je tombe sur une annonce. Le journal cherche des journalistes pour la section actualités. J’ai peine à attendre au lendemain pour appeler et offrir mes services, croyant que je devrais passer par une sévère sélection. Mais non, on me confie un premier article (je l’ai gardé en souvenir, mais n’ose le montrer – si mauvais). Puis on m’en confie un deuxième. Tout un sujet, la conférence d’Elena Bonner et Andreï Sakharov. Je suis restée six ans à La Rotonde. J’y ai appris mon métier, j’y ai rencontré plein de monde. Un doux souvenir.

25 ans qu’on me reprend sur ma prononciation des mots gauche, jaune, juin, pâte, côte, beach et j’en passe.

25 ans qu’on me demande « comment c’est en France? ». 25 ans que je ne m’en souviens plus.

25 ans que je reste, car c’est ainsi, ma vie est à Montréal. Ma ville. Car je suis heureuse, je me suis trouvée. Je suis maintenant autant, et sinon plus Québécoise que Française. Mais j’ai déjà dit et je redis que les deux nationalités sont en moi. Mes racines sont françaises et auvergnates. La France m’a élevée, m’a donné la vie, m’a guidée durant mon enfance et mon adolescence. Une partie tellement importante de sa vie que son pays d’origine reste marqué dans ses gênes. Tandis que mon pays d’adoption a forgé l’adulte que je suis devenue. Il représente mon présent et mon avenir.

25 ans que je n’arrive pas à mettre de la relish dans mon hot-dog (sauf celle maison de Dominique Gagné qui est fabuleuse – MÀJ 2015), à manger des Jos Louis ou à boire de la Root beer.

25 ans que cet heureux mélange rend impossible tout choix. Quand certains disent que l’on ne peut avoir deux nationalités, qu’il faut choisir, ils ne savent pas de quoi ils parlent. C’est impossible. Comment choisir entre sa mère biologique et sa mère adoptive ? Le lien est différent, mais le choix est déchirant. Impossible!

25 ans que j’accumule mes souvenirs canadiens, québécois. 25 ans que je réalise mes rêves. 25 ans que j’aime ce pays. 25 ans que j’aime ses habitants. Ça fait 25 ans aujourd’hui que je suis Canadienne et Québécoise.

Le texte écrit lors de l’anniversaire de mes 20 ans au Canada avec les photos de la jeune fille de 20 ans que j’étais.

MAJ 16 août 2015 :

Le 16 août 1987 était aussi un dimanche chaud et humide. Je débarquais à Mirabel au milieu de l’après-midi après un baptême de l’air de plus de sept heures.

Mon père m’avait conduite à l’aéroport. Plus de cinq heures de route de mon Auvergne natale. 1h de sommeil après une fête avec des amis. Départ à quatre heures du matin. Ma mère retenait ses larmes avec peine.

À Roissy, je me souviens encore du moment où j’ai quitté mon père. Il m’a laissée au pied d’un escalier roulant qui montait vers les départs. Aucune larme. Je ne me suis retournée qu’une fois. Je souriais, pas lui.

28 ans plus tard, il n’est plus là et ma mère ne s’en souvient plus. Les enfants qui poussent nous rappellent que le temps passe. Depuis 3 ans, quelques gros changements. Ma mère ne vit plus chez elle, mais dans une maison pour les gens qui ont l’Alzheimer. France, la mère des trois enfants que je gardais est décédée (bien trop jeune). Trois beaux enfants sont entrés dans ma vie et me comblent de bonheur, même si ce ne sont pas les miens.

MÀJ 16 août 2017

Ça fait 30 ans et je ne change pas un mot. Ça va aussi faire 20 ans que j’habite Montréal en décembre. C’est la ville où j’ai habitée le plus longtemps. Plus que mon village natal Saint-Rémy-de-Chargnat.

Je ne voterai pas aux élections françaises

En général, je vote tout le temps. Par civisme et devoir citoyen. En France et au Canada, puisque ma double citoyenneté me confère ce droit, mais d’abord ce devoir. J’avoue voter avec moins de détermination et régularité pour les élections françaises, une exception lors des présidentielles. Sauf en 2012.

Je ne me suis pas inscrite sur la liste électorale du Consulat français de Montréal avant le 31 décembre 2011. Trop occupée pour aller au consulat, je pensais qu’il fallait prendre rendez-vous comme la dernière fois. Je ne savais pas qu’on pouvait le faire par le web… Avant j’étais inscrite au Consulat, mais ce n’est pas à la vie, à la mort. On nous désinscrit après quelques années. Et de manière assez abrupte. Une lettre très officielle. La bureaucratie typique française. Dommage. Je ne me suis pas réinscrite et voilà, je ne voterai pas. Mais je n’habite pas en France, je n’y habite plus depuis presque 25 ans donc je me sens moins le droit d’intervenir dans la politique française.

Mais je tenterais de m’inscrire pour la prochaine fois, car je reste quand même française, attachée à mes racines.

Une nouvelle race : les éco-résistants !

Intéressant, je viens d’apprendre un nouveau terme, les éco-résistants, qui semblent plus nombreux qu’estimé. Est-ce une réaction aux nombreuses actions de sensibilisation et messages dont nous sommes bombardés ? Est-ce légitime ?

Voici un article de 20 minutes.fr qui parle de ces éco-résistants. «Portrait robot de l’éco-résistant: un homme de plus de 50 ans, souvent peu diplômé, habitant dans une petite ville et à faibles revenus. Plutôt climato-sceptique, il ne veut pas changer ses habitudes de consommation pour des raisons écologiques. «L’écologie était très à la mode en 2007, notamment avec le pacte de Nicolas Hulot, analyse Jean-Marie Boucher, fondateur de consoGlobe. Mais à partir de 2008, on a commencé à voir apparaître des messages négatifs sur la consommation responsable: arrêtez de nous bassiner avec ça et de nous faire la morale.»

Pourtant, le baromètre de la consommation responsable 2011 qui vient de paraître en France souligne que 88 % des citoyens veulent être des consommateurs responsables. Mais est-ce que cette volonté se traduit en action ou ce ne sont que des voeux pieux.

Dire aux gens de ne pas sortir quand il fait froid?

Il fait froid en Europe. Comme jamais. Il fait aussi froid en France. Un froid auquel les Français ne sont pas habitués et surtout préparés. Même chose pour la canicule. La France n’est pas habituée aux températures extrêmes. Un pays tempéré ne sait plus comment réagir quand les températures passent sous zéro ou au-dessus de 35 degrés, ou quand il neige. Et ce manque d’habitude fait qu’on entend des choses vraiment bizarres.

Par exemple au Journal télévisé de France 2 de 20h en ce 12 février : on dit aux personnes âgées et aux enfants de sortir le moins possible. Pardon? Et pourquoi ? Si les enfants et les personnes âgées ne sortaient pas au Canada à de pareilles températures, elles passeraient l’hiver à l’intérieur. Au contraire, il faut bien s’habiller et sortir. Un point c’est tout.

Aussi, on conseille aux personnes moins jeunes d’éviter le sport quand il fait froid ? Pardon ? Alors pourquoi les joggeurs, skieurs, raquetteurs québécois s’en donnent à coeur joie pendant l’hiver ?

Bref, je vois qu’il y a quand même des avantages à vivre dans un pays nordique comme le Canada. On est capable de vivre à des températures de très froides à très chaudes avec nos systèmes de chauffage et climatisation. On est équipé pour l’hiver et l’été. Évidemment, ça coûte plus cher.

Parlez-en à ces Corses coincés dans leur village par 80 cm de neige, car la route n’est pas dégagée…

Peut-être que les Français devraient faire appel à l’expertise québécoise du froid ? A-t-on pensé à leur proposer ? Amis Québécois des conseils pour mes compatriotes français ?

Une apparition au 19/20 de France 3 Auvergne

Le rédacteur en chef de France 3 Auvergne, Alain Fontan, m’a contactée cette semaine pour me demander une petite entrevue via Skype pour inaugurer une nouvelle chronique hebdomadaire pour l’édition du samedi du 19/20 de France 3 Auvergne : les Auvergnats du bout du monde.

On peut voir cette minute d’apparition après la 22e minute du Journal, c’est à la fin. On peut aussi le voir en baladodiffusion sur iTunes, c’est gratuit.

Durant la minute gardée au montage, j’explique que l’Auvergne est peu connue au Québec. En fait comme me le disait mon compatriote auvergnat, Laurent Maisonnave, l’Auvergne est TOTALEMENT méconnue. Il est rare, très rare que quelqu’un sache où est l’Auvergne quand j’explique d’où je viens. En 24 ans d’expatriation, moins de 10 personnes connaissaient ma région d’origine. Dommage.

Quand on me demande d’où je viens en France, dire que je suis Auvergnate ne suivit que rarement. Je dois expliquer que c’est au centre de la France, à mi-chemin entre Paris et la Méditerranée, à 2 heures à l’ouest de Lyon. J’explique aussi que l’Auvergne est la région de Michelin. Que le siège social de la compagnie de pneus se trouve à Clermont-Ferrand, la plus grosse ville d’Auvergne.

Quelques fromages sont connus ici, le bleu d’Auvergne, le Cantal et le Saint-Nectaire (à un moindre niveau).

Lorsque j’ai vérifié le nombre d’articles écrit sur l’Auvergne avant d’en proposer à La Presse il y a quelques années, j’étais étonnée de n’en trouver qu’un ou deux. Alors j’ai fait un article sur les châteaux en Auvergne, un collègue est allé en Auvergne par la suite pour la trouver ensorcelante.

Bref, l’Auvergne est à découvrir. Ses volcans, ses paysages, ses randonnées, sa nourriture, ses lacs, ses châteaux, son histoire, son Festival international du court-métrage et bien plus.

Annecdote: Les trois livres jeunesse à mon actif ont été fait avec Eva Rollin, une compatriote auvergnate que j’ai connue au Québec.

Autres articles sur l’Auvergne
Mon portrait dans le journal La Montagne.
Le tour de France cycliste en Auvergne
Un billet sur l’Auvergne sur Copines en cavale.
Matinée de marché en Auvergne.
Mon village Saint-Rémy de Chargnat
Un portrait de l’Auvergne

Mon entrevue avec David Servan-Schreiber

David Servan Schreiber est mort ce dimanche. Il avait eu 50 ans en avril. Le cancer l’a finalement vaincu. Je pensais vraiment qu’il s’en sortirait encore une fois. Je suis très émue par son départ. Très touchée.

J’ai lu il y a quelques semaines ce qui est maintenant son dernier livre : On peut se dire au revoir plusieurs fois. C’était bel et bien son dernier adieu. Un livre émouvant, très bouleversant. Il meurt alors que je pars demain pour quelques jours de totales vacances. Je me promets de suivre ses conseils et de relaxer, prendre le temps de vivre, faire du sport et manger des framboises. À sa mémoire.

Voici le texte que j’avais fait en mars 2007 pour la revue Mieux-Être. J’avais rencontré David Servan-Schreiber le 10 octobre 2006 lors de l’un de ses nombreux passages à Montréal. Il avait répondu à mes questions avec grâce, même quand je lui avais posé des questions plus difficiles sur ses liens avec une compagnie qui vendait des omégas 3. Il séduisait totalement son interlocuteur. Il m’avait séduite. Un beau souvenir. Une rencontre marquante.

Cette phrase qu’il m’a dite, m’a marquée.
« Quand on connaît la littérature scientifique, c’est de la folie ce qu’on mange aujourd’hui. Comme le dit le Dr Béliveau, c’est comme si on arrosait et on mettait du soleil sur la graine du cancer qui est à l’intérieur de chaque personne. On peut décider de faire quelque chose ou de ne rien faire ».

Voici cette entrevue:

David Servan-Schreiber : le médecin qui guérit naturellement

On connaît David Servan-Schreiber comme monsieur oméga-3. Ce n’est pas son seul cheval de bataille. Dans son livre Guérir, paru en 2003, le célèbre médecin et psychiatre décrit comment éliminer la plupart des maladies sans médicaments ni psychanalyse. Possible? Oui, grâce à une alimentation saine, le sport et la gestion de ses émotions.

Un nom connu
David Servan-Schreiber vient d’une famille française connue. D’ailleurs, son père, Jean-Jacques Servan-Schreiber, écrivain et fondateur de la revue l’Express, est décédé quelques jours après notre seule rencontre le 7 novembre 2006.

« Porter un nom connu c’est comme être une jolie fille, vous avez droit à cinq minutes d’attention », a constaté David Servan-Schreiber.

Ce dernier a tout de même quitté la France à l’âge de 23 ans pour venir étudier à Québec et à Pittsburgh. « Je ne sais pas si je suis parti car je portais un nom connu. Je me suis posé la question puisque j’ai étudié la psychanalyse. Ce dont je suis certain, c’est que je ne supportais pas le système français, alors qu’ici j’étais en admiration totale sur la façon dont il fonctionne. Je suis parti pour ça et du même coup j’ai coupé le lien avec mon nom, Bien sur, cet exode m’a donné une assurance que je n’aurais jamais pu gagner autrement. Ça a contribué à forger mon caractère».

Vous prêchez par l’exemple?
Absolument. Je pratique ce que je recommande et je me sens mieux. Ça fait aussi du bien aux personnes qui l’essayent. La preuve, ce sont les nombreux courriels qu’elles m’envoient. C’est touchant, puisque je suis devenu médecin afin de soulager la souffrance. J’ai écrit ce livre, car personne n’en parlait. Aucun brevet n’existe pour la respiration, le mouvement des yeux, le poisson, le jogging, donc il n’y a pas d’argent à gagner en répandant ce message. Personne ne s’en empare pour en faire son métier.

Saine alimentation, sport, gérer ses émotions est essentiel?
Oui. Gérer ses émotions n’est pas suffisant, il y a plusieurs aspects : le EMDR (l’intégration neuroémotionnelle par les mouvements oculaires), la cohérence cardiaque qui est très similaire au Yoga et à la méditation, la communication non violente. Chacun de ses points est un pilier qui sert à gérer nos émotions.

Le livre a été bien reçu, car vous êtes médecin ?
Non ce n’est pas tout, ce livre a contribué à retirer ce mur de silence autour de ces principes car j’avais et j’ai encore un parcours de scientifique irréprochable. Parler d’acupuncture et de respiration avec 350 références scientifiques, c’était la nouveauté. Ça donne une crédibilité et oblige les médecins à faire attention.

Est-ce que l’avenir passe par une combinaison des médecines traditionnelles et alternatives ?
Bien sur. D’ailleurs à l’Université Laval, il existe la Chaire Lucie et André Chagnon pour l’avancement d’une approche intégrée en prévention qui incarne l’idée que ça n’a aucun sens aujourd’hui d’avoir une médecine purement fondée sur les médicaments et la chirurgie; qui ne prendrait pas en compte les méthodes naturelles de traitement démontrées être efficaces.

N’y a-t-il pas une réticence de la part des médecins ?
C’est tout à fait normal que les médecins soient septiques. Ils sont payés pour être ceux qui décident de la séparation du bon grain et de l’ivraie. Mais tous les médecins ont envie de traitement efficace, rapide et sans effets secondaires. Il faut simplement leur montrer que ça peut être fait avec des méthodes naturelles.

Finalement, les oméga-3 sont vraiment essentiels ?
Aucun doute, ce sont des acides gras essentiels. Ils sont absolument indispensables au fonctionnement de l’organisme et du cerveau. Un manque joue sur l’ensemble des maladies de ce début de 21e siècle : les problèmes cardio-vasculaires, de mémoire et de concentration, l’irritabilité, l’agressivité et même l’arthrite. On peut remédier à ces maladies en ramenant les oméga-3 dans notre alimentation. C’est extraordinaire. Contrairement aux autres grands déficits nutritionnels, les problèmes reliés aux carences en oméga-3, mettent du temps à se développer. Si vous manquez de vitamine C, en quatre semaines vous avez un scorbut, en deux mois vous êtes mort. Quand on arrête de prendre des omega-3, les problèmes se développent sur une période de 20 ans.

Doit-on absolument prendre des suppléments ?
Non pas si on les intègre dans notre alimentation. Tout le monde doit corriger son alimentation et manger du poisson deux fois par semaine. Par contre, si on a des problèmes de santé comme un infarctus ou des problèmes émotionnels, il faut y aller plus fort. Introduire des suppléments est alors nécessaire.

Est-ce que les enfants hyperactifs devraient prendre des oméga-3 au lieu du Ritalin ?
Ça me parait essentiel d’essayer. Si ça suffit, il est préférable de corriger leur problème grâce aux oméga-3 qu’avec le Ritalin. Il y a une étude d’Oxford qui démontre la correction d’une grande partie du problème quand on leur prescrit des suppléments à base d’oméga 3. La première chose à recommander est que les enfants mangent du poisson, mais pas panné ou frit. Car ça, c’est pire que de ne pas en manger.

Est-ce qu’il y a des effets secondaires aux oméga 3 ?
Seulement positifs. Les cheveux et les ongles poussent plus vite, ils sont en meilleure santé, plus brillants.

Quelle est la différence entre les oméga 3 et 6 ?
C’est le rapport entre les deux qui contrôle la physiologie. Les oméga-6 sont pro-inflammatoires, favorise la coagulation. Aujourd’hui il y a entre 10 à 40 fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3 dans notre alimentation, alors que l’équilibre devrait être de trois fois plus. Les oméga-3 sont anti-inflammatoires. Lorsqu’il y a un équilibre entre les deux, tout va bien, mais lorsqu’il y a 40 fois plus d’oméga-6, on a des maladies inflammatoires. Il faut donc diminuer les oméga 6.

Où trouve-t-on des oméga-3 ?
Ceux qui ont des propriétés importantes pour le cerveau, viennent du poisson et des œufs seulement. Ceux qui sont dans les huiles, les noix, les graines de lin sont des oméga-3 végétaux. Ce ne sont pas les mêmes. Ils sont très bien, mais ne suffisent pas pour des actions sur la physiologie.

Que faire si on n’aime pas le poisson ou si on est végétarien ?
C’est un problème, car actuellement il n’y a qu’un type d’oméga-3 de poisson fabriqué par des algues et que l’on peut trouver sous forme de gélules.

D’ailleurs, vous avez fondé une compagnie qui vend des produits que vous conseillez ? Vous ne craignez pas de perdre votre crédibilité ?
J’ai contribué à créer cette compagnie, car il n’existait aucun complément alimentaire oméga-3 avec les critères de pureté et de concentration de ce qui avait été testé scientifiquement. Or mon argumentation sur les oméga-3 se basait sur ces études. Je ne pouvais pas dire aux gens que c’était formidable, mais que ça n’existait pas. J’ai donc voulu aller au bout de ma démarche. Si je ne l’avais pas fait, il y a aurait eu une incohérence dans mon discours.

Mais c’est cher ?
Moins cher que ceux de mauvaise qualité. Il suffit de comparer la concentration en EPA.

Comparativement aux médicaments ?
Oui, mais ils sont remboursés donc ça parait peu cher. Les compléments d’oméga-3 ne sont pas remboursés, c’est évidemment moins cher que les médicaments !

Ressources :
Guérir
David Servan-Schreiber
Les éditions Robert Laffont
Le site internet de Guérir

L’une des dernières entrevues de David Servan-Schreiber.