Ma dernière fête des pères…

Il y a 10 ans, j’ai dit bonne fête à mon papa de vive voix pour la dernière fois. Moi pleine d’espoir qu’il survive, qu’il se remette, mais terriblement inquiète. Lui étendu sur son lit d’hôpital, incapable de bouger. Même pas le petit doigt. Il ne faisait que hausser légèrement les épaules. L’histoire de l’accident est ici.

Trois jours avant son accident au Puy Mary, l'endroit le plus beau d'Auvergne, disait-il. Avec ma mère et mon neveu

Ce dimanche de la fête des pères de juin 2003, mon neveu Tristan alors âgé de deux ans, avait dessiné pour lui. Un dessin où nous avions écrit Bonne fête des pères. Comme tous les jours, visite à l’hôpital. Deux personnes à la fois seulement. Avant d’entrer dans sa chambre des soins intensifs, nous revêtions l’habillage de circonstances. Tablier, protèges-chaussures, etc.

Je lui ai dit Bonne fête en lui montrant le dessin. Il était heureux. Je l’ai vu dans ses yeux.

Il nous entendait mais ne pouvait parler. Sous morphine, il semblait nous reconnaître mais j’ai appris plus tard qu’il ne se souvenait pas de ces deux semaines.

Mais je me souviens qu’il s’est réveillé lors de mon dernier passage avant le départ de mon avion de retour à Montréal.

Il venait de subir une trachéotomie (quand on est tétraplégique, on pratique une ouverture dans la gorge pour permettre la respiration sans le maudit tube dans la bouche). Les médecins ne pensaient pas qu’il se réveillerait à temps et me l’avaient dit. J’étais quand même passée le voir à l’hôpital, ce que je faisais tous les jours depuis deux semaines. Il n’était pas question de manquer notre dernier rendez-vous. Il s’est réveillé. On savait tous les deux que c’était notre dernière rencontre. Ses yeux m’ont dit adieu. Il est mort 10 jours plus tard alors que j’étais à Montréal.

Maintenant je lui dis tous les jours, bonne fête papa.

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J’ai 25 ans …

J’ai 25 ans. 25 ans aujourd’hui que j’ai posé les pieds au Québec. C’était en milieu d’après-midi à Mirabel le 16 août 1987. Une journée chaude et humide comme je n’en avais jamais connue. Mon baptême de l’air au-dessus de l’Atlantique. La première fois que je quittais ma patrie aussi longtemps, pour un an. 25 ans que ça dure.

J’avais 20 ans lors de ma première visite à Montréal en septembre 87.

25 ans et le cul entre deux chaises. Pour les Québécois j’ai encore l’accent français, pour les Français, j’ai l’accent québécois.

25 ans sans aucun doute, ou presque. Si je venais d’abord pour une seule année, j’ai rapidement pris la décision de prolonger mon séjour. Encore et encore. J’ai rarement pensé repartir en France. L’idée de quitter le Québec m’a effleuré l’esprit lors de la naissance de mon neveu. Je ne pensais pas retourner en France, mais aller vivre au Mexique où il est né. Cette idée n’a vécu qu’un instant.

25 ans et des amis précieux.

25 ans sans regret. Sauf lors des fêtes qui impliquent des réunions de famille. Même si les amis veulent nous inclure dans leur famille, à un moment donné, certains mots, certaines actions nous rappellent que nous ne faisons pas complètement partie de la famille.

25 ans que j’ai quitté mon pays d’origine, mes parents, mes amis. Pourquoi ? Pour guérir une vilaine peine d’amour infligée par un garçon français du même âge que moi (on est naïf à 20 ans), pour voir du pays, pour apprendre l’anglais. Pourquoi le Canada, j’aurais pu aller en Angleterre ? Car c’était trop proche. Tant qu’à partir, je voulais aller loin, traverser l’Atlantique. Pourquoi pas les États-Unis ? Car il était trop compliqué d’y être jeune fille au pair. Pourquoi Ottawa ? Car c’est la première agence de placement de jeune fille au pair qui m’a répondu. J’ai envoyé mon dossier et on m’a trouvé une famille d’accueil. Je suis restée dans cette famille, dont les parents étaient séparés, pendant 2 ans. J’ai gardé les trois enfants, Fannie, Hugo et Ariane, qui ont maintenant l’âge de mes amis les plus proches.

25 ans et ma première expérience de Cheezwiz et de Shopper’s Drug mart. Ce sont les premières choses dont m’a parlé l’ainée des enfants que je gardais. Je m’en souviens encore.

25 ans que j’ai coupé le cordon avec mes parents. Ça a pris plusieurs années à mon père pour accepter mon choix, même s’il n’en disait mot. En fait, il ne l’a accepté qu’en 1999 lors de son unique visite à Montréal. Il a aimé cette ville et devait revenir voir les couleurs de l’automne en 2003. Son vélo en a décidé autrement en juin 2003.
La période la plus difficile. Deux allers-retours en France en un mois. Vivre un deuil loin, c’est dur. Je ne sais pas si c’est mieux ou pas. L’absence est plus facile à apprivoiser quand on ne vit plus au quotidien avec la personne. Mais on aimerait parfois que le téléphone fonctionne aussi bien entre la France et le Québec qu’avec le Québec et l’au-delà.

25 ans que je n’arrive plus à faire la différence entre l’avant et l’après, entre la France et le Québec, entre leurs expressions, les miennes, les vôtres ou les nôtres.

25 ans qu’on me demande pourquoi j’ai débarqué ici. 25 ans que je raconte la version courte, moyenne ou longue. Je l’ai racontée ici lors du 22e anniversaire. Je venais d’arriver à Los Angeles pour trois semaines.

25 ans que j’apprends sur mon pays d’accueil. J’ai commencé avec les trois enfants que je gardais. J’ai continué avec mes amis à l’Université d’Ottawa, mes cours de science politique et mon insatiable curiosité. 25 ans que je rêve d’aller visiter toutes les provinces canadiennes. Il m’en manque trop. Plus que la moitié.

25 ans que j’aime la poutine, le sirop d’érable, les déjeuners oeufs/bacon/saucisses/patates.

25 ans que je bâtis ma carrière de journaliste, le métier que j’ai toujours voulu exercer, depuis que j’ai 5 ans. Tout a commencé un soir après mon premier cours à l’Université en septembre 1988. J’ai pris le journal étudiant La Rotonde en sortant. Je le feuillette dans l’autobus 95 (le fameux) qui me ramène à Orléans et je tombe sur une annonce. Le journal cherche des journalistes pour la section actualités. J’ai peine à attendre au lendemain pour appeler et offrir mes services, croyant que je devrais passer par une sévère sélection. Mais non, on me confie un premier article (je l’ai gardé en souvenir, mais n’ose le montrer – si mauvais). Puis on m’en confie un deuxième. Tout un sujet, la conférence d’Elena Bonner et Andreï Sakharov. Je suis restée six ans à La Rotonde. J’y ai appris mon métier, j’y ai rencontré plein de monde. Un doux souvenir.

25 ans qu’on me reprend sur ma prononciation des mots gauche, jaune, juin, pâte, côte, beach et j’en passe.

25 ans qu’on me demande « comment c’est en France? ». 25 ans que je ne m’en souviens plus.

25 ans que je reste, car c’est ainsi, ma vie est à Montréal. Ma ville. Car je suis heureuse, je me suis trouvée. Je suis maintenant autant, et sinon plus Québécoise que Française. Mais j’ai déjà dit et je redis que les deux nationalités sont en moi. Mes racines sont françaises et auvergnates. La France m’a élevée, m’a donné la vie, m’a guidée durant mon enfance et mon adolescence. Une partie tellement importante de sa vie que son pays d’origine reste marqué dans ses gênes. Tandis que mon pays d’adoption a forgé l’adulte que je suis devenue. Il représente mon présent et mon avenir.

25 ans que je n’arrive pas à mettre de la relish dans mon hot-dog (sauf celle maison de Dominique Gagné qui est fabuleuse – MÀJ 2015), à manger des Jos Louis ou à boire de la Root beer.

25 ans que cet heureux mélange rend impossible tout choix. Quand certains disent que l’on ne peut avoir deux nationalités, qu’il faut choisir, ils ne savent pas de quoi ils parlent. C’est impossible. Comment choisir entre sa mère biologique et sa mère adoptive ? Le lien est différent, mais le choix est déchirant. Impossible!

25 ans que j’accumule mes souvenirs canadiens, québécois. 25 ans que je réalise mes rêves. 25 ans que j’aime ce pays. 25 ans que j’aime ses habitants. Ça fait 25 ans aujourd’hui que je suis Canadienne et Québécoise.

Le texte écrit lors de l’anniversaire de mes 20 ans au Canada avec les photos de la jeune fille de 20 ans que j’étais.

MAJ 16 août 2015 :

Le 16 août 1987 était aussi un dimanche chaud et humide. Je débarquais à Mirabel au milieu de l’après-midi après un baptême de l’air de plus de sept heures.

Mon père m’avait conduite à l’aéroport. Plus de cinq heures de route de mon Auvergne natale. 1h de sommeil après une fête avec des amis. Départ à quatre heures du matin. Ma mère retenait ses larmes avec peine.

À Roissy, je me souviens encore du moment où j’ai quitté mon père. Il m’a laissée au pied d’un escalier roulant qui montait vers les départs. Aucune larme. Je ne me suis retournée qu’une fois. Je souriais, pas lui.

28 ans plus tard, il n’est plus là et ma mère ne s’en souvient plus. Les enfants qui poussent nous rappellent que le temps passe. Depuis 3 ans, quelques gros changements. Ma mère ne vit plus chez elle, mais dans une maison pour les gens qui ont l’Alzheimer. France, la mère des trois enfants que je gardais est décédée (bien trop jeune). Trois beaux enfants sont entrés dans ma vie et me comblent de bonheur, même si ce ne sont pas les miens.

MÀJ 16 août 2017

Ça fait 30 ans et je ne change pas un mot. Ça va aussi faire 20 ans que j’habite Montréal en décembre. C’est la ville où j’ai habitée le plus longtemps. Plus que mon village natal Saint-Rémy-de-Chargnat.

Je fus une rejet à l’école…

J’ai été une rejet à l’école, pendant une année, une longue année.

Durant ma deuxième année de secondaire. Je me souviens encore de l’une des pires années de ma vie. J’ai manqué la moitié de mon année. Pourtant le secondaire avait bien commencé à Issoire, dans un lycée catholique et privé.

Entrée à 10 ans avec une année d’avance, la première année fut agréable. De bons souvenirs avec une groupe de filles sympas.

Mon cauchemar a commencé lors de ma 2e année. Les profs avaient dit à mes parents que je devais redoubler à cause de mon jeune âge. Alors j’ai redoublé et j’ai perdu mes chères amies.

Nouveau groupe, nouvelle adaptation avec des élèves de mon âge, même si j’ai une année d’expérience de plus dans cette école…Je ne sais plus comment les moqueries ont commencé. Je n’étais pas si différente.

Mais je me souviens ne plus vouloir aller à l’école. J’ai tellement pleuré lors de cette année maudite. Je me suis inventée toutes sortes de maladies, pour ne pas affronter les moqueries de la meneuse. Elle est devenue une adulte charmante. Je me souviens de son nom puisque j’ai fait tout mon secondaire avec elle, sans problème par la suite.

Des moqueries qui marquent à vie

Les moqueries ont blessé profondément la jeune adolescente que j’étais. Ça mine la confiance.

Mes parents ne savaient plus quoi faire avec mes larmes, mes refus d’aller à l’école, mes maux physiques qui n’étaient que le reflet de mon mal intérieur.

Ce mal a été jusqu’à l’hôpital, puisque je me suis faite opérée de l’appendicite cette année là. J’avais enfin de l’attention, pas pour se moquer de moi, car on ne se moque pas d’une opérée!!!
Ce fut fini. Après mon hospitalisation et ma convalescence à la maison, je revenais en héroïne. Je me demande si j’avais vraiment besoin de me faire opérer de l’appendicite?

J’ai eu aussi la chance d’avoir des parents qui ont pris le problème au sérieux et une école qui a agi, qui a compris.
Les enfants et les adolescents ne ménagent pas les plus faibles, les différents. Les mots et les actions peuvent être cinglants, méchants, blessants. L’adolescence, en particulier, est une période si difficile. On peut être si bête et si fragile à la fois…

Que faire ? Comment les parents peuvent ne rien voir, peuvent laisser faire ? Comment agir nous les adultes ? J’ai posé la question à l’une de mes amie qui travaille avec les jeunes. Voici sa réponse : « On est présent et on écoute… mais on n’est pas dans la tête des gens 24h/24h. Et autant pour les intimidateurs qui cherchent de l’attention. Qu’un jeune s’exprime par la violence ou en se repliant sur lui-même, c’est une réaction à quelque chose et qui demande la même présence et la même écoute pour briser le cycle de la violence. On ne cautionne pas les gestes de violence, mais on offre du soutien. Si un jeune peu identifier au moins un adulte en qui il peut avoir confiance dans les lieux qu’il fréquente ou dans sa famille, il y a de quoi qui peut être fait. Mais beaucoup de jeunes ont l’impression que personne ne peut comprendre ce qu’ils vivent. C’est pas facile de défaire ce mythe.»

PS : la vie d’intimidateur ou d’intimidé ne s’arrête pas quand on devient adulte. Combien intimide (se moque) sous le couvert de l’humour? Combien font des remarques désobligeantes ou dénigrantes?

L’émission le Code Chastenay a parlé des intimidateurs et des mesures à prendre.

Vive les rides!

Aujourd’hui dans La Presse, Marie-Christine Blais nous offre un portrait de Louise Latraverse, 70 ans. Inspirante Louise Latraverse dont la photo est magnifique. Un visage qui n’a subi aucune chirurgie.

On en veut plus des femmes comme elle. Des modèles positifs pour les femmes qui montrent que les rides ne sont pas une calamité. Que les rides ne sont pas laides. Que les rides sont le reflet et la mémoire de nos vies, de nos joies et de nos tristesses. Que les rides ne doivent pas être effacées à tout prix.

Quand est-ce que jeunesse est devenu égale à beauté et vieillesse à laideur?

Louise Latraverse est celle qui avait dit en 2007 en recevant son premier Gémeau qu’elle valait cher, très cher, car elle n’avait pas été remontée à 67 ans. Et j’adore cette citation: « … Que les autres continuent à aller en chirurgie, moi, je vais avoir tous les beaux rôles de vieilles! »

Madamisation ou bonhomisation? Pourquoi pas ketainisation?

Depuis hier et l’article de Stéphane Baillargeon dans le Devoir, on ne parle que de ça. La madamisation des médias, la bonhomisation comme l’a appelé Simon Jodoin pour faire un équilibre des sexes. Et bien justement, je suis un brin et un tantinet tannée qu’on colle automatiquement un sexe à toute tendance ou à tout ce qui se passe dans la société.

ÇA VA FAIRE. J’aimerais que l’on me propose des sujets, des émissions, des articles, des dossiers en tant qu’être humain intéressé par la politique, l’économie, la psycho, le sport, la mode et bien d’autres choses, pas en tant que femme, mais en tant que personne.

Peut-on s’adresser à notre intelligence, à notre curiosité, et non à notre genre? Peut-on me parler en tant qu’être humain et non parce que je suis une femme ou un homme ?

Les magazines dits féminins ne m’intéressent pas dans leur ensemble, car les pages recettes, bouffe, mode et beauté ne me parlent pas. Mais je vais être intéressée par un sujet psycho ou décoration. J’aime aussi les sujets dits plus masculins, comme le bricolage, le plein air, la société. Et ça ne veut pas dire que je n’aime pas ce type de revue.

Une revue ou une émission ne peut proposer des sujets qui vont plaire à tout le monde. La diversité a meilleur goût. Mais on peut offrir du bon journalisme, de la bonne information, de bonnes discussions et moins d’opinions simples et non fouillées.

On peut, comme le disait Marie-France Bazzo, sortir des sentiers battus, inclure des femmes dans les émissions de hockey, des hommes dans les émissions soi-disant féminines, éviter les commentaires à l’emporte-pièce, proposer des réflexions poussées, éviter les sujets que l’on rabâche (maigrir, éliminer la cellulite par exemple, doit-on changer l’entraineur du Canadien), inviter plus de spécialistes, de penseurs, moins de vedettes, de commentateurs enflammés.

Plus de diversité. D’ailleurs, sur Facebook, hier j’ai réagi à ce texte. Voici ce que j’en disais: «Tout le monde semble encenser ce texte ce matin. Pas certaine moi. J’ai mes doutes. On tape sur la madamisation comme si c’était une maladie. Comme si une frange entière de la société avait la peste? Est-ce qu’on fait de la télé et de la radio pour s’écouter parler ou pour ceux qui nous écoute? Je prône la diversité. » 54 commentaires plus loin, j’aurai dû l’écrire ici… Surtout pour se faire citer par Patrick Lagacé et Simon Jodoin.

Mais surtout, peut-on arrêter de coller un genre à tout ça. Je n’en peux plus de ces catégorisations qui nous limitent dans notre rayonnement et nous enferment dans un cocon bien trop délimité. Un frein à notre créativité.

Avoir 44 ans, mieux que 43 ou en attente du 45 ?

Pourquoi on fête plus les dizaines ou les 35, 45, 55 ans ? Pourquoi on ne fête moins les 44 ans, 33 ans, 66 ans, 22 ans ? Drôle non ? Pourquoi on aime cette journée où tout le monde s’arrête quelques secondes pour écrire un bonne fête ou joyeux anniversaire dans un courriel, sur Facebook, dans une carte ? Pourquoi on remarque plus les gens qui n’y pensent pas ? Qui oublie ? Est-ce si grave ?

N’est-ce pas mieux un ami qui nous appelle deux semaines en retard qu’une connaissance qui nous lance un bonne fête pour se débarrasser et remplir sa corvée de la journée ? Sur Facebook, lancez-vous des voeux à tout le monde ou simplement aux personnes qui sont importantes pour vous ? Et puis est-ce si dramatique de passer son anniversaire seule, sans personne pour organiser une fête, un souper ou quelque chose ? N’est-ce pas des journées comme celle de son anniversaire, de Noël, de la St-Valentin ou de l’Action de grâce que la solitude devient encore plus pesante ?

Les anniversaires sont des journées comme les autres. On agrippe une année de plus au passage, puis ? Et s’ajoute une ride charmante, une oreille plus sourde, un oeil avisé, une peau qui se relâche, la tête blanchit, le coeur s’allège, la raison s’apaise, la confiance s’encre au creux de son âme et le bonheur paraît un peu plus facile. Vieillir s’apprend. On s’endurcit. Tout simplement. Et la Lune se met à briller. Le cadeau ultime. Merci la vie. Merci les amis.

Quand on découvre une bosse au sein…

La terreur de toutes les femmes de n’importe quel âge. Inévitablement, lorsqu’on découvre la fameuse bosse, on pense déjà mourir du cancer du sein. Pourtant, tout n’est pas aussi noir. Même si la « découverte » doit être prise au sérieux rapidement. Surtout pour se rassurer, car le stress est immense. Premier acte : on va rapidement voir un médecin pour obtenir une prescription pour une mammographie et une échographie. On oublie la peur de l’examen, du diagnostic, le manque de temps. On ne tarde pas. Au moins pour être rassurée ou pour être soignée.

Je viens de passer à travers cette angoisse pour la première fois. Je le raconte pour démystifier et encourager les femmes à passer des examens. C’est arrivé un lundi soir. Je fais régulièrement l’examen de mes seins comme recommandé et je n’avais jamais rien remarqué. Ce lundi soir tard dans mon lit, l’ordinateur sur les cuisses, après un bon souper, je découvre la fameuse masse, LA bosse dans mon sein gauche en me redressant sur mon lit.

Le choc de la découverte

Mon coeur s’arrête, je cesse de respirer pendant quelques secondes. Je fige. Mille choses me traversent l’esprit. J’ai écrit à quelques reprises sur le cancer du sein, je sais très bien que je ne suis pas « trop » jeune. Josée, la blonde d’un ami a été victime d’un cancer à 42 ans, j’ai 43 ans. Geneviève Borne et plein d’autres cas me viennent en tête. Je respire. Je respire.

Puis, je pense à ma mère qui a 70 ans, jamais de cancer du sein et des kystes bénins à profusion. Elle me l’a dit plusieurs fois. Il est 2 h du matin et j’ai seulement le goût de parler à une amie. J’écris à l’une sachant très bien qu’elle dort et que je n’aurais pas de réponse avant le lendemain matin. En attendant, pas question de dormir. La journaliste reprend le dessus et je me lance dans une recherche sur internet. Des faits rassurants. Plus de 80 % des masses que les femmes découvrent sont bénignes selon la Fondation canadienne du cancer du sein. Mais on voit le mauvais côté et on pense toujours que certaines se sont dit la même chose et se sont retrouvées dans le 20 %. Puis les traitements, la chimio et parfois le cercueil.

Ensuite, on lit les détails sur les types de masse, les kystes, etc. On tente alors de déterminer si ça ressemble plus à un kyste ou à autre chose tel que décrit dans les divers textes comme celui de Passeport Santé. Parfois, on pense que ça ressemble à un simple kyste, parfois non. Les scénarios optimistes et pessimistes se bousculent dans notre tête. Puis finalement, on se calme, on respire (merci à ma pratique du yoga), et on s’endort.

Vite le médecin
Le lendemain matin, l’amie à qui j’avais écrit, qui est plus jeune de quelques années, me rassure. Elle a eu un kyste et a passé mammographie et échographie. Je prends rendez-vous avec ma médecin de famille que j’ai négligée pendant quatre ans. Un an de plus et j’étais catégorisée comme ancienne cliente. Elle n’en prend plus de nouveaux. Ouf.

Lorsque je parle de la bosse, la secrétaire est très compatissante et me donne un rendez-vous trois jours plus tard, le 25 juin au matin. C’est le jour du septième anniversaire de la mort de mon père. J’espère qu’il sera avec moi. Je suis heureuse, c’est rapide.

Pendant trois jours, cette bosse fait partie de ma vie tout le temps. Chaque heure, chaque minute. On l’oublie quelques secondes, mais elle revient rapidement. Même si mon instinct me rassure, j’ai besoin d’être TOTALEMENT rassurée.

Finalement, ma médecin me rassure. Il semble que ce ne soit qu’un kyste. Mais elle m’envoie passer une mammographie et une échographie pour être totalement certaine de son diagnostic. Elle me conseille Maisonneuve-Rosemont qui est proche de chez moi. J’appelle en fin de journée à 15 h 58. La clinique ferme à 16 h. Aucune réponse.

Une amie, qui est à risque et qui a passé plusieurs examens de dépistage, me conseille d’aller chez Léger et associéss, une clinique privée de radiologie qui a un département pour les examens du sein. J’appelle lundi 28 juin. J’ai un rendez-vous à 8 h le vendredi suivant le 2 juillet. Qui a dit que le système de santé était engorgé et lent ?

Les examens
Dans cette clinique privée, la mammographie est gratuite ( remboursée par l’assurance maladie), mais l’échographie est payante (130 $). On peut choisir d’aller la passer à l’hôpital pour l’obtenir gratuitement. Mais qui va attendre ?

Je n’ai jamais passé de mammographie, ni d’échographie. Une amie m’a dit que ça faisait mal, que la technicienne n’était pas douce et brusque. Je suis donc un peu stressée. Qui a envie de se faire écraser les seins dans une machine qui fait mal. Ce n’est pas le cas. La technicienne est très sympa. J’enlève la jaquette d’hôpital et me retrouve torse nu avec elle. Ça ne fait pas mal et ça va vite. On décrit la procédure pour la mammographie sur le site de la Fondation canadienne du cancer. C’est exactement comme ça.

Le moment le plus stressant
Après la mammographie, je retourne attendre pour savoir si je passe mon échographie tout de suite. Une autre femme vient me voir et dans un bureau fermé me dit que la radiologiste veut une échographie. Mon coeur bat plus fort. Mais ma médecin l’avait aussi demandé. La femme me dit que je peux aller la passer gratuitement à l’hôpital. Chez Léger, c’est 130 $. Je m’en moque totalement. Je vais payer et reviens attendre. Ironique, on doit payer avant. C’est ça le privé, la business avant tout. Quelle femme ne va pas payer immédiatement pour savoir ! Ça ressemble à de la vente sous pression. Mais on m’avait prévenue lorsque j’ai pris rendez-vous. J’aurais pu aller à l’hôpital. Les échographies devraient être aussi gratuites.

Pendant l’attente, la tête s’emballe. Une question me taraude. Pourquoi veut-on une échographie rapidement ? Stressant. Puis j’attends de longues minutes dans la salle de l’échographie. Je pratique ma respiration yogique. La médecin arrive. Elle me rassure immédiatement. L’échographie est l’ultime examen, mais ma masse ne ressemble qu’à un simple kyste. Ce que l’on confirme. Et on en découvre plusieurs autres dans les deux seins. Étant donné que mon kyste principal est assez gros (environ trois cm de diamètre), la médecin me demande si je veux qu’elle l’aspire et le réduise à néant. Est-ce que ça fait mal ? Pas du tout. Étant donné que je suis douillette et que je déteste les piqures, elle m’injecte un léger anesthésiant. Après avoir tout désinfecté, je regarde l’aiguille pénétrer et le kyste disparaître sur l’écran de l’échographie à mesure que la seringue aspire le liquide qui le compose. Liquide normal, pas de sang ou de couleur suspecte. On n’aura même pas besoin de l’analyser. Je suis donc totalement rassurée. 10 jours après la stressante découverte.

Je souhaite une telle expérience positive à toutes les femmes. En même temps, je compatis énormément avec celles qui ont un diagnostic différent. Ça arrive souvent. Car une femme sur neuf aura un cancer du sein au Canada dans sa vie. Les statistiques ne sont pas rassurantes même si les femmes en guérissent plus qu’avant.

Les kystes de la quarantaine

La radiologiste me souligne que la quarantaine amène souvent des kystes pour les femmes. Des kystes inoffensifs qui disparaissent souvent à l’aube ou après la ménopause. Des kystes qui font parties de la vie et des changements dans la texture du sein. Des kystes qui nous font peur, surtout quand on découvre le premier. Mais chaque bosse, potentiellement un kyste, ne doit pas être prise à la légère. Même si la texture ressemble à un kyste, allez le faire vérifier. Un kyste peut être malin.

L’atmosphère de la salle d’attente
Dans toute cette histoire, c’est l’atmosphère hyper lourde de la salle d’attente chez Léger et associés qui m’a le plus stressée. Quand je suis arrivée avec mon sourire à 8 h le matin, après avoir enfilé la laide jaquette bleue d’hôpital, je m’assois parmi d’autres femmes. De tous les âges. Aucun homme. Ils doivent attendre à l’entrée et ne peuvent s’asseoir avec nous et nos jaquettes.

Dans cette salle très éclairée et très neutre, il y a quelques revues, trois salles pour se changer, des casiers, une salle de bain. Des fauteuils, des sofas, des chaises et une musique de fond. Mais personne ne rit, personne ne parle, c’est lourd, pesant, stressant. Une femme qui revient de son examen semble avoir pleuré. Une autre semble abattue. Une autre plus jeune paraît plus relaxe comme moi.

En attendant, j’imagine les mille et une histoires de ces femmes. Certaines viennent vérifier comme moi, d’autres viennent sûrement se faire confirmer un diagnostic de cancer du sein, d’autres doivent venir s’assurer que le cancer n’est pas revenu.

Une salle où la mort semble traîner derrière chaque femme. Triste et déprimant. Je voulais partir le plus rapidement possible. Je me disais qu’on devrait y mettre une télévision avec des films comiques. Peut-être que ça détendrait l’atmosphère. Et puis rire ne peut pas faire de mal. Même si le terrible diagnostic tombe.

Le système de santé efficace et rapide
Outre cette expérience avec le système de santé, une récente bronchite m’a permis de le tester dans le dernier mois. S’il s’est écoulé 10 jours seulement entre le moment où j’ai découvert la masse dans mon sein et le diagnostic positif, ce fut aussi rapide pour la bronchite.

À 15 h 40, je me présentais à la clinique sans rendez-vous sur Masson. À 16 h, je voyais une docteure. À 16 h 15, j’étais à la pharmacie pour cueillir mes antibiotiques. À 16 h 30, je prenais les deux premières pilules chez moi. 40 minutes en tout.

Je veux bien être chanceuse. Mais ces trois expériences de rendez-vous rapides et de services hors pair ne sont quand même pas des hasards ?

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Pour en savoir plus
L’État des connaissances: la relation entre l’environnement et le cancer du sein
Sous la direction de Janet Gray, Ph. D.

Fondation québécoise du cancer du sein

Fondation canadienne du cancer du sein

The silent spring Institute

Breast cancer fund

La Convention de Stockholm, entrée en vigueur au plan international le 17 mai 2004, qui vise l’élimination «écologiquement rationnelle» de douze polluants organiques persistants (POPs).

Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin ( livre et DVD)