Orphelin de grand-père depuis 10 ans

Depuis le 25 juin 2003, je n’ai plus de père… vivant. Depuis 10 ans, je suis ainsi orpheline de père. Trop jeune, j’avais encore besoin de lui. Et mon père était trop jeune pour mourir. Mais mon neveu était trop jeune pour perdre son grand-père.

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Cette photo est ma préférée, elle est sur ma table de chevet. Mon père faisait connaissance avec son petit-fils de 4 mois, qu’il avait été cherché à l’aéroport. En provenance du Mexique.

C’est à lui que je pense souvent quand je regrette le départ si soudain de mon père. Il n’avait que 2 ans et demi. Il en a maintenant 12 et ne se souvient de son grand-père qu’à travers nos souvenirs. J’aurais tellement aimé qu’il puisse grandir avec ce grand-père si fier de lui à ses côtés. Mon plus grand regret.

Évidemment, mon père me manque, mais j’aurais tellement voulu qu’il voit grandir son unique petit-fils, qu’il l’accompagne dans les différentes étapes de sa vie, qu’ils soient complices comme ils l’ont été les deux seules années qu’ils ont passé ensemble. Trop courtes.

L’histoire de l’accident de vélo de mon père.

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Ma dernière fête des pères…

Il y a 10 ans, j’ai dit bonne fête à mon papa de vive voix pour la dernière fois. Moi pleine d’espoir qu’il survive, qu’il se remette, mais terriblement inquiète. Lui étendu sur son lit d’hôpital, incapable de bouger. Même pas le petit doigt. Il ne faisait que hausser légèrement les épaules. L’histoire de l’accident est ici.

Trois jours avant son accident au Puy Mary, l'endroit le plus beau d'Auvergne, disait-il. Avec ma mère et mon neveu

Ce dimanche de la fête des pères de juin 2003, mon neveu Tristan alors âgé de deux ans, avait dessiné pour lui. Un dessin où nous avions écrit Bonne fête des pères. Comme tous les jours, visite à l’hôpital. Deux personnes à la fois seulement. Avant d’entrer dans sa chambre des soins intensifs, nous revêtions l’habillage de circonstances. Tablier, protèges-chaussures, etc.

Je lui ai dit Bonne fête en lui montrant le dessin. Il était heureux. Je l’ai vu dans ses yeux.

Il nous entendait mais ne pouvait parler. Sous morphine, il semblait nous reconnaître mais j’ai appris plus tard qu’il ne se souvenait pas de ces deux semaines.

Mais je me souviens qu’il s’est réveillé lors de mon dernier passage avant le départ de mon avion de retour à Montréal.

Il venait de subir une trachéotomie (quand on est tétraplégique, on pratique une ouverture dans la gorge pour permettre la respiration sans le maudit tube dans la bouche). Les médecins ne pensaient pas qu’il se réveillerait à temps et me l’avaient dit. J’étais quand même passée le voir à l’hôpital, ce que je faisais tous les jours depuis deux semaines. Il n’était pas question de manquer notre dernier rendez-vous. Il s’est réveillé. On savait tous les deux que c’était notre dernière rencontre. Ses yeux m’ont dit adieu. Il est mort 10 jours plus tard alors que j’étais à Montréal.

Maintenant je lui dis tous les jours, bonne fête papa.