J’ai 25 ans …

J’ai 25 ans. 25 ans aujourd’hui que j’ai posé les pieds au Québec (écrit le 16 août 2012). C’était en milieu d’après-midi à Mirabel le 16 août 1987. Une journée chaude et humide comme je n’en avais jamais connu. Mon baptême de l’air au-dessus de l’Atlantique. La première fois que je quittais ma patrie aussi longtemps, pour un an. 25 ans que ça dure.

J’avais 20 ans lors de ma première visite à Montréal en septembre 87.

25 ans et le cul entre deux chaises. Pour les Québécois j’ai encore l’accent français, pour les Français j’ai l’accent québécois.

25 ans sans aucun doute. Si je venais d’abord pour une seule année, j’ai rapidement pris la décision de prolonger mon séjour. Encore et encore. J’ai rarement pensé repartir en France. L’idée de quitter le Québec m’a effleuré l’esprit lors de la naissance de mon neveu. Je ne pensais pas retourner en France, mais aller vivre au Mexique où il est né. Cette idée n’a vécu qu’un instant.

25 ans et des amis précieux.

25 ans sans regret. Sauf lors des fêtes qui impliquent des réunions de famille. Même si les amis veulent nous inclure dans leur famille, à un moment donné, certains mots, certaines actions nous rappellent que nous ne faisons pas complètement partie de la famille.

25 ans que j’ai quitté mon pays d’origine, mes parents, mes amis. Pourquoi ? Pour guérir une vilaine peine d’amour infligée par un garçon français du même âge que moi (on est naïf à 20 ans), pour voir du pays, pour apprendre l’anglais. Pourquoi le Canada, j’aurais pu aller en Angleterre ? Car c’était trop proche. Tant qu’à partir, je voulais aller loin, traverser l’Atlantique. Pourquoi pas les États-Unis ? Car il était trop compliqué d’y être jeune fille au pair. Pourquoi Ottawa ? Car c’est la première agence de placement de jeune fille au pair qui m’a répondu. J’ai envoyé mon dossier et on m’a trouvé une famille d’accueil. Je suis restée dans cette famille, dont les parents étaient séparés, pendant 2 ans. J’ai gardé les trois enfants, Fannie, Hugo et Ariane, qui ont maintenant l’âge de mes amis les plus proches.

25 ans et ma première expérience de Cheez wiz et de Shopper’s Drug mart. Ce sont les premières choses dont m’a parlé l’ainée des enfants que je gardais. Je m’en souviens encore.

25 ans que j’ai coupé le cordon avec mes parents. Ça a pris plusieurs années à mon père d’accepter mon choix, même s’il n’en disait mot. En fait, il ne l’a accepté qu’en 1999 lors de son unique visite à Montréal. Il a aimé cette ville et devait revenir voir les couleurs de l’automne en 2003. Son vélo en a décidé autrement en juin 2003. La période la plus difficile. Deux allers-retours en France en 1 mois. Vivre un deuil loin. Je ne sais pas si c’est mieux ou pas. L’absence est plus facile à apprivoiser quand on ne vit plus au quotidien avec la personne. Mais on aimerait parfois que le téléphone fonctionne aussi bien entre la France et le Québec qu’avec le Québec et l’au-delà.

25 ans que je n’arrive plus à faire la différence entre l’avant et l’après, entre la France et le Québec, entre leurs expressions, les miennes, et les vôtres ou les nôtres.

25 ans qu’on me demande pourquoi j’ai débarqué ici. 25 ans que je raconte la version courte, moyenne ou longue. Je l’ai raconté ici lors du 22e anniversaire. J’écrivais alors que je venais d’arriver à Los Angeles pour trois semaines.

25 ans que j’apprends sur mon pays d’accueil. J’ai commencé avec les trois enfants que je gardais. J’ai continué avec mes amis à l’Université d’Ottawa, mes cours de science politique et mon insatiable curiosité. 25 ans que je rêve d’aller visiter toutes les provinces canadiennes. Il m’en manque trop. Plus que la moitié.

25 ans que j’aime la poutine, le sirop d’érable, les déjeuners oeufs/bacon/saucisses/patates.

25 ans que je bâtis ma carrière de journaliste, le métier que j’ai toujours voulu exercer, depuis que j’ai 5 ans. Tout a commencé un soir après mon premier cours à l’Université en septembre 1988. J’ai pris le journal étudiant La Rotonde en sortant. Je le feuillette dans l’autobus 95 (le fameux) qui  me ramène à Orléans et je tombe sur une annonce, ils cherchent des journalistes pour la section actualités. J’ai peine à attendre le lendemain pour appeler et offrir mes services croyant que je devrais passer par une sévère sélection. Mais non, on me confie un premier article (je l’ai gardé en souvenir, mais n’ose pas le montrer – si mauvais). Puis on m’en confie un deuxième. Tout un sujet, la conférence d’Elena Bonner et Andreï Sakharov. Je suis restée 6 ans à La Rotonde. J’y ai appris mon métier, j’y ai rencontré plein de monde. Un doux souvenir.

25 ans qu’on me reprend sur ma prononciation des mots gauche, jaune, juin, pâte, côte, beach et j’en passe

25 ans qu’on me demande comment c’est en France. 25 ans que je ne m’en souviens plus.

25 ans que je reste, car c’est ainsi, ma vie est à Montréal. Ma ville. Car je suis heureuse, je me suis trouvée. Je suis maintenant autant, et sinon plus québécoise que Française. Mais j’ai déjà dit et redit que les deux nationalités sont en moi. Mes racines sont françaises et auvergnates. La France m’a élevée, m’a donné la vie, m’a guidée durant mon enfance et mon adolescence. Une partie tellement importante de sa vie que mon pays d’origine reste marqué dans mes gênes. Tandis que mon pays d’adoption a forgé l’adulte que je suis devenue. Il représente mon présent et mon avenir.

25 ans que je n’arrive pas à mettre de la relish dans mon hot-dog (sauf celle maison de Dominique Gagné qui est fabuleuse – MÀJ 2015), à manger des Jos Louis ou à boire de la Root beer.

25 ans que cet heureux mélange rend impossible tout choix. Quand certains disent que l’on ne peut avoir deux nationalités, qu’il faut choisir, ils ne savent pas de quoi ils parlent. C’est impossible. Comment choisir entre sa mère biologique et sa mère adoptive ? Le lien est différent, mais le choix est déchirant. Impossible !

25 ans que j’accumule mes souvenirs canadiens, québécois. 25 ans que je réalise mes rêves. 25 ans que j’aime ce pays. 25 ans que j’aime ces habitants. Ça fait 25 ans aujourd’hui que je suis Canadienne et Québécoise.

Le texte écrit lors de l’anniversaire de mes 20 ans au Canada avec les photos de la jeune fille de 20 ans que j’étais.

MAJ 16 août 2015 :

Le 16 août 1987 était aussi un dimanche chaud et humide. Je débarquais à Mirabel au milieu de l’après-midi après un baptême de l’air de plus de 7h.

Mon père m’avait conduite à l’aéroport. Plus de 5h de route de mon Auvergne natale. 1h de sommeil après une fête avec des amis. Départ à 4h du matin. Ma mère retenait ses larmes avec peine.

À Roissy, je me souviens encore du moment où j’ai quitté mon père. Il m’a laissée au pied d’un escalier roulant qui montait vers les départs. Aucune larme. Je ne me suis retournée qu’une fois. Je souriais, pas lui.

28 ans plus tard, il n’est plus là et ma mère ne s’en souvient plus. Et les enfants qui poussent nous rappellent que le temps passe.

J’ai écrit un texte il y a 3 ans lors de mon 25e anniversaire au Canada. On remplace 25 par 28 et c’est la même chose.

Presque. Depuis 3 ans, quelques gros changements. Ma mère ne vit plus chez elle, mais dans une maison pour les gens qui ont l’Alzheimer. France, la mère des trois enfants que je gardais est décédée (bien trop jeune). Trois beaux enfants sont entrés dans ma vie et me comblent de bonheur, même si ce ne sont pas les miens.

Faut-il plus de rues piétonnes ?

Intéressante discussion ce matin à l’émission d’Isabelle Maréchal, animée par Marie Plourde durant l’été, sur les rues piétonnes. Est-ce un moyen pour revitaliser un quartier ? Une rue commerciale? J’en discutais avec le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, qui comme moi, ne pense pas que les rues piétonnes sont la panacée. La discussion est ici.

La piétonnisation est souvent vu comme la mort pour les commerçants qui l’avaient refusé les fins de semaine de l’été sur Masson. Pourtant, ce sont les mêmes commerçants qui organisent les ventes-trottoir et ferment les rues ?

Évidemment, la piétonnisation n’est pas la solution, loin de là, pour toutes les rues. Nous ne sommes pas en Europe avec une forte densité urbaine. Il y a bien des solutions pour verdir, revitaliser et améliorer nos rues avant de les fermer.

La rue Masson piétonne le temps d’une vente trottoir. Photo : Cécile Gladel

La violence inacceptable envers un élu

Parlant de Luc Ferrandez, pour ceux qui veulent le diaboliser (car il semble être le paratonnerre de toutes les personnes qui pensent que la circulation va mal à Montréal), il n’est pas un adepte de la rue piétonne à tout prix. C’était la première fois que je le rencontrais en personne et il est très sympathique. L’un des rares politiciens qui ne pratiquent pas la langue de bois.

Par ailleurs, je n’arrive pas encore à comprendre la violence des citoyens envers Luc Ferrandez. Un citoyen l’a insulté et a craché devant lui alors qu’il se promenait avec son bébé !?!. Lors d’une assemblée publique sur la fermeture de la rue Marie-Anne au niveau du parc Baldwin, un citoyen s’est levé en disant qu’il fallait le trouver et lui casser les deux jambes. Il a été chaudement applaudi. Quand un citoyen s’est levé pour dire qu’il ne fallait pas exagérer, il a été hué. Pardon ?!?

On peut être en total désaccord avec un élu (ou toute autre personne), mais rien, absolument rien, n’excuse ce type d’attitude indigne d’un être humain. Ce type de violence doit être dénoncée. Peut-on discuter et donner son opinion sans menacer, insulter ou cracher sur quelqu’un ? J’en avais déjà parlé d’ailleurs dans un autre billet.

J’en parlais aussi lors des manifestations ce printemps et que les manifestants se rendaient devant la résidence de Jean Charest. Inacceptable. Devant la résidence de chroniqueur. Tout aussi inacceptable.

L’automobile rend violent ?

Pourquoi les êtres humains et ici les automobilistes deviennent si violents et intolérants quand on réduit leur marge de manoeuvre ? Est-ce que l’auto nous rend inhumains? Je n’ai jamais vu ce type de réaction en Europe. On peut sabrer dans les services de santé, dans l’éducation et plus, sans que presque personne ne s’en formalise, mais osez changer le sens de quelques rues, restreindre un peu la marge de manoeuvre des automobilistes et on vous traite comme le pire des criminels. Il faudrait qu’un psychologue m’explique ? Pourquoi l’automobiliste devient violent ? On peut aussi parler des cas de rages au volant…

Et je m’inclus, quand je conduis, je suis une championne chialeuse. Mais je conduis beaucoup moins vite depuis que je couvre les conseils d’Arrondissements de Rosemont-La Petite-Patrie et que j’entends chaque mois des citoyens se plaindre de la vitesse sur leur rue. En ville, je respecte scrupuleusement les limites de vitesse maintenant. Je ne voudrais pas renverser un enfant, un cycliste…

Évidemment, il y a des cyclistes violents aussi. Mais ce n’est pas mon cas, je suis beaucoup plus sereine et tranquille quand je pédale que lorsque je conduis. Il faut vraiment en parler à un psychologue.