Vous pensiez que les auteurs étaient riches? (Ajout)

Pas vraiment. Écrire un livre ne rend pas riche, même si des centaines de personnes continuent d’envoyer des manuscrits aux éditeurs comme le racontait Jean Barbe dernièrement. Sauf quelques exceptions rares au Québec dont Marie Laberge et Michel Tremblay qui gagnent leur vie en écrivant. (AJOUT: il y en a d’autres, mais je ne voulais pas faire une liste et me tromper, j’ai ciblé les plus connus).

Et puis même. Un livre peut se vendre une année, mais pas les années suivantes. Voici donc le chèque que j’ai reçu pour mes droits d’auteur de mon premier livre l’écolo écono pour la période octobre 2009-octobre 2010. Le livre est paru en octobre 2007. 48,18 $. De quoi me payer un bon souper, sans le vin. Une amie croyait lire 481 $ quand je lui ai montré le chèque. Elle n’en revenait pas. Et je vous rassure, ce livre ne m’a rapporté qu’environ 2300 $ au total, plus les 48,18 $ reçus. Heureusement que le livre a été publié en France où les avances triplent. Les droits d’auteur aussi si on compte les 63 millions de Français acheteurs potentiels par rapport aux 7 millions de Québécois.

Et je n’ai rien touché pour mes deux autres livres, l’écolo écono junior et les pollutions invisibles. Car je n’en ai pas vendu assez. Le montant des droits d’auteur ne dépassent pas l’à-valoir (avance) de 1000 $ que j’ai reçu pour les écrire. Quand on compte les heures de recherche, les heures pour écrire, les heures de promotion (on n’est pas payée quand on fait des entrevues lors de la sortie d’un livre), les heures dans les salon du livre ( pas payée non plus), il ne faut pas faire le calcul du taux horaire sinon on déprime. Il faut compter en terme de visibilité, crédibilité, etc. sinon on n’écrit plus.

Savez-vous combien touche un auteur sur le prix de vente du livre ? En moyenne, 10 % du prix de vente. Faites le calcul. Sur un livre comme l’écolo écono vendu à 14,95 $, c’est 1,49 $ par livre dans ma poche. Le reste est pour l’éditeur (qui est celui qui prend les risques et avance l’argent), le distributeur et le libraire (ces deux derniers touchent la plus grosse partie, mais je ne me risquerai pas dans les chiffres). AJOUT: pour les livres jeunesse avec des illustrations, l’auteure partage ce 10 % avec l’illustrateur. Normal, car les illustrations sont aussi importantes que le texte)

Et quand on sait que 80 % des livres sont vendus dans les grandes surfaces comme le Club Price, Walmart, Jean Coutu et cie, on comprend pourquoi ce sont toujours les mêmes qui cartonnent. Car ces grandes surfaces cassent les prix (il n’y a pas de prix uniques au Québec comparativement à la France) et ne vendent que les plus gros vendeurs. Ne cherchez pas mes livres au Club Price, Walmart (sauf le Pirate des caramels) ou Jean Coutu. Ils n’ont pas été assez vendus pour s’y trouver. Et dans les librairies, les livres les moins vendus sont cachés dans les étagères du fond.

Bref, si vous songez à écrire pour devenir riche, un conseil, achetez un billet de loterie, votre chance sera multipliée par deux. Et n’écrivez pas des livres qui parlent d’environnement.

AJOUT: Je n’ai pas parlé de mes livres jeunesse, le Pirate des caramels. Ce n’est pas aussi pire, mais ce n’est pas la mer à boire. J’ai dépassé mon avance d’environ 200 $ d’après mes souvenirs pour les deux premiers. Les avances sont généralement de 1 000 $.
Mais plusieurs de mes collègues auteurs me soulignent que les avances ne semblent pas la norme. Plusieurs auteurs n’ont pas d’avance… Ils ne touchent leurs droits d’auteur qu’un an après la sortie de leur livre. Alors qu’ils y ont travaillé plus d’un an avant cette sortie. Parfois plus.

Et plusieurs ne reçoivent rien pour faire les salons du livre. Ils payent leur hébergement et leur transport. Comment font-ils ? Ils ont une autre job et carburent simplement à la passion et au bonheur.

Car les droits d’auteur nous parviennent généralement une fois par an, selon les ententes et les contrats.

Et je vous encourage à aller voir le blogue de l’auteur François Bélisle que nous réfère Annie Bacon. Il dévoile ses chiffres de vente.

Et je connais plein de nouveaux auteurs qui se disent qu’ils vont faire différent. Certains perceront, surtout s’ils publient en France. Mais pour un qui perce, combien restent sur le quai ?

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28 Réponses

  1. Mon dieu, c’est bien de nous informer de tout ces détails, nous ne sommes pas au courant de l’impact de l’achat des livres.

    Il y a un 1,49$ venant de moi dans ton chèque, c’est vraiment rien, mais il est là. 🙂

    Je vais devoir acheter tes livres jeunesse à ma filleule avant qu’elle soit trop vieille.

  2. […] This post was mentioned on Twitter by Cecile Gladel, Éric Noël, Stef Mongeau, Kevin Courchesne, Sophie and others. Sophie said: RT @cecilegladel: Vous pensiez que les auteurs étaient riches. Voyez mon chèque de droit d'auteur http://tinyurl.com/5rp4dth […]

  3. Ouille, hein ? Terrible.

  4. Surtout, ne jamais calculer les heures investies. Sinon, on réalise rapidement qu’il vaut mieux écrire des articles à la chaîne… Heureusement, il reste d’autres avantages. Outre le plaisir de tenir son «bébé» entre ses mains et celui de partager sa passion pour les mots, il y a les rencontres avec les lecteurs et les autres auteurs dans les salons du livre!

  5. Merci DOM 🙂

    @marie-Julie: Heureusement qu’il y a des avantages… et non il ne faut pas compter. Mais j’ai surtout écrit ce billet pour expliquer aux gens que publication d’un livre n’égale pas argent qui rentre. Plusieurs pensent aussi qu’on est payé un peu partout, ce qui est faux, comme les salons que l’on fait « bénévolement » en se faisant payer une partie de l’hébergement et du transport.

  6. Stephen King dans sa pseudo autobiographie « On Writing » fait aussi le même commentaire. Il insiste qu’il a été chanceux et qu’il est une exception. Il dit qu’il faut écrire pour raconter une histoire, pas pour devenir riche.

  7. […] Par Cécile Gladel : Pas vraiment. Écrire un livre ne rend pas riche, même si des centaines de personnes continuent d’envoyer des manuscrits aux éditeurs comme le racontait Jean Barbe dernièrement. Sauf quelques exceptions rares au Québec dont Marie Laberge et Michel Tremblay qui gagnent leur vie en écrivant. […]

  8. Ça ramène les deux pieds sur terre.
    Note à moi-même: acheter plus de livres.
    Note à moi-même 2: Ne pas espérer faire fortune avec mon livre (qui n’est pas encore publié, mais ça viendra).
    Heureusement que le plaisir d’écrire (et d’être lu) est si fort, sinon, on aurait peu de livres sur le marché!

  9. « les salons que l’on fait « bénévolement » en se faisant payer une partie de l’hébergement et du transport. » … Et encore, seulement si on est chanceux!

    Pour un autre exemple de transparence et de chiffres de vente :
    http://castordeplume.blogspot.com/2011/02/des-chiffres.html

  10. Au moins t’as eu une avance toi. 😛

  11. Et un per diem pour tes salons. 😉

  12. @Pat: c’est exactement ce que j’allais ajouter…. J’ai l’air de faire pitié, alors que je suis l’une des chanceuses.
    Le lien que donne Annie vers les chiffres de vente d’un auteur donne un autre « reality check »

    Et l’objectif n’est pas de faire pitié, j’ai un métier, celui de journaliste pour me faire vivre. L’objectif est de montrer la réalité aux gens qui pensent qu’on est riche car on écrit aux livres… Et aux gens qui souvent voudraient qu’on leur donne un livre. Etc…

  13. Dans le monde papier, la répartition de l’argent pour la vente d’un livre est :
    Auteur : 10 %
    Éditeur : 13 %
    Fabrication : 20 %
    Distribution : 17 %
    Libraire : 40 %

    C’est pourquoi les éditeurs et distributeurs adorent les salons du livre. Le libraire ne reçoit rien.

  14. Ces données financières partielles sont néanmoins révélatrices. Espérer se faire remarquer dans le tsunami global de l’information requiert énormément de talent, mais y gagner sa vie c’est les olympiques, star parmi des stars!

  15. Merci Cécile pour le lien. J’ai trouvé ici les mots que j’aurais voulu écrire derrière ces chiffres.

    En passant, c’est Bélisle, pas Desjardins. ;>)

  16. Quel impoli je suis! Merci Annie!

  17. … » l’éditeur (qui est celui qui prend les risques et avance l’argent) »
    C’est vrai que l’éditeur fait un investissement financier, mais les auteurs font quand même un investissement de leur temps. Tout ce temps pourrait être passé à travailler sur autre chose de plus payant. Vous prenez donc un risque vous aussi. Ce que je trouve le plus difficile à comprendre, c’est que vous receviez des redevances seulement une fois par année. Ça me semble long…

  18. J’ai une question: Comment ça fonctionne pour les livres électroniques? Selon les chiffres plus haut, il devrait y avoir un 37% qui devrait sauter…

  19. Et si on achète ton livre à son lancement, ça te fait plus de sous en poches, non?

    Il n’y a pas de librairie ni de distributeur à payer dans ces circonstances.

  20. Bonjour Cécile,

    Il y a une grande méconnaissance du métier d’écrivain, d’auteur. Il y a encore toute une aura glamour autour… On parle d’argent, on pourrait aussi parler de la reconnaissance recherchée ou idéalisée. Quand on sait qu’on n’en vivra pas, de toutes façons, ça ouvre la porte à des perspectives différentes. Comme tout « bénévolat », il faut que ça prenne un autre sens existentiel! Le besoin de créer et le besoin de partager la création, le sentiment d’avoir un message à transmettre… voici ce qui me motive, personnellement, à autopublier mon roman (Cité Carbone, l’histoire se déroule dans un Montréal où il n’y a plus de pétrole…). Et d’une façon bien terre à terre, en misant sur un bon réseau de contacts qui seront curieux de me lire et contents de m’encourager, en vendant par Internet et lors d’un lancement, je pense que je ferai un peu plus de sous que si j’avais été publiée par un éditeur, vendue en librairie. Argent absolu, bien sûr, pas taux horaire! Non, il ne faut pas compter.

    Je me suis déjà laissée aller à imaginer un monde où on subventionnerait les écrivains pour qu’ils écrivent, leur revenu ne dépendant pas de la vente de l’objet livre…

  21. Tout dépend toujours du tirage aussi. Au Québec, comme tu le dis si bien, le public potentiel est bien moins grand que le public potentiel Français (voire européen français!)

    Ceux qui empochent le plus ce sont les librairies (40% minimum fixé par la loi à moins que celui-ci n’accepte de toucher moins, comme Costco par exemple) et les distributeurs. J’ai touché un peu à l’édition, et en tant qu’éditeur, beaucoup de risques pour peu de retour à moins d’avoir un livre à succès.

    On dira ce qu’on veut, mais l’industrie du livre est un peu la bête pauvre du Québec. Encore plus compliqué de trouver un imprimeur qui accepte de faire un livre avec autre chose que simplement du texte à un prix raisonnable. C’est d’ailleurs pourquoi les livres de Bande Dessinées sont en noir et blanc la plus part du temps (la série Paul de Michel Rabbagliati)

    Bon texte.

  22. Coupe le middle-man, fais du self-publication/print on-demand avec des commandes en ligne. Marketing à travers des portions gratuites sur le blogue, FaceBook et Twitter.

    Quand le modèle contrôlé qui a un agenda ne fonctionne pas, change de modèle.

  23. Pour s’auto-publier comme Botrax le suggère, il y a beaucoup de sites qui le propose. Il y a un prix minimum X, tu choisis le prix de vente Y et tu empoches Y-X.

    Toutefois, je pense que cette façon est moins profitable que de faire affaire avec un éditeur à moins d’avoir réseau social très très large!

    Et j’ai lu sur le net que les succès d’auto-publication sont très rares, parce qu’il y a généralement une bonne raison si un livre n’a pas été choisi par aucun éditeur…

  24. @Pierre-Luc: tu as raison, j’ai besoin d’un éditeur pour corriger, relire, peaufiner, travailler le texte. Dans mon cas, c’est une éditrice en qui j’ai totalement confiance.
    Il y a beaucoup de travail dans un livre pour arriver à un produit final de bonne qualité.
    Je crois en l’édition électronique, mais on aura toujours besoin d’éditeurs.
    J’avoue que le sort des petites librairies me tracassent, car les libraires qui te conseillent et qui aiment les livres sont de plus en plus rares. Et c’est aussi dommage. Y’a pas de libraires chez Cosco ou Walmart 😦

  25. Généralement, on écrit pour le plaisir. L’argent, s’il arrive, est un bonus. Tous ceux qui s’essaient à la littérature un jour ou l’autre rêvent évidemment de voir leur nom sur une couverture de livre mais, à l’heure actuelle, ne vaut-il mieux pas se contenter de publier quelques lignes sur le net ?

  26. Hey ben!! Dur d’être auteur au Québec!!!
    Et pourquoi ne pas t’auto-éditer? plus de boulot, mais plus de marge…

    Bon courage.

    Matthieu

  27. Rebonjour, je pensais à ça. J’avais acheter le livre au Biodome quand j’y travaillais. Tu pourrais voir là bas (biodome, jardin botanique) ils ont souvent des conférenciers. Sinon avec les comités associés, (fondation et amis du jardin, etc.)

    On s’assurait de pouvoir vendre le livre de l’auteur en même temps à la boutique, souvent ça donnais un bon coup de vente pour ces livres et les fait connaître.

    À voir, tu n’aurais rien à perdre (sauf du temps, lol) à t’informer et à essayer.

  28. […] le temps des impôts, et je viens de passer toute la matinée dans les chiffres! Je fais donc comme Cécile Gladel, Patrick Dion et François Bélisle, et vous dévoile mes résultats pour […]

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