Pourquoi signer ces contrats indignes ?

Je reviens sur mon billet d’hier dans lequel je racontais mon refus de signer un contrat qui me demandait de renoncer à mon droit moral (j’explique plus bas ce qu’est le droit moral et le droit d’auteur).

Plusieurs journalistes ne signent pas. D’autres signent. Je le sais, certains me l’ont confié tout en sachant que je ne les approuvais pas. Ils signent, car ils veulent continuer de gagner leur vie en étant journaliste, en exerçant leur métier. Mais est-ce bien du journalisme ? Ou de la rédaction publicitaire ?

Les journalistes ne sont pas plus résistants que ça ? Ne pose pas plus de questions sur un contrat ? Ne sommes-nous pas censés représenter l’éthique et la résistance ? Je ne sais pas, je pose des questions, car je veux surtout que le sujet soit abordé et discuté. Ça fait trop longtemps que l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) se bat seule dans son coin comme un diable dans l’eau bénite pour dénoncer ces contrats et conditions indignes.

L’AJIQ dénonce, pointe du doigt, tente de négocier, mais ne peut rien changer tant que les journalistes acceptent sans broncher de signer ces foutus contrats. L’AJIQ ne pourra rien changer tant que les journalistes indépendants ne se regrouperont pas en son sein. L’AJIQ a besoin de tous les journalistes indépendants (comprenant les contractuels, surnuméraires, recherchistes, photographes et tout autre travailleur indépendant de l’information) pour faire bouger les choses.

Quand un journaliste me demande ce qu’il obtient en échange de ses 130 $ de membership pour l’AJIQ, je ne sais que répondre. Il attend quoi ? Seulement des services ? L’AJIQ en offre. Est-ce que ça vaut 130 $ ? Je ne le sais pas. Je n’évalue jamais mon implication de façon monétaire.

Ce que je sais par contre, c’est que la solidarité, l’union des forces pour obtenir une reconnaissance et la droit à la négociation collective, ça n’a pas de prix. Et ça vaut beaucoup plus que le 130 $ par année.

Au bout du compte, la force que l’on donne à l’AJIQ en devenant membre, c’est une force que l’on se donne à soi. On se donne la force du nombre, la force de dire non, la force de refuser et la fierté d’être un journaliste vraiment indépendant, la fierté de notre métier.

Évidemment, tout ne se fera pas du jour au lendemain. Le métier ne deviendra pas un jardin de fleurs sans contrats de merde et tarifs ridicules en criant ciseaux. Ça prend du temps, de la salive, des bénévoles comme les membres du CA de l’AJIQ (dont je ne fais plus partie), des rencontres, de la persuasion, et du temps. Encore.

Mais à long terme, c’est une bataille qui donnera du lustre à notre métier. Une bataille collective qui nous donnera des outils pour mieux travailler, pour se faire respecter et se faire mieux payer.

L’entente signée avec Gesca et CEDROM-SNi est un début. Évidemment, on perd des plumes dans la bataille (lire des contrats, donc de l’argent). C’est ainsi. Mais je préfère perdre des plumes que de perdre mon âme.

Explication
Le droit moral et le droit d’auteur(que tout avocat ou spécialiste se permette de rectifier toute erreur)

Le droit d’auteur est le droit légal que possède tout auteur sur un texte, une oeuvre, etc. Généralement le journaliste indépendant vend le droit de première publication à une revue. Pour rediffuser, reproduire et reprendre, il faut payer plus ou s’entendre. Pour renoncer à ces droits d’auteur, un journaliste s’attend à une rémunération en conséquence. C’est à dire supérieure. Ce que peu de médias consentent. La situation est différente pour les journalistes salariés qui délaissent leurs droits d’auteur en signant leur contrat d’embauche. Le site de l’AJIQ offre de l’information sur le droit d’auteur, les contrats, les tarifs, et plus.

Le droit moral est différent. Plusieurs journalistes considèrent qu’en leur demandant de renoncer à leur droit moral sur un texte, c’est un peu comme si on leur demandait de signer le contrat avec leur sang. En fait, en renonçant à ce droit, on renonce à ce que notre nom soit associé au texte, on n’a plus son mot à dire sur tout changement que subirait le texte.
En fait, en renonçant à son droit moral, on renonce un peu à sa profession. Car le texte peut se retrouver n’importe où. Il peut être utiliser comme publicité, comme publireportage…etc.
Imaginez. C’est ça qu’on ne peut accepter.

Comme journaliste, vous devez parler à des spécialistes, des contacts. Vous les citez dans vos articles. En renonçant à votre droit moral, leurs mots et citations peuvent se retrouver n’importe où, n’importe comment. Votre crédibilité en prend un coup. Pensez-vous que le spécialiste voudra vous reparler ?

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