Financeriez-vous un pigiste pour un reportage ? (MAJ The Tyee)

L’initiative du photographe de RueFrontenac Martin Bouffard m’a inspirée et donnée des idées. Ce dernier a ramassé 2 600 $ pour financer son voyage en Haïti en Twittant. Il est parti avec un journaliste de Rue Frontenac, Vincent Larouche. leurs reportages sont sur Rue Frontenac. Quelques heures et la solidarité faisaient effet. J’y ai participé. À la mesure de mes maigres moyens de journaliste indépendante.

Cette initiative fait parler. Certains comme mon collègue Steve Proulx n’approuve pas. Il souligne que tout l’argent doit servir pour Haïti en ce moment. Je pense que l’un n’empêche pas l’autre. Cela ne m’a pas empêchée de donner à Médecins sans Frontières. Cela ne m’empêchera pas de donner à d’autres organismes pour Haïti.

D’autres pensent qu’envoyer un journaliste et un photographe en plus en demandant de l’argent n’était pas nécessaire. Plusieurs s’expriment tant chez Steve que chez Dominic Arpin. C’est leur opinion. Je ne la partage pas. Je crois qu’il est intéressant qu’un organe de presse indépendant comme Rue Frontenac puisse couvrir cette tragédie. Chaque journaliste présent ramène quelque chose de différent. C’est ce que je constate en étant branchée sur Radio-Canada, radio et télé, CNN, France 2, La Presse, Rue Frontenac.

Autre point de vue, celui d’une journaliste indépendante qui a l’habitude de financer de sa poche ses voyages à l’étranger. Ma collègue Mariève Paradis a écrit un message sur le billet de Rue Frontenac. Elle souligne que les journalistes de Rue Frontenac vivent la réalité habituelle des journalistes indépendants: insécurité financière, travailler sans filet, etc.

Il est vrai que parfois, il y a une certaine incompréhension entre les journalistes permanents et indépendants. Pourtant, on fait le même travail, nous faisons du journalisme. Certains pour un seul média, d’autres pour plusieurs. L’un n’est pas mieux que l’autre. Seulement différent.

Il est donc évident que plusieurs journalistes pigistes ont réagi comme Mariève lors de la demande de financement de Rue Frontenac. Les journalistes indépendants ont l’habitude de s’autofinancer lorsqu’ils partent à l’étranger ou même en reportage à l’extérieur de chez eux. Aucune revue ou média (sauf exception) ne rembourse les frais de voyage des journalistes indépendants.

C’est pour ceci que l’initiative de se faire financer des journalistes de Rue Frontenac m’a inspirée. Serait-ce une nouvelle manière de faire du journalisme ? Se faire financer des reportages ? Serait-ce une solution pour les journalistes indépendants pour arriver à faire des voyages à l’étranger ?

Dominic Arpin parle justement de l’initiative américaine Spot.us qui permet de financer des reportages. Intéressant. À explorer. Du reportage coopératif financé par les lecteurs. Les journalistes indépendants ont l’habitude de vendre leurs histoires. On le fait avec les rédacteurs en chef. Pourquoi pas sur Internet.

Ou alors devrait-on se trouver des commanditaires pour les billets d’avion, le logement ? Trouver des ententes avec les compagnies aériennes ? Les ONG ? Va-t-on nous accuser de ne pas être impartiaux ?

N’est-ce pas la même chose lorsqu’on fait des voyages de presse ? Nous sommes invités, tout est payé. D’ailleurs, c’est souvent la seule manière pour les journalistes indépendants de voyager. L’important étant d’indiquer que le voyage a été payé et de rester critique et rapporter la réalité. Ensuite, c’est chacun son éthique. Que l’on soit journaliste pigiste ou permanent d’ailleurs. Car tout le monde participe aux voyages de presse.

Car plusieurs de mes collègues pigistes voyagent. Trop souvent à leur frais. Ils se payent eux-mêmes le billet d’avion, se débrouillent avec les moyens du bord. Je pourrais faire une longue liste de collègues qui s’autofinancent. D’autres arrivent à glaner quelques bourses.

Les bourses Nord-Sud sont financées par l’ACDI, organisée par le FPJQ, la bourse Québec-Japon. Il y a avait les bourses Air France qui offrait des billets d’avion à des journalistes. Malheureusement, après une polémique dans le Trente, ceci n’existe plus. Dommage pour les pigistes.

Qui serait donc prêt à financer un journaliste indépendant pour un reportage à l’étranger ? Pour un reportage ici au Québec spécifique ? Est-ce préférable le style commanditaires ?

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les journalistes indépendants, le site internet de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) en parle en long et en large. Le Répertoire présente les journalistes membres.

L’une de mes amies Facebook, Brigitte Gemme, m’a souligné une initiative très intéressante en Colombie-Britannique, The Tyee. Un quotidien en ligne qui existe depuis 2003, totalement indépendant et financé par le public. L’histoire est ici. Est-ce un nouveau modèle de média ? Un modèle que développe aussi Rue Frontenac. Un modèle qui ne se base pas seulement sur la publicité, mais sur l’abonnement, sur le financement des citoyens ?

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13 Réponses

  1. À la rigueur tout touriste curieux qui pourra diffuser ses propos et photos sur son blogue pourrait se prétendre journaliste.
    Serait-il lu? Ses informations (des faits, supposément) et son analyse (subjectif) auraient-elles une résonnance voire une influence quelconque parmi ses lecteurs?
    À moins de posséder une réputation reconnue, quel accès aux « décideurs » aurait-il: pourquoi les personnages au centre de l’actualité (ceux qui nous intéressent donc) lui feraient-ils confiance et lui consacreraient-ils de leur précieux temps?
    On peut tous et chacun sauter dans l’avion et aller photographier et interroger des survivants, oui ça en prend, ok. Pour le reste, découvrir et expliquer ce qui se passe en réalité, et pourquoi, c’est moins évident si on n’est pas très solidement appuyé et encadré. Non?

  2. il y a-t-il aujourd’hui besoin de plus de témoignages, de photos, de compte-rendus? je ne crois pas…

    En langue francaise, il existe des milliers de photos, des centaines de sites, de blogs, sans compter les émissions spéciales sur les chaines d’actualité, des éditions spéciales dans nos journaux.

    toutefois, je crois à la nécessaire présence de journalistes et là indépendants dans les prochaines semaines pour suivre les effets de cette catastrophe humaine avant tout… pour analyser et évaluer les effets d’annonce, la réalisation concrète des dons,…

    les medias tradionnels du quotidien seront déjà repartis sur d’autres évènements…

    néanmois, deux points se posent quant aux financement de reportages de journalistes :

    – internet, la révolution numérique, oblige à être plus pointu encore dans l’analyse ou « trash » pour vendre.

    – internet permet aussi de financer des reportages par des professionnels locaux.

    il existe d’autres initiatives tel que polkamagazine, http://www.polkamagazine.com/ je vous laisse voir.

    journalisme indépendant : recul, angle différent, plus de pages/signes pour mieux expliquer…mais ce ne sera jamais le net qui fera ca! (encore pendant quelques années) ces reportages se lisent sur papier, se pretent, se gardent, s’archivent… pas l’écran éphémère de notre écran!

  3. « Qui serait donc prêt à financer un journaliste indépendant pour un reportage à l’étranger ? »

    La question est pertinente. Mais je doute fort qu’il y ait suffisamment de gens prêt à payer pour que le journaliste puisse partir à l’étranger. À moins qu’il soit très bien reconnu. Parce que si c’est une personne qui en est à ses premières années, il n’y a rien qui garantit que les contributeurs au voyage seront satisfaits.

    Bref, ça dépend énormément de la personne.

  4. Moi je ne financerais jamais le voyage d’un journaliste, peu importe qu’il soit en lock-out ou pigiste. Il ne me viendrait pas à l’esprit non plus de faire la même chose! Comme journaliste indépendante, je préfère chercher des commanditaires et du financement auprès des ressources existantes que de faire appel à la charité des citoyens, même si certains peuvent m’accuser d’être en conflit d’intérêts par la suite (de toute façon, on ne s’en sort pas: certains de ces «généreux citoyens» auront peut-être eux aussi des intérêts dans tout ça). Tout est dans la manière de le faire, et dans l’entente préalable. Oui, l’information est essentielle. Oui, il faut présenter les réalités d’ailleurs. Mais je préférerais savoir que les dons vont à des gens qui ont des besoins fondamentaux à combler. Cela dit, je précise ici que le premier «tweet» du photographe de RueFrontenac.com visait à chercher des commanditaires, pas des dons.

  5. Beau débat Cécile. Faut quand même préciser que les journalistes de ruefrontenac ne peuvent pas vendre leur reportages ailleurs, ni même à ruefrontenac. Donc nous ne sommes ni pigistes, ni salariés. RF s’est toujours voulu un laboratoire dans lequel nous expérimentons des choses sans contrainte commerciale, ni pression hiérarchique. Si ça marche tant mieux, si ça rate, on essaye autre chose.
    J’ai été plus souvent pigiste que salarié donc je connais bien les deux côtés de la médaille. Dans le cas d’Haïti je pense que les pigistes débrouillards auront plusieurs opportunités de se rendre là-bas dans les jours et semaines qui suivent. De nombreux médias, tant écrits que radio par exemple, n’ont aucun représentant sur place. Et ce ne sont pas les sujets qui vont manquer à mon avis. Il y a aussi les bourses Nord-Sud par exemple. Alors foncez !

  6. @Fabrice: Ce sont les débat qui font avancer…Il faut en discuter.
    D’ailleurs, dis-moi pourquoi les journalistes et photographes de Rue Frontenac ne pourraient pas revendre leur textes et photos ailleurs ?
    Je suis certaine qu’ils vont payer aussi de leurs poches ce voyage…Alors pourquoi ne pas tenter de le revendre ailleurs ?

    Mais c’est totalement vrai que RF est un laboratoire. C’est excellent et continuez à expérimenter. C’est ainsi que la profession avance, change, et ce, pour le mieux, pour survivre et s’adapter.

    Compte sur moi pour me débrouiller pour aller en Haïti.

  7. Personnellement, en tant que journaliste indépendante, je ne souhaite pas demander la charité pour faire des reportages. Je travaille à mon compte, je suis entrepreneure (qui tente de retirer profits de ses activités). Ça l’est parfois, pas toujours… Je suis aussi à un stade expérimental pour voir ce qui est rentable et ce qui ne l’est pas. Mais ce que je sais c’est que je n’ai jamais eu autant de liberté et autant de plaisir à faire mon métier qu’en tant qu’indépendante. Je ne compte pas mes heures et je travaille au départ pour informer…
    Je vous laisse sur cet article du Guardian… ça m’inspire!
    http://www.guardian.co.uk/media/greenslade/2010/jan/15/telegraphmediagroup-willlewis

  8. Je me demande si les dépenses de voyages des journalistes pigistes sont déductibles d’impôt, comme dépenses devant être encourues pour excercer votre travail?

    Vous me direz que pour ce faire, encore faut-il « payer de l’impôt », donc avoir un revenu suffisant… et que c’est beau de se voir rembourser « dans l’temps d’l’impôt », mais c’est au moment de partir qu’il faut avoir les moyens de payer le voyage.

    Pour la question initiale, je ne crois pas que je paierais, sous forme de don pure, un journaliste indépendant pour un voyage… J’imagine qu’un éventuel mécène aurait toujours des demandes en retour. Peut-être à moyen ou à long terme. Ou une ingérence quelquonque dans le travail du journaliste.

    Le journaliste pourrait être accuser de conflits d’intérêt aussitôt que le commanditaire d’un reportage aurait un lien avec le sujet de l’article.

    Pour ce qui est d’acheter le fruit du travail dudit voyage, alors là, je serais plus porté à être preneur. Malheureusement, il faudrait pour ça évaluer la valeur d’un texte (ou d’une série de textes) pour un lecteur (ou une famille), et par la suite avoir suffisamment de lecteurs pour que le total deviennent un revenu décent. Pas évident je crois ces années-ci.

  9. juste qu’un blog pour vivre doit être interactif
    pour mobiliser, entrainer, réagir aux commentaires…

    j’écris celà pourquoi?
    j’ai compris après coup que vous vouliez en fait vous faire financer un reportage à haiti..

    donc la question aurait-dû être
    combien vous me donnez pour y aller?

    et l’argumentaire…avant

  10. unnouveaucompte: je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Je crois que mon blogue vit. Je n’ai jamais écrit nul part que je voulais me faire financer un reportage en Haïti. Vous assumez mes propos. Je n’ai pas dit non plus que c’était la voie que je préférai, je pose des questions et me demande justement ce qui serait intéressant dans cette crise des médias.

    Avez-vous lu les autres billets ? Ou alors vous parlez de celui-ci seulement?

  11. Pour le financement de reportage à l’étranger, il est vrai que l’ACDI peut être une source intéressante. Mais il ne faudrait pas négliger l’Office Franco-Québécois pour la jeunesse, l’Office Québec-Amérique pour la jeunesse et l’Office Wallonie-Québec pour la jeunesse.

    Jeunesse est défini comme étant moins de 35 ans. Ce qui est super pour un journaliste en début de carrière. Il ne faut pas travailler à plein temps, ce qui est le cas de plusieurs pigistes (moins de 20 heures par semaine).

    Bonne continuité.

  12. J’oubliais de mentionner que les Office pour la jeunesse n’ont aucune exigences sur les sujets traités, contrairement à l’ACDI qui exigent que nous parlions des organismes canadiens dans nos reportages.

  13. Mise à jour sur le financement à l’international. Je viens de terminer une rencontre avec l’Office Franco Québécois de la Jeunesse. Je viens d’apprendre qu’ils ont maintenant une quatrième brance, Québec Monde, pour des projets à travers le monde!

    Bon voyage à tous et bon reportages internationaux.

    Raymond.

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