Trop de journalistes ? Vraiment ?

Plusieurs ont repris et reprennent une phrase lancée par un sinistré: « Moins de journalistes, plus de médecins ». Il est normal que les sinistrés soient frustrés de voir des journalistes et pas de médecins. Mais il n’y a pas de rapport entre l’un et l’autre. Mais puisque certains remettent en question la présence journalistique, discutons-en donc.

La question fait boule de neige sur Internet, dans les commentaires à la suite de cet article du Devoir, sur Twitter. Elle apparaît futile quand on sait que tant de gens souffrent en ce moment. Mais parlons-en, puisque nous sommes, si nous pouvons être sur internet, des privilégiés. Avant de continuer à lire, allez donc faire un don par ici.

Un peu partout plusieurs se demandent pourquoi autant de journalistes sont en Haïti. Des citoyens pensent que les journalistes gênent le travail des sauveteurs, utilisent des ressources essentielles aux sinistrés. La question mérite donc d’être posée et va au-delà de cette tragédie d’Haïti: doit-on envoyer des journalistes sur le terrain en temps de crise humanitaire ? Doit-on faire un pool de journalistes de tous les pays ? Je n’ai aucune idée de la réponse. Je ne sais pas.

Je crois qu’on pourrait envoyer les journalistes des mêmes médias au fur et à mesure, pas tout en même temps, pour qu’ils restent plus longtemps. Mais il est certain que les médias DOIVENT être présents. Il le faut. C’est notre métier. Plusieurs se posaient aussi la question lors du tsunami. J’avais fait un article sur l’expérience de ces journalistes qui avaient couvert cette autre tragédie.

Tout d’abord. Un point. Le journaliste Jean-François Bélanger de Radio-Canada expliquait l’autre jour sur RDI que l’envoi de journalistes nécessite énormément de logistique. Car ces derniers doivent être totalement autonomes sur place, afin de justement ne pas enlever des vivres, de l’eau, un logement et des ressources aux sinistrés. J’imagine que chaque média fait de même. Je l’espère.

Aussi, on souligne que les journalistes prennent le temps de sauveteurs en les interviewant. Parfois oui, parfois non. Les sauveteurs qui accordent des entrevues le font pour une raison, ils ne sont pas obligés. Cela leur fait du bien de parler de ce qu’ils viennent de faire et de voir ? Ils lancent des messages. Il est évident que certains journalistes exagèrent. Il ne faut pas prendre un exemple pour catégoriser tous les autres et leur cracher dessus. Il y a aura toujours des débordements. Comme le rapportait Michelle Blanc sur Twitter, Geneviève Lefevbre a raison en disant que la frontière, tant qu’elle existe encore, entre « information » et « voyeurisme » est ténue.

Les journalistes marchent sur un mince fil très raide… Chaque minute ils doivent juger rapidement dans des circonstances de travail de guerre. Pas facile. Tout dépend aussi du niveau de tolérance de chaque personne.

On souligne aussi que les journalistes pourraient aider. Je crois qu’ils le font en général à leur manière. Ils aident à la sensibilisation, à la transmission de l’information, ils permettent aux gens de parler, de ventiler les horreurs qu’ils viennent de vivre. Ne pensez-vous pas que certains journalistes ne mettent pas la main à la pâte? J’ai vu un journaliste australien donner de l’eau à une petite fille sortie des décombres, la prendre dans ses bras. Les journalistes ne sont pas êtres sans émotion et sans empathie. Arrêtons de les dépeindre comme des monstres.

Par ailleurs, imaginer un seul instant qu’aucun journaliste ne soit sur place. Ce serait mieux ? Sinon, combien il en faut ? Qui peut y aller ? Quelle question futile à se poser quand on pense quand même que des milliers de gens aient tout perdu.

L’important est surtout de ne pas y aller pendant une semaine. D’y retourner souvent. De ne pas laisser tomber Haïti dans quelques jours. Car quand les médias ne parlent plus d’une catastrophe, les citoyens n’y pensent plus. Comme si le drame n’existait plus…

Aussi, l’analyse la plus intéressante et pertinente vient de François Bugingo, journaliste et vice-président de Reporters sans frontières en entrevue avec Dave Parent au 98,5 FM. Il dit une chose importante. Il ne faut pas demander au journaliste sur place de faire une analyse de la situation, car il n’a pas accès à l’information totale et globale. Il faut lui demander de raconter ce qu’il voit.

Ce qui le choque le plus, ce n’est pas le nombre de journalistes sur place, c’est à la vitesse avec laquelle les médias vont repartir. Très pertinent François.

Écoutez aussi Frédéric Nicoloff, journaliste de Radio-Canada (entre 2min 50 et 14 min), (merci à Michel Dumais qui m’a transmis ce lien) qui parle de son expérience personnelle de voir les cadavres des gens qu’ils connaissaient. Aussi, ce dernier souligne que dans les quartiers populaires, il n’a pas vu d’équipe de sauvetage, contrairement aux quartiers plus « aisés ». Il souligne qu’il ne s’agit que de ce qu’il a vu de ses yeux, peut-être qu’il y en avait qui n’était pas là. Ces deux journalistes font leur travail, ils racontent ce qu’ils ont vu.

Frédéric Nicoloff termine en disant qu’il faut absolument éviter de tomber dans le piège du voyeurisme, car les Haïtiens se livrent très facilement.

On verra donc quels médias seront encore présents d’ici deux ou trois semaines. Comme journaliste indépendante, j’aimerais y aller d’ici quelques mois, plus tard. Quand tout le monde aura les yeux tournés ailleurs.

Advertisements

7 Réponses

  1. «Un peu partout plusieurs se demandent pourquoi autant de journalistes sont en Haïti.»

    On va ramener ceci au Québec. Pourquoi autant de médias québécois (Radio-Canada, Québécor avec le Journal de Montréal et TVA, Rue Frontenac, etc.) sont là.

    On sait bien que nos chers médias ont de la difficulté à remplir leurs bulletins de nouvelles ou les pages de leurs quotidiens avec autre que du sensationnalisme ou de la nouvelle négative.

    On n’a qu’à penser à comment l’information était pauvre avant qu’ils aient quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent avec l’affaire Lhasa de Sela.

    Et tout d’un coup, Hop! Un magnifique tremblement de terre, en Haïti de surcroît, pour occuper tout ce beau monde… Un filon pour occuper tout ce beau monde et casser les oreilles des téléspectateurs/auditeurs/lecteurs déjà surchargés d’information.

    Ceci étant dit, vous tentez quand même de bien défendre votre profession, Madame Gladel.

  2. Je vais vous donner un bon exemple de ce que peuvent faire les journalistes sur place. Emmanuelle Latraverse vient de présenter un reportage sur la petite ville de Léogane qui est à 30 km de Port-au Prince mais dont personne ne parle. Qui le saurait si la journaliste n’y allait pas ?

    C’est très injuste de dire que les médias utilisent tout ça comme un filon. Tout dépend de la manière dont on couvre. Il faut faire des nuances.

    Ils ne cassent pas les oreilles des citoyens qui ont le choix d’éteindre, de ne pas lire. Mais il faut en parler, on ne peut pas ignorer Haïti. Il y a plein d’Haïtiens qui veulent avoir des nouvelles….

    Vous critiquez sans dire ce que vous préférez ? Qu’aucun journaliste n’en parle et n’aille sur place ? Un pool ? Que voulez-vous ?

  3. Excellente analyse, Cécile. Tu as parfaitement raison. Si tu me permet, je vais répondre à « Hyspong Elbayne ».

    Monsieur Elbayne, vous serez heureux de savoir que mes collègues qui se sont rendu en Haiti, ne se « pognent pas le beigne, » comme vous semblez le faire, si votre pseudo est exact.

    La vérité est simple: il y a 100 000 Québcois d’origine Haitienne qui habitent le Québec, principalement à Montréal.

    Ces Haitiens DÉPENDENT des médias Québécois pour les tenir au courant. Et comme la plupart des Montréalais non-Haitiens connaissent ou sont amis ou ont des connaissances Haitiennes, ceci rend la nouvelle autrement plus importante pour les gens d’ici. Ce n’est, de toute évidence, pas le cas pour vous.

    Si ces mêmes médias ne dépêchaient pas de journalistes la-bas, vous seriez probablement le premier à nous accuser d’ignorer la tragédie.

    Et sans la présence des médias, l’affluence des dons et l’implication humanitaire de nos gouvernements serait probablement fort différente. Mais je vous comprend d’être choqué. C’est pas le fun de voir les nouvelles du sport passer au second-plan de votre source de nouvelles préféré.

  4. Hispong, tu te trompes. Les médias québécois sont très concentrés. Regardons les chiffres. Avec sa population, le Québec compte 8 quotidiens. Le ROC (Rest of Canada, en compte environ 90.
    Voilà pourquoi beaucoup d’entre nous doivent s’exiler pour se trouver du travail adéquat.

  5. Pour avoir une idée de ce que ce serait si il y avait moins de journalistes sur place, il suffit de comparer la situation avec « le bon vieux temps ».

    Partons des grandes guerres mondiales. Peu de gens avait à l’époque avait de nouvelles autres que la propagande de notre bon gouvernement.

    Avançons à la guerre du Viet-Nam. Avec la présence des médias, ah tiens, la population américaine a su les atrocités qu’ils s’y déroulaient et, « gard don » on tellement protester que l’Armée américaine a fini par quitter les lieux!

    De nous jours, encore des guerres, encore des catastrophes. Doit-on y avoir les journalistes? Évidemment. Combien? Pour un événement comme celui-ci, je crois que bien des médias de par le vaste monde se doit d’y être. Bien sur, certains médias peuvent se contenter d’acheter un texte, un reportage ailleur et à le retransmettre, parfois question de budget, parfois d’intérêt.

    Pour notre situation au Québec, est-ce que tous les journaux, toutes les télés se doivent d’y être? Et pourquoi pas! Chaque média, chaque journaliste même, a sa façon de voir, sa façon de faire la nouvelle. Bien que dans certains cas, ça se recoupe un peu, il est évident que ça se complète aussi.

    La tragédie s’est produit dans une ville qui compte, quoi, 2-3 milions d’habitants? Il est donc tout naturel que la meute de journalistes y soit présente. Pour nous, encore plus. Ma télé étant rempli de ressortissant haitien (en temps normal), la ville de Montréal aussi, il est tout naturel qu’on y prête une grande attention: les haitiens sont nos frères, nos voisins, nos amis, nos chanteurs, animateurs, journalistes, etc…

  6. Il y a trop de journalistes.Yl faut en vire une bonne moitié de ces prédateurs.Et s’il y en a qui se font kisnapper, et bien, qu’ils se débrouillent!

  7. Il va falloir mettre le nez la dedans! Combien de gens payés à ne rien faire !Il y en a une bonne moitié à « remercier » .Et tant pis pour ceux qui n’auront plus de bouleau .Uun bon coup de balai s’impose!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :