Elles avaient mon âge…

Je me souviens encore de l’endroit où j’étais. Je me souviens que ma mère a entendu à la radio française qu’une tuerie avait eu lieu dans une université canadienne. Or sa fille était dans une université canadienne. Rapidement, elle a su que c’était Montréal. Soulagée de savoir que ce n’était pas l’Université d’Ottawa où j’étudiais en Science po.

On venait de boucler le journal étudiant, La Rotonde. On prenait une bière au 216, notre lieu de rassemblement. Puis la rumeur s’est élevée, a grondé, s’est amplifiée, des coups de feu à Poly, puis des morts, puis seulement des femmes. (Un rappel du drame pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle).

Elles avaient mon âge, elles étaient étudiantes. Mon coeur, mon âme, mes tripes ressentent la tristesse, l’incompréhension et aussi la colère chaque 6 décembre. Je m’identifiais à ces 14 jeunes femmes qui voulaient prendre la place qui leur revenait.

Elle avaient mon âge. Ces 14 jeunes femmes, mes soeurs, ont été les victimes d’un misogyne qui n’acceptait pas que les femmes prennent leur place et non sa place.

Elles avaient mon âge. Chaque 6 décembre, je me souviens d’elles, de leur nom, de leur prénom.

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.

Elles avaient mon âge. Ne les oublions jamais. N’oublions jamais la violence que subisse les femmes.

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3 Réponses

  1. J’avais passé cette journée, ainsi qu’une partie de la nuit, à terminer un projet, à la Faculté de l’Aménagement. À mon arrivée à ma chambre des résidences de l’UdM, en contrebas du bâtiment de Poly, j’avais une série de messages inquiets sur ma boîte vocale. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai appris ce qui s’était déroulé.Un camarade sur mon étage, étudiant en génie, était dans une des salles attaquées par Lépine, et s’est fait sortir à la pointe du fusil. Complètement démoli par le drame, on ne l’a plus revu à la session suivante…

  2. Je ne suis pas d’accord qu’elles sont « victimes du féminisme ». Elles sont les victimes d’un fou. Ce n’est pas parce que ce fou a, dans sa folie, évoqué le féminisme comme tentative de justification de ses actes qu’elles sont des victimes du féminisme. Je trouve que l’affirmer, c’est un peu jouer le jeu du meurtrier, lui donner raison, alors qu’aucune raison ne peut justifier ce qu’il a fait.

  3. J’avais également l’âge des victimes. Provenant d’une famille d’ingénieurs et ayant envisagé le génie, j’aurais pu connaître les victimes. Je me sens donc concernée par cette histoire.Or, par des liens éloignés, je connais indirectement la mère de Marc Lépine. Cette femme a dû quitter le Québec, tellement l’attention médiatique était omniprésente. Lorsque j’entends (ou lis) des personnes comme Lucie qui mettent l’étiquette de fou sur Marc Lépine (sans me prononcer s’il l’était ou non), je ne peux que penser à la famille des gens qui ont été sous le feux des projecteurs par leur acte criminel fort médiatisé. Ces gens-là méritent notre support et notre respect. Il faut donc faire attention avant de porter un jugement ou une étiquette car la famille devient également une victime, par ricochet.

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