Une fédération qui ne défend pas ses membres ?

Retour sur le congrès de la FPJQ auquel j’ai participé cette fin de semaine. Plusieurs en parlent déjà comme Michelle Blanc ici et ce blogueur français qui ridiculise l’ajout sur la déontologie journalistique. C’était le sujet de notre plénière de samedi midi, plus l’ajout dans les statuts et règlements accepté lors de l’Assemblée générale du dimanche. Vaste sujet.

Durant plus d’une heure trente, on a parlé de déontologie journalistique. Inutile. Dans ma tête, en devenant membre de la FPJQ, je m’engageais déjà à respecter le Guide de déontologie. Cela allait de soi.

Les journalistes et surtout la FPJQ devraient plutôt travailler à améliorer le respect du travail des journalistes par leurs employeurs (pour les permanents) et leurs clients (pour les indépendants). Est-ce que les rédacteurs en chef, les éditeurs, mais surtout les propriétaires des entreprises de presse respectent le Guide de déontologie en offrant des tarifs au feuillet à moins de 100 $, quand ce n’est pas 50 $, bien en dessous du salaire minimum, en nous forçant à céder nos droits d’auteur, en contraignant les journalistes à travailler toujours plus vite et en plus petit nombre ? Même les journalistes qui ont du succès, comme Marie-Eve Cousineau juge que les tarifs ne sont pas à la hauteur.

Mon ami et collègue, Nicolas Langelier, président de l’AJIQ a fait trois interventions marquantes lors de cette plénière. Les seules interventions applaudies. Par une minorité. Dommage. La communauté journalistique manque cruellement de solidarité.

Nicolas s’est inquiété (et je le cite) :

1) Qu’on se serve du Guide de déontologie pour limiter l’accès à la FPJQ et donc au statut de journaliste professionnel aux seuls salariés des entreprises de presse, limitant ainsi les opportunités de reconnaissance pour des gens comme des blogueurs indépendants.

2) Qu’on fasse reposer la responsabilité de la déontologie entièrement sur les épaules des journalistes, alors que les plus grandes menaces à ce niveau viennent des entreprises de presse elles-mêmes.

3) Que le respect de la déontologie est plus grandement menacé par les piètres conditions financières offertes aux journalistes indépendants que par les blogueurs. De nombreux journalistes indépendants doivent boucler leurs fins de mois en acceptant des contrats non-journalistiques.

Finalement, Nicolas s’est fait applaudir par les permanents du Journal de Montréal. Car le conflit qui couve au Journal menace aussi la déontologie. Pourquoi la FPJQ ne défend pas ces journalistes ?

D’ailleurs, j’étais taraudée par cette question toute la fin de semaine. Pourquoi la FPJQ ne défend pas ses membres ? Permanents et indépendants ?

Par ailleurs, les journalistes permanents dénigrent souvent les journalistes indépendants qu’ils considèrent trop souvent comme de « faux » journalistes. Un peu comme les blogueurs. Une catégorie de travailleurs que les journalistes traitent trop souvent avec mépris. Pourtant, de nombreux journalistes bloguent et avec succès : Hétu, Lagacé, Proulx, Vézina, Hébert, et bien d’autres.

J’ai encore en travers de la gorge la phrase lancée par une collègue permanente lors de la plénière sur ces personnes en pyjama derrière leur écran, comme si l’habit faisait le moine… Elle parlait des blogueurs, mais je me suis sentie visée à titre de journaliste indépendante qui a le grand plaisir (et choix) de travailler à la maison. Parfois en pyjama, mais est-ce que cela remet en cause mes compétences ?

Je rêve du jour où il existera une belle solidarité entre les journalistes, permanents et indépendants. Peut-être que cela arrivera plus vite que l’on pense. Car avec le conflit qui couve au Journal de Montréal, on pourrait rapidement réaliser que l’historique non-solidarité des permanents engendrera la même chose de la part des indépendants-pigistes. Parfois même contre leur volonté.

Lors du conflit au Journal de Québec, les lock-outés avaient demandé aux pigistes de cesser d’écrire. Seule Lise Payette avait démissionné. Les autres avaient un contrat. Les lock-outés avaient aussi pointé du doigt des pigistes de Canoë. Ces derniers avaient-ils le choix ? Facile de critiquer lorsqu’on est appuyé par un solide syndicat et du cash. Les pigistes ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leurs amis-collègues et l’AJIQ, qui n’a pas de cash, pas d’employés, mais un CA bénévole gonflé à bloc de bonne volonté, de bras et d’idées qui aboutiront en 2009…

Dans le conflit montréalais qui pointe à l’horizon, les mêmes problèmes ressurgiront. En pire. Les journalistes syndiqués nous ont alertés en fin de semaine. Des dépliants distribués même par certains journalistes de la Presse, solidaires. L’AJIQ aussi s’est montré solidaire en dénonçant le journal ICI dans un communiqué diffusé jeudi dernier. Cet hebdomadaire met à la porte ses pigistes qui refusent de signer un contrat abusif qui les dépouillerait de l’ensemble de leurs droits d’auteur. Pour inclure ces textes dans un Journal de Montréal en grève ou lock-out ? Transformant ainsi des journalistes pigistes en briseurs de grève contre leur volonté. Indécent, ignominie, horreur suprême. On avait déjà dénoncé ce contrat au printemps dernier.

PS : je suis membre du CA de l’AJIQ depuis 3 ans et des deux organisations depuis 4 ans.

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6 Réponses

  1. Je ne suis pas pro syndicats. Ils ont eu leur importance, mais maintenant, ils ne travaillent que pour leurs membres et se foutent du public et des autres. Ce que fait la FPJQ par rapport aux journalistes indépendants ou par rapport aux blogueurs est semblable aux fameuses « clauses orphelines » de plusieurs syndicats québécois. On se vote des augmentations de salaire sur le dos des futurs employés qui débuteront à la moitié du salaire le plus bas des permanents qui y sont déjà. Entre autres, c’était la façon de faire de la « fraternité » (quel gros mot) des policiers de Montréal. De plus, le débat blogue/journaliste a déjà eu lieu il y a déjà plus de deux ans ailleurs. Nous sommes même en retard sur nos questionnements débiles. C’est tout dire…

  2. Cécile, je te demande de plonger:Est-ce que ca vaut le cout, comme journaliste en formation, de devenir membre de la FPJQ, même au tarif étudiant?

  3. Michelle : Je suis pro-syndicat mais des syndicat respecteux des non syndiqués…Puis tu as totalement raison pour le débat blogue-journaliste, il serait qu’on en revienne et qu’on aille plus loin…sylvaind : je ne sais pas. Je ne peux pas te répondre car je suis en conflit d’intérêt, étant membre du CA de l’AJIQ car je conseillerai à cet étudiant de devenir membre de l’AJIQ! On offre des formations, les 6 à 8, et plusieurs autres choses super à venir en 2009 !

  4. À mon avis, on a passé un peu à côté du véritable objectif de cette plénière : défénir ce qu’est un journaliste ou ce qu’est le journalisme.Outre le fait que la FPJQ demande un engagement moral au respect de son Guide de déontologie, n’aurait-on pas pu se poser la véritable question : qu’est-ce qui différencie les journalistes des autres.L’adhésion à la FPJQ étant volontaire, il est donc plus que probable que d’excellents journalistes ne soient pas membre de la FPJQ, ni même de l’AJIQ. En ce sens, cette résolution de la part de la FPJQ ne sert pas à grand chose, à mes yeux.

  5. Je ne lis pas le ICI car il faut le télécharger sur Internet contrairement aux autres journaux.Je le boycotte.

  6. Ton billet me rappelle pourquoi j’ai cessé d’être membre de la FPJQ il y a 6-7 ans et pourquoi j’ai cessé d’aller à ce congrès auquel je m’étais fait un devoir d’assister pendant 12 années d’affilée: une ignorance déplorable de ce qui se passe à l’extérieur des murs des grands médias, mais pire qu’une ignorance, une indifférence apparente. Je dis apparente, parce que, soyons justes, la plupart des permanents veulent comprendre, ils sont empathiques, ils sont sincèrement désolés des piètres conditions de travail de leurs collègues pigistes… mais ça s’arrête là. Quand vient le moment d’en faire un atelier, ou de faire une réflexion qui brasse la cage des lieux communs, ou d’inviter des panelistes originaux (sauf cette année), ils se défilent. La seule solution serait une révolution de l’intérieur, mais avec des centaines de personnes automatiquement membres de la FPJQ (parce que c’est leur syndicat ou leur employeur qui paie la cotisation), ça fait une masse critique qui explique le côté parfois dinosaurien.

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