Des journalistes sans opinion?

Vendredi soir, intéressant reportage sur les journalistes qui affichent leur couleur politique à l’émission Macadam Tribu. Réalisé par Stéphane Leclair qui est venu m’interviewer ainsi que mes amis Nicolas Langelier, Étienne Côté-Paluck et Stéphanie Lalut lors de notre dernier 6 à 8 de l’AJIQ.

Grosse question que de parler de la supposée objectivité ou neutralité des journalistes. Car impossible. Dès que l’on choisit un sujet, cela veut dire qu’un autre est délaissé.
Évidemment, les journalistes ont des opinions politiques. Je crois que la majorité doit éviter de les dévoiler au grand jour, surtout lorsqu’on couvre certains sujets. En général. Mais parfois, cela nous échappe…Humain.

L’arrivée de Facebook est venue changer la donne. Car sur Facebook, il y a les statuts et les multiples groupes que l’on nous demande de rejoindre. Les statuts sont l’occasion de dire ce que l’on fait, mais aussi de réagir à diverses nouvelles. Donc l’occasion (ou le piège) pour les journalistes (car il y en a beaucoup sur Facebook) de donner leur opinion.

Mon statut Facebook est réservé à des amis, connaissances. Mes autres contacts n’y ont pas accès. Je m’y sens donc plus à l’aise de dévoiler mes opinions politiques. Quoique je m’en empêche parfois. Pas comme dans un souper d’amis. Dans ce cas-là, je me laisse complètement aller. Je me demande d’ailleurs si je ne devrais pas élargir le nombre de personnes qui n’ont pas accès à mon statut….À voir.

Lors de son entrevue, Stéphane m’a fait remarquer que n’importe qui pouvait voir mon appartenance à des groupes divers. Je ne l’avais pas réalisé. Exemple : j’étais (je le dis au passé, car j’ai quitté le groupe en faisant un ménage après l’entrevue) membre du groupe d’appui au frère de mon amie, collègue, proprio et voisine, Éric Noël, qui se présente pour Québec Solidaire dans Borduas.

Difficile. D’ailleurs sur mon blogue aussi je ne me gêne pas pour parler politique. Sauf que je ne dis jamais pour qui je vote et que je tiens à rester transparente. Lorsque j’ai des connivences, des liens, je les dévoile.

Ma collègue et amie, Marie-Josée Richard, avait d’ailleurs publié un excellent billet sur le sujet. Elle avait joint l’opinion d’un professeur en journalisme. J’ai retenu un point : la transparence et l’honnêteté intellectuelle.

Car je ne peux renier mes amis. L’un Carle Bernier-Genest est conseiller municipal pour l’équipe du maire de Montréal. L’autre, Martin Lemay est député du PQ. Ma voisine est Françoise David, etc. J’ai travaillé pour l’ancien maire Bourque, j’ai travaillé pour des tournées de ministres libéraux. Bref, je connais du monde dans tous les partis. Je ne désire pas les ignorer. Sauf qu’ils savent que je ne leur donnerai jamais de l’argent, que je ne participe que rarement à leurs réunions politiques et que je ne serai jamais membre d’aucun parti.
Autre exemple. L’autre jour, un député de l’ADQ voulait souper avec moi à Drummondville pour parler d’environnement. J’ai refusé.

Finalement, je couvre l’environnement et il est évident que je suis très penchée du côté de la protection de l’environnement. Sauf que je ne suis membre d’aucun groupe environnemental, que je ne milite pour aucune cause, que si je dois critiquer les écolos, je le ferai. Personne n’a le monopole de la vérité. Même si j’ai des voisins écolos que j’aime beaucoup : Laure Waridel et Hugo Latulippe. Quel quartier !

Autre exemple. J’ai refusé d’être porte-parole de la semaine de réduction des déchets. Refusé d’être bénévole au magasin Dix Milles villages, Incompatible avec mon travail.

Donc voilà. Je ne crois pas, surtout quand on ne couvre pas l’actualité quotidienne, et que l’on est journaliste indépendante, que l’on doive à tout prix cacher son opinion. C’est hypocrite. Car notre opinion teinte toujours nos choix, nos recherches, nos textes. Sans verser dans la transparence extrême, je pense qu’il est important de toujours dévoiler les possibles conflits d’intérêts, d’être honnête. Respecter l’éthique de base du journaliste. Je dois souvent l’expliquer, très souvent.

Mais les opinions divergent et certains veulent des journalistes pures, sans opinion dévoilée. Ça se défend. D’un côté on a Isabelle Maréchal, de l’autre les journalistes de Radio-Canada qui doivent suivre un code de conduite sévère.

L’arrivée d’Internet a bouleversé la donne. Discussions sont au programme pour remettre de l’ordre. On commence la fin de semaine lors du congrès de la FPJQ à Québec. J’y serai.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?