Maudits Français ou Français maudits ?

Cela fait 20 ans que j’habite au Canada. 10 ans à Ottawa, 10 à Montréal. Je n’ai eu aucun problème d’intégration, jamais envie de repartir, jamais regretté mon choix. Maintenant je me sens moitié-moitié. Vraiment.

Aussi, à part durant ma première année, j’ai peu fréquenté de Français. J’étais à l’Université et mes amis étaient canadiens de langue anglaise ou française. Un choix aussi. Les quelques Français que je côtoyais au fil des années m’ennuyaient avec leur chialage incessant contre leur pays d’accueil. Cela ne m’intéressait pas du tout.

Puis la roue a tourné. Depuis quatre ans, l’une de mes meilleures amies est française et plusieurs se sont ajoutés dans mon entourage. En fait, au fil de ces quatre dernières années, je rencontre de plus en plus de français. Des Français qui ne chialent pas (sinon ils ne seraient pas mes amis) mais qui, parfois, vont critiquer objectivement, et avec raison, leur pays d’accueil comme le font également plusieurs de mes amis « de souche ». Soulignons que ceux-ci, des Québécois, sont souvent beaucoup plus virulents que mes compatriotes immigrés.

Le Québec, tout comme la France, n’est pas parfait. Chaque pays possède ses qualités et ses défauts comme les êtres humains d’ailleurs. Il suffit de le reconnaître, de les accepter, de s’accommoder.

Je ne suis pas surprise de l’article d’Isabelle Hachey dans la Presse de ce matin. Plusieurs de mes amis d’origine française m’ont déjà fait quelques remarques du genre. Aussi, mes compatriotes me disent souvent qu’il est très difficile de se faire des amis, que les Québécois sont superficiels. J’avoue que je ne connais pas ce problème, mais que j’entends souvent cette récrimination. Est-ce que les Québécois n’aiment pas avoir des amis français ? Sont-ils plus difficiles d’approche ? N’aiment-ils pas recevoir à souper ?

Parfois, je crois aussi que les Français qui arrivent en couple ont tendance à se replier sur eux-mêmes. Quand on arrive seul, on est obligé de rencontrer les autres si on ne veut pas vivre la solitude.

Aussi, il faut avouer que le système de santé n’est pas jojo, que le niveau scolaire laisse à désirer et que le syndrome d’infériorité est agaçant. Le fait aussi que l’on dénigre souvent les gens qui réussissent. Sauf que la société québécoise est beaucoup plus ouverte que la française, qu’ici tout est possible, qu’il y a du travail, que l’on peut partir une entreprise beaucoup plus facilement qu’en France.

Moi la fille d’agriculteurs d’un petit village d’Auvergne, je n’aurai jamais pu réussir aussi bien en France. La société y est beaucoup plus hiérarchisée, et ce, même si la France se vante d’avoir fait la révolution ! Puis l’humour français m’agresse et m’épuise. On se lance des mots par la tête, pas toujours gentil. Finalement, je trouve la société française beaucoup trop sexiste. La femme a encore un rôle très traditionnel qui ne me convient pas.

Dernière chose sur le travail. Il existe un problème pour la reconnaissance des diplômes sauf que le problème est le même pour les Québécois qui vont en France. Étant donné le nombre d’échanges entre nos pays, notre histoire commune, il serait temps d’y voir. D’un côté comme de l’autre.

Et puis, les futurs immigrés français devraient s’informer un peu avant de partir. Ils arrivent en Amérique du Nord, dans un pays différent qui n’est pas la France, pas une colonie. Notre seul point en commun est la langue, c’est tout.
Voilà, des avantages et des inconvénients. Moi j’ai pris le meilleur. Mais j’avoue que ces constats me font réfléchir. A-t-on le droit, à titre de français, à titre d’immigré, d’émettre des constats sur notre société d’accueil ?
D’ailleurs, dernièrement une Auvergnate, comme moi, m’a fait part de son ennui de la France et aussi du fait, qu’à titre de Française, on ne pouvait jamais critiquer sous peine de se faire traiter de maudite française et de passer toujours pour la chiante de service.
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3 Réponses

  1. SalutD’abord un commentaire de « statisticien », c’est normal qu’il ait de plus en plus de témoignagne d’échec d’intégration tout comme il doit y avoir de plus en plus de témoignage de réussite. « Sur des bases scientifiques », il faudrait l’évolution de ce ratio. Mais il semble que les stats manquent. L’intégration c’est quoi ? Un parallèle amusant et fort d’enseignements est celui des Sud Américains débarquant en Espagne (et vice vers ça).Et puis, perso, ça fait un mois ue j’ai débarqué à Montréal, travaillant en entrerpise…J’ai passé un an en Espagne comme étudiant…mine de crayon, le milieu étudiant est plus acceuillant, c’est un fait. Et dans tous les cas faut pas croire qu’on arrive et que tout le monde vous saute au cou, les gens ont une vie avant que de nouveaux débarques! Et c’est tellement bon de découvrir les gens…

  2. Je partage entièrement votre analyse… et votre expérience.Ça va faire également 20 ans que je suis ici. Et on est bien ici, il ne faut pas l’oublier.

  3. meme chose pour moi, 28 ans que j’ai débarqué à Montréal, faut dire qu’en arrivant dans la vingtaine, on ne sait pas trop encore ce qu’on perd et on a tout à gagner, et vous avez mis le doigt sur un fait, quand on arrive seul c’est pas pareil.. Patrick (Montréal)

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