La mort qui rode…

Il y a quelques jours un bébé de 9 mois est mort. Le petit ange d’une maman s’est envolé. Je ne le connais pas. Je l’ai seulement rencontré alors qu’il était encore dans les entrailles de sa maman. Un temps alors heureux. Car dés sa naissance, sa lutte a débuté. Une lutte pour simplement vivre. Une lutte qui semblait gagnée lorsque bébé a reçu un nouveau coeur. Un coeur tout neuf pour enfin vivre. Le coeur d’un autre petit bébé mort qui permettait ainsi de donner la vie. Une vie courte pour une autre courte vie. Malheureusement la chaîne s’est brisée. Le coeur n’a pas suffit. Bébé est parti aprés neuf mois de lutte. Maintenant maman pleure. Son ange s’est envolé.
Je pense à la belle maman, au papa. J’aimerais prendre leur peine sur mes épaules. Quelle injustice!
Je trouve toujours une raison à tout. Chaque joie, chaque peine nous fait grandir. Sauf que là, je n’arrive pas à comprendre, à saisir la raison, le pourquoi ? Pourquoi un petit ange doit se battre et souffrir pendant neuf mois pour finalement s’envoler ? Maman s’attache à son bébé puis doit le laisser partir. Quel déchirement !
J’imagine que la réponse viendra avec le temps. Y-a-t-il seulement une réponse, une explication…Je l’espère mais n’y crois guère. J’espère surtout que ce petit ange veillera sur ses parents. Pour le moment, je pense à cette belle maman et je lui envoie beaucoup d’amour. Car il n’y a rien de plus à faire et surtout rien à dire.

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Cette histoire nous rappelle que la mort rode souvent autour de nous. Pour moi, la mort fait partie de la vie. Il ne faut pas l’auculter, la dissimuler et éviter d’aborder le sujet. La société est aussi mal à l’aise avec la mort qu’elle l’est avec les endeuillés. On les fuit, on ne veut pas écouter leur peine, on veut qu’ils passent vite à travers et redeviennent comme avant.
Pourtant la mort frappe partout, jeunes et moins jeunes, laissant les vivants désemparés. Difficile de se sortir de ses griffes, des filets du deuil. Trés heureuse d’entendre le gouvernement permettre aux gens de prendre des congés pour cause de deuil. Imaginez ! Actuellement, on ne peut prendre que cinq jours de congé ! Cinq petits jours ! Quelle honte. Le syndrôme d’une société axée sur la performance qui n’autorise d’arrêt que pour les morts. Les autres doivent survivre et travailler. Vite les funérailles, vite, vivons notre deuil, vite, oublions la mort avant qu’elle ne nous rattrape. Car elle le fera un jour. Vite, vite…

Lorsque mon père est mort aprés trois semaines de soins intensifs (j’avais pû aller le voir durant 2 semaines), je suis repartie en France pour deux semaines. Quand je suis revenue, une chance que c’était juillet. Un mois tranquille pour le travail car il est tellement difficile de se concentrer, de performer, de penser à autre chose que sa peine. J’ai été trés choyée que mes patrons de l’époque me permettent de prendre autant de temps. Sinon, j’aurais été obligée de démissionner pour faire ces deux voyages de deux semaines chacun. Ce ne fut pas le cas.
Dans mon cas, la mort de mon père m’a permis de me remettre sur le chemin de mes rêves et d’apprivoiser la mort, d’apprendre que l’on peut passer à travers la peine et la souffrance.
Certaines personnes décident de retourner au travail pour oublier, pour penser à autre chose, pour se changer les idées. Mais parfois c’est aussi une excuse pour ne pas vivre leur deuil. Car un deuil ne se fait pas en quelques jours ou même quelques semaines. Un deuil prend du temps, des mois et des années.

Difficile de vivre notre deuil dans une société qui vit à toute vitesse, qui veut rapidement passer à autre chose et qui a peur de la mort. La mort, on veut l’oublier, l’enterrer, la cacher. Je me souviens d’une collègue qui s’étonnait de l’absence d’une secrétaire depuis une semaine. Son beau-père était mort !!! Pour elle il s’agissait seulement de son beau-père, pas de quoi prendre plus que quelques jours de congé. Quelle insensibilité !

Bien heureuse que le gouvernement se soucie de donner le temps qu’il faut aux endeuillés pour prendre le temps. Prendre le temps de pleurer, de crier, de parler, de se souvenir, de dormir, de prendre soin de soi, de vivre l’absence et la peine. Car malheureusement ou heureusement, il y a des choses qui ne s’achètent pas, même avec une Visa ou une Mastercard !
Ajout : Isabelle a trés justement ajouté le lancement de cette fondation dont elle parle ici. Car mourir dignement et chez soi accompagné des gens qu’on aime est aussi un droit et fait partie de la vie. Il me semble que si je me savais condamnée, la seule chose qui me ferait plaisir est d’être chez moi, dans mes affaires, dans mon lit.
Aussi, le répit pour les personnes en deuil semble offert seulement aux personnes victimes d’actes criminels et autres. Bien mais tout deuil est difficile pas seulement pour elles. Par ailleurs, la fondation crée par Pierre-Hugues Boisvenu demande maintenant à Ottawa de permettre à ces personnes de recevoir des prestations d’assurance-emploi. Un minimum car prendre un congé sans solde n’aidera pas beaucoup si les revenus sont un gros zéro !

Une Réponse

  1. Dans la même veine, j’ai appris hier qu’une fondation a été mise sur pied pour accompagner les malades (et leurs proches) qui sont en phase terminale et qui souhaitent mourir à la maison.

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