Le droit d’auteur et les journalistes pigistes

Peu de personnes sont au courant des différentes lois qui régissent le droit d’auteur. Ce droit malmené par excellence, surtout depuis la montée fulgurante d’internet. (La grève des scénaristes américains en est un bon exemple.) On s’approprie à profusion les écrits des autres. On copie des articles complets sans citer la source ou alors on la cite en se pensant être dans son bon droit. On fait des photocopies, on reproduit.
Sachez qu’à moins d’entente préalable et-ou- de paiement en conséquence, les droits d’un texte appartiennent à son auteur. Un exemple : les textes des journalistes permanents de la Presse appartiennent au journal. Les textes que j’écris dans la Presse, comme pigiste ( collaboration spéciale) m’appartiennent. Je ne vends que les droits de première publication à la Presse. Lorsque la Presse reçoit une demande de reproduction, la demande m’est transférée. Que j’envoie à Copibec qui gère mes droits de reproduction des articles, livres, textes.

On fait beaucoup de cas du piratage et du copiage de la musique, c’est la même chose pour les écrits.
Voici pourquoi. Je gagne ma vie avec mes écrits. Je déteste trouver mes textes complets sur internet sans permission, et ce, même si mon nom est inclus. Je saute au plafond lorsqu’on ne m’offre rien pour des textes. Vivrai-je d’amour et d’eau fraîche ? Qui payera mon loyer ?
En général, on croit que les journalistes gagnent très bien leur vie. Il est vrai que les journalistes permanents possèdent généralement des conditions salariales acceptables. Pas tous. On ne voit souvent que les vedettes de l’information. Tout le monde ne gagne pas le salaire de Bernard Derome ! Une édition du Trente ( le magazine des journalistes lié à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)) aborde le sujet ici.
Par contre, on connaît peu la situation des journalistes pigistes. C’est pour ceci que je suis membre du Conseil d’administration de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), depuis deux ans. Les journalistes pigistes n’ont aucun encadrement légal comme les artistes de l’UDA. Aucun tarif minimum au feuillet ( car nous sommes généralement payés au feuillet. Une page à double interligne, entre 1 500 et 1 600 caractères, 250 mots). D’ailleurs, les tarifs au feuillet sont souvent très bas ( entre 28 à 70 $ le feuillet – Une liste des tarifs se trouve ici). Indigne de notre travail, de nos compétences, de notre expérience et de notre professionnalisme. L’Union des écrivaines et écrivains québécois diffuse également une liste de tarifs suggérés.
Trop souvent, on n’hésite pas à payer l’imprimeur. Ensuite le graphiste ( même si certains doivent être mal payés aussi), le staff technique, le photographe puis le journaliste qui arrive en fin de priorités. Trop souvent, on répond qu’on n’a pas de budget pour le contenu, ou peu de budgets. On demande alors des miracles, des textes écrits bénévolement. « Facile pour toi, tu sais écrire. C’est un plaisir », m’a-t-on déjà répondu ! Et je gagne ma vie comment ? Je dis non au bénévolat, à part quelques rares exceptions ( le Trente, Urbania une fois).
Par ailleurs, depuis que j’ai écrit un livre, j’y suis encore plus sensibilisée. Même si je ne me compare aucunement à l’écrivain de grand talent Stéphane Dompierre, je suis tellement d’accord avec cette réflexion, trouvée sur son blogue ici.
Depuis la sortie de mon livre, quelques personnes m’ont dit la même chose. Les gens veulent l’emprunter, se le prêtent, etc. Je sais que c’est facile de prêter des livres, que les bibliothèques le font. Mais elles payent des droits pour ceci. C’est aussi une manière d’être écolo. Sauf que si tout le monde se prête les livres, les auteurs et écrivains ne pourront plus vivre de leur travail ( déjà que c’est très difficile au Québec, à part les rares stars de l’édition). Au Québec, un best-seller se vend seulement à 2 ou 3000 exemplaires. Si vous comptez qu’en général, les auteurs récoltent 10 % du prix de vente. Cela ne fait pas un gros salaire sur une année. Savez-vous combien de temps ça prend écrire un livre ?
Pour finir, mon objectif n’est pas de me plaindre de mon sort. Je suis très heureuse dans un emploi de journaliste-recherchiste pigiste qui me comble. Je l’ai choisi et n’en changerai pas. J’ai aussi des contrats intéressants et je gagne ma vie correctement. Sauf qu’il faut instaurer un tarif minimum au feuillet décent. Qu’il faut respecter les droits d’auteur. Qu’il faut réglementer internet. Qu’il faut absolument améliorer le sort des journalistes pigistes, des auteurs, des écrivains, des pigistes en général. Pour le bien-être de la société et de l’information.
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5 Réponses

  1. Je ne sais pas combien d’heures de recherche, d’écriture et de relecture ça prend pour un article, mais avec les tarifs que tu mentionnes, ça peut revenir parfois à travailler au salaire minimum…

  2. Pourquoi avoir écrit gratuitement pour Urbania? Ça me semble une revue « luxueuse ».

  3. Je vis la meme chose en couture. Des gens veulent du style mais ne veulent pas payer le temps que ca prends. Combien de grande chaines ont copier mes creations sans rien changer? Des tas….Ca me choque mais je ne peux rien faire.Je comprends donc ta frustration.Je vais etre en ville ce jeudi. Ca te dit toujours de dédicacer mon livre?

  4. Isabelle : ça demande pas mal de travail. Parfois lorsqu’on calcule le nombre de demandes, de récriture, de cossins en plus, c’est même moins que le salaire minimum. Anonyme : il ne faut pas se fier aux apparences.Karla : oh oui on pense que tu fais ça les doigts dans le nez pour le plaisir…Oui oui vient donc me voir, j’aurais au moins une signature 😉 J’y serai de 6 à 8h le soir ! :_)

  5. Encore une fois d’accord avec ce que tu écris Cécile. Et comme le dit si bien Karla, c’est valable pour bien des créateurs et artistes… Dans mon domaine de la création de bijoux et d’accessoires, c’est une vraie jungle ! La copie reste notre plus grande hantise et en même temps, si l’on te copie, c’est que ce que tu fais est bon… grrr… Cela peut être tellement frustrant ! Les gens sont tellement habitués aujourd’hui à payer toujours moins cher, à ne plus regarder la qualité d’un travail mais la quantité ou le coût, que peu réalisent le travail que cela demande de créer quelque chose – que ce soit un livre, un article, un vêtement, un accessoire, etc. Créer demande du temps de recherches, d’essais et erreurs, de retouches… Un beau produit au final a demandé beaucoup d’investissement à la personne qui l’a créé.Quoiqu’il en soit, il faut tout de même tenter de garder intact notre plaisir dans la création : c’est ce qui est le plus important ! Car lorsque l’on fait ce métier dans les règles de l’art, on est alors passionnée par ce que l’on fait et on a à coeur de respecter le travail des autres…Bon courage et continue !Au plaisir,emma

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