Les politiciennes aussi tombent enceintes !

La conciliation travail-famille est sur toutes les lèvres. Des députés quittent la politique pour raisons familiales. Des femmes attendent d’avoir élevé leur famille avant de se présenter. Certaines, peu nombreuses encore, accouchent durant leur mandat. Mais est-ce facile de vivre une grossesse lorsqu’on est en politique active? Peut-on se permettre de prendre un congé maternité après la naissance de son enfant ? Témoignages de celles qui sont passées par là.

Article publié en 2007 dans le cahier Actuel de La Presse

Une première à Montréal ?

Carole DuSault, conseillère municipale de Rosemont, a donné naissance à son premier enfant, un garçon, Clément, le 30 août dernier. Elle serait la première politicienne montréalaise à accoucher durant son mandat.

Auparavant, la conseillère municipale du RCM, Manon Forget avait accouché durant la campagne électorale de 1986, avant d’être élue. Josée Duplessis, conseillère d’arrondissement actuelle du Plateau a fait la campagne avec un bébé de trois mois. Malgré les recherches de la Presse, rien n’indique qu’une autre conseillère municipale ait accouché durant son mandat puisque la ville de Montréal ne garde aucun registre sur les grossesses de ses élues.

Cette première historique ne donne pas de privilèges à Carole DuSault.

Si elle se réserve un mois après l’accouchement pour se reposer de sa césarienne et s’occuper de son bébé, elle retournera au bureau ensuite. Pour se faire, elle n’a pris aucune vacances cet été. « Je reprendrais tranquillement, j’installerai le nécessaire pour accueillir bébé dans mon bureau et je travaillerai plus de la maison, mais je ne peux prendre plus de temps, personne ne peut me remplacer. Être en politique ce n’est pas un emploi, c’est une charge civique », explique-t-elle.

Cette dernière participait au dernier conseil municipal, deux jours avant d’accoucher, mais ne pense pas assister au prochain, le 24 septembre. Elle a également manqué son dernier conseil d’arrondissement, sortant le même jour de l’hôpital. « Je considère que manquer un seul conseil municipal pendant quatre ans ce n’est pas de l’indiscipline. Si ce n’est pas considéré comme une condition d’absence justifiée, comptez sur moi pour le faire ajouter », lance-t-elle.

Le congé parental pour les politiciennes ?

D’autres avant elles, au niveau fédéral et provincial ont fait face à ce questionnement. Les élus, hommes ou femmes, ne sont pas des salariés mais reçoivent des indemnités. Ils n’ont donc pas accès au congé parental au niveau financier. Mais rien n’est prévu pour qu’ils puissent automatiquement bénéficier d’un certain nombre de semaines après une naissance.

« Il est quand même paradoxal que des femmes qui viennent de voter l’un des meilleurs congés parentaux ne puissent en bénéficier. Il faut trouver la manière de gérer l’absence des politiciennes », soutient Nathalie Goulet, directrice du Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail.

Cette question ne fait pas l’unanimité. « Il n’est pas évident que l’opinion publique serait favorable. Tout dépend de la capacité de maintenir les services à la population durant un congé parental », pense Louise Harel, députée de Hochelaga-Maisonneuve.

Sans comparer la maternité à la maladie, plusieurs mentionnent qu’il est déjà arrivé que des députés tombent malades et s’absentent. « On s’arrange bien dans ces cas », a constaté Sylvie Roy, députée de l’ADQ.

Même les plus féministes hésitent à se prononcer. « La politique ce n’est pas un emploi. Les femmes en connaissent la réalité. Il faudrait d’abord faire un débat sur les conditions des travailleuses autonomes qui, tout comme les politiciennes, n’ont pas des conditions idéales », souligne Martine Blanc, consultante et ancienne conseillère municipale.

La professeure de science politique de l’Université d’Ottawa, Manon Tremblay veut élargir le débat. « Il faut éviter de pointer les femmes, mais s’inscrire dans une démarche pour rendre la vie politique plus vivable, plus compatible avec une vie de famille. »

Dans cet esprit, le député du Bloc québécois, Thierry St-Cyr, entend prendre quelques semaines de congé après la naissance de son premier enfant prévue fin septembre. « J’ai prévenu le whip. Cependant, si un vote important survient, il n’est pas exclu que je fasse un voyage express à Ottawa », explique le jeune député fédéral de Jeanne-LeBer.

Évidemment, la question physique entre en ligne de compte pour les femmes. La majorité des politiciennes consultées par la Presse avoue qu’une grossesse sans histoire et un accouchement normal facilitent le retour rapide au travail.

Sauf que parfois des problèmes surviennent. Sylvie Roy a été hospitalisée plusieurs fois avant son accouchement prématuré en 2004. Tout un défi pour un petit caucus de quatre députés. « J’ai eu la chance d’avoir un chef qui a trois enfants et qui comprenait ma situation, mais j’aurais dû prendre plus de temps pour m’en remettre », regrette-t-elle.

Un frein à l’engagement des femmes ?

Carole DuSault est consciente que la maternité empêche certaines femmes d’entreprendre une carrière politique. Sylvie Roy le confirme. « C’est la raison première invoquée par les femmes qu’on approche pour être candidate ».

Selon l’ancienne présidente du Conseil du Statut de la femme, Diane Lavallée, qui a vécu une campagne électorale une semaine après son accouchement en 1994, la population serait plus prête que l’establishment politique. « Les organisateurs trouvent les bébés mignons, mais ils n’ont pas l’habitude du rythme de vie d’une nouvelle maman. Il faut être solide pour leur imposer son horaire », soutient-elle.

Plusieurs estiment qu’il faut simplement accepter que des élues prennent du temps loin de leurs électeurs après un accouchement. « Si on veut des représentants variés, il faut concilier les deux. Il faut que les mentalités fassent leur chemin », soutient Carole DuSault. « C’est inhumain de ne prendre qu’un mois pour une nouvelle maman. Il faut trouver des solutions », renchérit la chef de l’opposition de Montréal, Noushig Eloyan.

La conseillère de Rosemont est consciente d’avoir un avantage par rapport aux députées provinciales et fédérales. «Je ne dois pas partir siéger dans une autre ville, je n’aurai pas à vivre le déchirement de laisser mon bébé ».

Un déchirement bien réel pour les députées. Sauf que la majorité est consciente de leur devoir politique. « La politique exige des sacrifices. On connaît les défis lorsqu’on décide d’avoir des enfants, il faut tout réussir en même temps, la maternité et le service aux citoyens. Mais je suis la preuve qu’on peut s’épanouir en tant que maman et députée », souligne Caroline St-Hilaire.

« Oui, on peut tout faire, mais en politique, ce sont les événements qui contrôlent notre vie. On fait des sacrifices et la famille en souffre », rappelle Eleni Bakopanos, ancienne députée du parti libéral du Canada qui avait deux jeunes enfants lorsqu’elle a été élue.

Les politiciennes qui se sont confiées à la Presse ont souligné le rôle important de leur conjoint, le partage des tâches et l’implication de la famille élargie dans la réussite de leur maternité. « Il n’est pas juste question d’avoir un conjoint qui partage les tâches comme je l’ai eu, mais de l’aide et une bonne résistance physique. On me parle souvent de mes moyens financiers, mais ce sont les parents qui élèvent les enfants, pas l’argent », conclut Pauline Marois.

Encadrés

Les femmes qui ont accouché « en service »

Peu de députées ont accouché lors de leur mandat. En fait, on peut les compter sur les doigts d’une main.

Au Québec, la chef du Parti québécois, Pauline Marois est la première députée à avoir accouché quelques jours après son élection en 1981. Par la suite, elle a eu deux autres enfants alors qu’elle était ministre. Une première en occident.

Une autre députée, décédée en 1999, Denise Leblanc-Bantey, qui représentait les îles de la Madeleine, a accouché en 1982.

La députée de l’ADQ, Sylvie Roy a accouché en 2004.

Au Canada, Sheila Copps a ouvert le bal en donnant naissance à sa fille en 1987 alors qu’elle siégeait à la Chambre des communes. La Presse n’a pu lui parler, car elle était à l’extérieur du pays. Elle a été suivie, 10 ans plus tard, par les députées Michelle Dockrill du NPD ( Bras-d’Or-Cape-Breton de 1997 à 2000) et Caroline St-Hilaire du Bloc québécois ( Longueuil-Pierre-Boucher). Cette dernière a eu deux enfants depuis le début de son mandat en 1997. Sa collègue du Bloc Québécois, Maria Mourani (Ahuntsic) vient tout juste de rejoindre ce cercle restreint.

Dans les autres provinces, signalons Christy Clark, députée de la Colombie-Britannique qui a accouché en 2001 alors qu’elle était ministre.

Pas de garderie ni table à langer à l’Assemblée nationale

Outre la possibilité de prendre un congé, plusieurs mesures pourraient faciliter la vie des nouvelles mamans. Les députées interrogées ciblent l’absence de garderies à Québec et Montréal. Celles existantes ne sont pas du tout adaptées à l’horaire des députées.

Autre accessoire pratique, les tables à langer. Il n’en existe pas dans l’édifice de l’Assemblée nationale. Caroline St-Hilaire et Michelle Dockrill en ont fait installer au Parlement d’Ottawa.

Michelle Dockrill fait aussi partie de l’histoire de la Chambre des communes puisqu’elle y a siégé avec son bébé dans les bras. Une première. « C’est arrivé par hasard. J’étais avec mon fils à l’extérieur de la Chambre quand il a fallu aller voter. Je l’ai lancé à la blague, mais une députée m’a répondu qu’elle voudrait bien voir le président me demander de sortir. Finalement, je suis restée environ 40 minutes », raconte-t-elle.

Le défi de l’allaitement pour les politiciennes

Si l’allaitement est de plus en plus encouragé auprès des futures mamans, plusieurs politiciennes ont avoué que leurs fonctions les ont empêchés d’allaiter aussi longtemps qu’elles l’auraient souhaité. « J’aurais probablement allaité plus longtemps comme je l’ai fait pour ma première Catherine qui est née avant mon élection », souligne Pauline Marois.

L’environnement de l’Assemblée nationale et du Parlement n’étant pas des environnements où il est facile d’allaiter.

« Mon bureau n’était pas dans l’édifice du Parlement. Je me voyais mal courir d’un endroit à l’autre avec mes documents, le bébé, le sac de couches, etc. C’était difficile. Il faudrait une salle-garderie proche de la Chambre et réservée aux parents », soutient Michelle Dockrill.

Certaines, comme Caroline St-Hilaire, amenaient leurs enfants avec elles pour pouvoir les allaiter. « Même si je n’allais que sporadiquement à Ottawa durant les trois premiers mois après mon accouchement, j’amenais mon bébé pour l’allaiter. Égoïstement, je n’avais pas encore envie de m’en séparer. Lorsque je siégeais, j’avais des adjointes, très généreuses, car cela ne fait pas partie de leurs tâches, qui s’occupaient du bébé ».

Cette dernière avoue qu’elle aurait allaité plus longtemps si elle n’avait pas été députée.

Ailleurs dans le monde

Sans faire une recherche exhaustive à travers le monde, la Presse a trouvé quelques exemples de politiciennes ayant accouché lors de leur mandat. La plus célèbre d’entre elles étant l’ex-candidate socialiste à la dernière présidentielle française, Ségolène Royal, qui a accouché quelques semaines après son retour du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Elle était alors ministre de l’Environnement. Une première en France. Après son accouchement, elle avait fait l’objet d’un reportage à la télévision et dans Paris-Match, où elle avouait vouloir montrer qu’une femme peut occuper un tel poste et être maman. Elle n’avait pris que quelques jours de repos après la naissance de son quatrième et dernier enfant, Flora.

En Finlande, Tuija Brax, députée d’Helsinki, a pris un congé parental de six mois.

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