Clin d’oeil paternel !

Aujourd’hui, cela fait 4 ans que mon père est mort. J’ai raconté toute l’histoire de l’accident de vélo qui a mené à sa mort dans une lettre publiée dans La Presse. Depuis le 1er juin, il était cloué à un lit d’hôpital après un accident de vélo ( aucune voiture impliquée, une route de campagne, la roue bloque, il passe par-dessus et s’écrase sur la route, face première). Moelle épinière touchée au niveau des cervicales, tétraplégique.

J’avais passé deux semaines en France à aller le voir tous les jours à l’hôpital. Il était sous forte médication aux soins intensifs, mais on pouvait communiquer avec les yeux.
Lorsqu’on a diminué la médication et qu’il a repris « conscience » et pu s’apercevoir qu’il ne pouvait ni bouger les bras, ni les mains, ni même respirer sans l’aide d’une machine, une infection l’a emporté en quelques heures. Je sais qu’il l’a décidé.

Le mercredi 25 juin 2003, je me préparais à recevoir le plat que j’avais commandé dans un resto du centre-ville. J’étais avec mon amie Sophie Blouin. Je venais de sortir mon cell de mon sac. Il sonne. Je vérifie le numéro, bizarre c’est celui de mes parents. Alors que je pensais que l’état de mon père s’améliorait, ma soeur m’annonce qu’il est parti. Le choc.

Sophie s’occupe de tout, paye le dîner, me ramène au travail, m’entoure. Cet épisode nous a unit à jamais. D’ailleurs, cela fera deux ans, le 29 juin, que le père de Sophie est décédé aussi. Un clin d’oeil à son papa aussi qui a du faire connaissance avec le mien…

Finalement, je décide de rester au travail pour ne pas être seule chez moi. J’ai besoin de parler. J’organise également mon billet d’avion. Aucune urgence, je repars le lendemain pour un autre deux semaines. J’arriverai le vendredi matin et les funérailles sont prévues le samedi matin. En passant, les billets d’avion sont chers en urgence…Deux en un mois.

Air France n’a aucun spécial dans les cas de décès alors qu’Air Canada offre un 20 % de rabais. Je ne sais pas si d’autres compagnies ont la même politique.

On dit toujours que c’est dans ces moments-là qu’on se rend compte, sur quels amis on peut vraiment compter. Je peux vous dire que j’étais superbement entourée.

C’est le lendemain des funérailles que j’ai émis la possibilité d’abandonner mon emploi et de retourner au journalisme. Pourquoi ? Car si mon père, un homme en pleine forme à 64 ans ( il est mort exactement deux semaines avant ses 65 ans), peut partir faire du vélo avec trois de ses amis, un dimanche matin de juin, comme tous les dimanches matins, et ne jamais revenir chez lui, ça peut arriver à n’importe qui.

Il était alors clair dans mon esprit qu’il ne fallait pas attendre, que je devais réaliser mes rêves au lieu de les imaginer. Il me fallait agir. La meilleure décision de ma vie.

Quatre ans plus tard, évidemment mon père me manque, il est parti trop tôt, trop vite. Mon neveu aurait bien du plaisir avec son grand-père aujourd’hui. Mais il est parti en pleine forme, en faisant ce qu’il aimait. Ce n’est pas un homme qui aurait accepté facilement d’être diminué physiquement, de devenir dépendant. Son destin était ainsi. Son heure était venue. La mort est inéluctable, peu importe le moment où elle frappe. S’envelopper dans les souvenirs, les regrets, le passé, la tristesse ne changera rien à la réalité, ne ramènera pas la personne décédée. Bien entendu, il faut passer à travers le deuil. Cela ne se fait pas en quelques mois. Mais la vie continue pour les vivants.

Depuis il m’accompagne quotidiennement. Cela faisait 16 ans que je ne vivais plus avec lui au quotidien. La coupure physique était déjà faite. Il est vrai que cela facilite le deuil. Je ne me réfère pas souvent à Céline Dion mais elle a dit une chose trés pertinente lors de la mort de son propre père. On n’a plus besoin de prendre le téléphone, il est toujours avec nous. Elle a raison.

L’ironie dans mon cas est que la plus grande tristesse de ma vie, l’épreuve la plus difficile m’a permis de réaliser mes plus grands rêves. J’ai aussi réalisé la force qui m’habite. Sa mort a apaisé mon âme.

Le dernier Noel de mon papa et la dernière fois que je l’ai vu, autre que sur un lit d’hôpital. Mon neveu avait une revue de Formule 1 dans les mains….Ça court dans la famille 😉

ci-dessus et ci-dessous, le premier marché de Noel de St-Rémy-de-Chargnat et le seul de mon père. Il avait patenté ce kiosque pour vendre le champagne d’amis. Le marché suivant, six mois après sa mort, c’est moi qui le remplaçait.


Le premier Noel de mon neveu en France, il vient d’avoir un an

Autres articles sur mon père:
Le cinquième anniversaire de sa mort.

Ma dernière fête des pères

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6 Réponses

  1. Ben moi, mon père a refait sa vie et il en a oublié sa fille.

  2. Très beau billet, je te rejoins via le Taxi la nuit et je suis toujours en vélo. De plus je vis harmonieusement dans la récupération. C’est beau de voir que tu as tombé en amour avec mon pays. Je vais revenir te lire.

  3. @Fanny : Humm je crois que l’absence est pire que la mort mais toi seule peut le dire…@Marcello : merci !

  4. Cécile, votre billet m’a fait pleurer. uytihjcvb/ Oui c’est le côté triste triste de l’immigration.J’ai vécu la mort de mon père il y a 12 ans, et celle de ma mère plus récemment. De loin les deux fois. Ils sont partis vite, et je n’ai jamais pu retourner pour les funérailles. Question de temps – même pas trois jours entre le décès et la cérémonie, dans les deux cas je serais arrivée pour le café après. Je ne peux dire que j’étais contente de voir la famille agir avec tant de rapidité.Il y a eu un dernier téléphone dans chacun des cas – avec un flash hallucinant, comme si sur le téléphone s’écrivait « dernier appel »…Ils sont cependant plus que jamais présents dans ma vie – c’est vrai plus besoin de Bell pour communiquer, mais on attend longtemps longtemps pour la réponse.

  5. Ouf, quelle histoire… C’est triste mais bien souvent ce sont de tels événements qui nous font prendre conscience qu’on a qu’une vie à vivre et que le temps presse pour réaliser nos rêves et vivre à plein nos aspirations. Bravo pour avoir ainsi décidé de plonger dans le journalisme, ça prend quand même une bonne dose de détermination. Je suis certaine que votre papa en est bien fier.

  6. Renée, ce n’était pas mon objectif 🙂 Je suis contente que ma famille m’ait attendue pour les funérailles….Ma mère et ma soeur m’ont consultée avant de fixer la date. Mais ma grand-mère est morte quelques mois plus tard et je n’y suis pas allée, tout comme pour mon grand-père en 91 et ma tante et mon cousin dernièrement. Malheureusement on ne peut se déplacer chaque fois. J’avoue que pour ma tante ( c’était ma préférée et ma tante gateau) ça m’a vraiment fait beaucoup de peine, mais c’est la vie…@Epicure : oui c’est quelque chose mais bon il y a plein d’autres histoires tristes et plus encore…Je pense à ma voisine dont la petite-fille est morte en venant au monde…Mais merci 😉 Je crois que vivre ici seule depuis 20 ans m’a forgée le caractère…Mon père ne me l’avait jamais dit à moi mais des amis à lui m’ont dit qu’il parlait souvent de moi et de mon parcourt. Il en était fier 🙂 Je le sens tous les jours !

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