Entrevue avec David Suzuki

Voici une entrevue que j’avais faite avec ce grand sage au printemps dernier et publié en aout dans Mieux-Être mais qui avait été coupé…Voici l’intégrale 🙂
Bonne lecture
Le Défi environnemental de David Suzuki
Cécile Gladel
À 70 ans, le célèbre scientifique et écologiste David Suzuki vient de publier sa biographie intitulée Ma Vie. Outre ses nombreuses préoccupations pour l’avenir de notre planète, il suggère onze actions pour faire une différence.
Pourquoi s’occuper de la Terre ? « Car notre bien-être ne dépend pas de l’économie mais de la qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la nourriture que la Terre nous donne. Les arbres, les plantes, les animaux nous permettent de vivre. Nous sommes connectés à la Planète. Nous sommes la nature et nous ne le réalisons pas assez », a constaté David Suzuki au cours de ses nombreuses années d’implication.
Les actions suivantes font partie du Défi environnemental de la Fondation David Suzuki. Ce dernier met l’emphase sur chaque petit geste et conseille de les adopter au fur et à mesure. Pour des conseils et trucs, rendez-vous sur le site internet de la Fondation David Suzuki ou sur celui d’Équiterre.
1- Réduire de 10 % l’utilisation d’énergie chez soi
Des trucs qui permettent d’épargner et de réduire notre facture d’électricité. Les ampoules fluorescentes en spirales sont 75 % fois plus efficace que les ampoules habituelles. On débranche les appareils électriques et électroniques lorsqu’ils ne sont pas utilisés. On étend ses vêtements sur la corde au lieu du sèche-linge. Si chaque personne diminue sa consommation, on évitera la construction de barrages ou une nouvelle crise comme celle du projet de centrale au gaz du Suroît.
2- Ne pas manger de viande une fois par semaine
Pas question de devenir végétarien mais simplement de choisir une journée sans viande par semaine. Pourquoi ? Car la production de viande demande une énorme quantité d’eau et d’énergie. Par exemple, produire 283 grammes de viande de bœuf exige 85 fois plus d’eau que la production de la même quantité de pomme de terre.
3- Acheter une voiture qui consomme peu d’essence et moins polluante
« Conduire est l’action la plus polluante pour la planète et pour vous. Quand vous êtes derrière le pot d’échappement d’une voiture, le gaz qui en sort s’incruste directement dans votre corps, vous le respirez », s’exclame David Suzuki.
4- Choisir l’efficacité énergétique ainsi que des appareils électriques qui consomme moins
Pour augmenter les économies, on achète des appareils dotés de l’étiquette Energy Star. Cette norme garantie des appareils qui consomme 20 % d’énergie en moins que les autres. Un bonus pour la planète et pour votre porte-monnaie.
5- Arrêter d’utiliser des pesticides
On peut avoir un magnifique jardin sans utiliser des pesticides. D’ailleurs, la plupart sont interdits au Québec. On apprend donc à aimer les belles fleurs jaunes des pissenlits. « Récemment, il y a eu des études sur l’impact des produits chimiques sur les enfants. C’est partout, dans les airs, dans l’eau. Pourquoi nous étonnons-nous qu’une femme sur huit au Canada puisse souffrir d’un cancer du sein. C’est n’est pas naturel. C’est à cause de toutes ces saloperies que nous envoyons dans l’atmosphère », s’exclame David Suzuki
6- Marcher, prendre son vélo, l’autobus et le métro ou faire du covoiturage pour ses déplacements habituels
Au niveau de l’utilisation de la voiture, David Suzuki donne une bonne note aux Montréalais. « Je n’en reviens pas de voir même des cyclistes en hiver à Montréal. C’est formidable de voir tous ces gens se déplacer en bicyclette. J’étais persuadé que le Québec était en retard pour la protection de l’environnement. Mais non le Québec est un modèle pour le Canada. À Vancouver, le parc d’automobiles grossit plus vite que l’augmentation de la population », soutient-il. Ce dernier rappelle que le meilleur moyen de lutter contre l’obésité reste de sortir de nos voitures et de marcher.
7- Préparer vos repas avec des ingrédients produits localement
Il s’agit aussi de choisir des aliments sains. « La plupart des canadiens ne veulent pas d’OGM dans leur nourriture. Le gouvernement sait que si l’étiquetage des OGM devient obligatoire, personne n’achètera les produits en contenant. Alors, nos dirigeants ne font rien. Ils ne nous permettent pas de choisir ».
8- Choisir un lieu de résidence proche de son travail et des endroits qu’on fréquente habituellement
Ce dernier se demande pourquoi on déménage aussi souvent sans jamais s’établir et s’enraciner dans une communauté, une tribu. « Nos enfants ne peuvent bâtir de belles amitiés solides lorsqu’on déménage trop souvent ».
9- Appuyer les moyens de transport alternatifs à l’automobile
Transport en commun, utilisation de la bicyclette, marche à pieds, voitures hybrides, la population doit soutenir ces moyens qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
10- S’impliquer, partager avec ses proches et rester informé
On fait pression sur nos politiciens. On demande à nos commerçants et industries de respecter l’environnement et d’offrir des produits écologiques.
11- Acheter seulement des vêtements en coton biologique.
Finalement, David Suzuki prodigue un dernier conseil. En effet, la culture du coton nécessite l’utilisation d’un nombre important de produits chimiques. « La culture du coton est un désastre écologique. Mais les gens me répondent souvent qu’ils n’ont pas le temps. Peut-être, mais je suis désolé, ce n’est pas une bonne raison, nous vivons dans un monde compliqué et tous nos gestes ont un impact. Nous devons prendre nos responsabilités », rappelle-t-il.
Pourquoi David Suzuki continue de lutter pour la planète ? « Je n’ai pas le choix, j’ai des petits-enfants. Ce serait irresponsable. Nous devons transmettre une planète viable à nos petits-enfants même si je crois que nous allons vraiment dans la mauvaise direction ». Si le célèbre environnementaliste compte réduire ses activités dans les prochaines années, la relève est assurée. Sa fille Severn Cullis-Suzuki siège au conseil d’administration de la Fondation. Cette dernière s’implique depuis son plus jeune âge. En 1992, à 12 ans, elle prononçait un impressionnant discours au Sommet de la Terre de Rio.

Pour aller plus loin :
Le site internet de la Fondation David Suzuki (principalement en anglais)
www.davidsuzuki.org
Pour s’inscrire au Défi environnemental de David Suzuki (Nature Challenge en anglais) et trouver d’autres moyens de faire sa part pour l’environnement.
Site internet d’Équiterre (Partenaire québécois de la Fondation David Suzuki
www.equiterre.qc.ca
Pour s’inscrire au programme « Changer le monde, un geste à la fois », basé sur le défi environnemental de David Suzuki.

Encadré
L’héritage de David Suzuki
La vie de David Suzuki
Intitulée simplement Ma Vie, la biographie de David Suzuki est en quelque sorte un testament, un héritage qu’il laisse pour sensibiliser, pour réveiller les consciences et démontrer qu’il est possible d’agir pour le bien-être de la planète. Au-delà de ces préoccupations, David Suzuki lance un message aux femmes, qu’il pense plus conscientisées face aux problèmes environnementaux. « Je ne comprends pas pourquoi les femmes ne montent pas aux barricades en criant à nos dirigeants politiques qu’il faut faire quelque chose. La guérison du cancer du sein ne passe pas seulement par de meilleurs médicaments et une détection précoce. La solution est de nettoyer notre environnement. Pourquoi 12 % de nos enfants sont asthmatiques et que le cancer est la cause numéro un de mortalité. Ce que nous faisons subir à la planète, nous nous l’infligeons aussi », soutient le sexagénaire.
Cette brique de 510 pages, qui se lit comme un roman, est clairement séparée en deux parties. La première résume la vie de David Suzuki, de ses souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale en tant que petit-fils d’émigrants japonais en Columbie-Britannique. La deuxième partie parle de la création de la Fondation David Suzuki, de ses diverses batailles au Canada et part le monde. « Les gens voient souvent les environnementalistes comme des personnes négatives et déprimantes. « Je voulais leur dire de s’impliquer et leur montrer ce qu’il est possible de faire. Regardez ce qui s’est passé pour la sauvegarde de la forêt amazonienne. Nous avons travaillé fort et nous avons gagné. Et c’est un exemple parmi tant d’autres. Il faut s’impliquer », lance-t-il.

Ma vie
David Suzuki
Édition du Boréal
510 pages, 2006, 29,95 $.

© Mieux-Être – Cécile Gladel tous droits réservés – septembre 2006Droits d’auteur et droits de reproductionToutes les demandes de reproduction doivent être acheminées à Copibec (reproduction papier et électronique) – 514-288-1664- (800)717-2022licences@copibec.qc.ca

4 Réponses

  1. Superbe entrevue. Mais est-ce qu’on pourra parler un jour d’autre chose que des conseils et trucs écolos? On peut faire bien des choses au niveau individuel, mais il y a des limites, même qu’il y a plusieurs choses impossibles à faire individuellement comme changer la structure urbaine qui nous force à utiliser des voitures, changer la structure d’approvisionnement alimentaire qui fait qu’on envoie nos pommes du Québec à l’extérieur du pays et qu’on achète celles de Nouvelle-Zélande, changer la structure commerciale qui fait qu’on ne trouve plus de vêtements et d’objets quotidiens made in Québec (ou presque), mais uniquement made in China, que l’ordinateur sur lequel j’écris présentement a été entièrement fabriqué et assemblé en Asie? Etc.Et plus que tout, changer notre économie de croissance illimitée dans un monde limité, parce qu’on dépasse depuis longtemps la capacité de la planète à se régénérer, il faut donc décroître avant que ça devienne insoutenable comme ce l’est déjà dans certaines régions du monde.Bref, est-ce que les grands porte-parole écologistes parleront un jour de décroissance soutenable? J’aurais bien aimé savoir ce que M. Suzuki (que j’admire) pense de cette question.

  2. En me relisant, je constate que mon ton est un peu revendicateur, mais ne le prend pas personnel :-), j’ai beaucoup aimé ton article!

  3. ahaha non non je ne le prends pas perso du tout. Honnêtement j’aimerais bien poser ce type de question à M.Suzuki mais ça ne se serait pas adressé aux lectrices du magazine Mieux-Être mais à des gens qui sont rendus à ton niveau de sensibilisation, qui est exceptionnel. Mais c’est minoritaire et pour s’adresser à la majorité, il y aller petit pas par petit pas sinon on les perd. Un reproche que je fais souvent à Équiterre. Ils s’adressent aux convertis seulement, il faut élargir et arrêter de penser que les écolos sont des meilleurs citoyens 🙂

  4. Et pour décroître en consommation, ben recyclons récupérons, ré-utilisons, allons- y au recyclo, comptoir familial, sous-sol d’église, ce sera au moins ça de gagné. Faut en parler de ces endroits où l’on trouve des trucs de toutes sortes: vêtements, meubles, musiques, livres à peine utilisés,raquettes, ski de fond… parfois même neufs, des balances de magasin.C’est fou la richesse qui se trouve dans ces endroits. Je fais plusieurs salons avec mes Chapeaux et je suis tjrs surprise de voir comment les gens s’informe encore de « où » ils peuvent aller porter leurs vieux manteaux de fourrures??? quand ils ne les ont tout simplement pas jetés au poubelle!!! :O(Faut encore et encore les informer ! Un mandat pour toi Cécile :O)tous les trésors qu’on peut y trouver c’est vraiment fou!et puis si vous allez sur mon site, je montre comment j’emballe éthiquement mes cadeaux :O)Bye Guyli Faudrait **Donnez au suivant**, la chance à ces comptoirs, de rejoindre encore le plus de monde possible.

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