Je fus une rejet à l’école…

J’ai été une rejet à l’école, pendant une année, une longue année, comme le jeune David Fortin, toujours introuvable après plus de deux ans, comme cette nouvelle victime de ce fléau, Majorie Raymond. Voici une actualisation de mon billet écrit en 2009, une vidéo, et à la fin, les conseils d’une amie qui travaille beaucoup avec les jeunes.

Losers from Everynone on Vimeo.

Durant ma deuxième année de secondaire. Je me souviens encore de l’une des pires années de ma vie (avec 1998). J’ai manqué la moitié de mon année. Pourtant le secondaire avait bien commencé à Issoire au Lycée St-Louis-Sévigné. Catho et privé. Ouf. J’y ai passé tout mon secondaire! Entrée en septembre 77, j’en sortais, mon bac en poche, en juin 1986.

Entrée à 10 ans avec une année d’avance, la première année fut agréable. De bons souvenirs avec une groupe de filles sympas.

Mon cauchemar a commencé lors de ma 2e année. Les profs disent à mes parents que je dois redoubler à cause de mon jeune âge. Alors je redouble et perds mes chères amies. Nouveau groupe, nouvelle adaptation avec des élèves de mon âge même si j’ai une année d’expérience de plus dans cette école…Je ne sais plus comment les moqueries ont commencé. Mais je me souviens ne plus vouloir aller à l’école. J’ai tellement pleuré lors de cette année maudite. Je me suis inventée toutes sortes de maladies pour ne pas affronter les moqueries de la meneuse, une ado gâtée qui se croyait tout permis. Mais qui est devenue une adulte charmante. Je me souviens de son nom puisque j’ai fait tout mon secondaire avec elle.

Le problème s’est réglé l’année suivante.

Sauf que les moqueries blessaient profondément la jeune adolescente que j’étais. Mes parents ne savaient plus quoi faire avec mes larmes, mes refus d’aller à l’école, mes maux physiques qui n’étaient que le reflet de mon mal intérieur. Des blessures qui marquent à vie, dont on se remet à force d’introspection et de travail.

Ce mal a été jusqu’à l’hôpital puisque je me suis faite opérée de l’appendicite cette année là. J’avais enfin de l’attention, pas pour se moquer de moi, car on ne se moque pas d’une opérée!!!
Ce fut fini. Après mon hospitalisation et ma convalescence à la maison, je revenais en héroïne. Je ne conseillerais pas à tous les rejets de se créer une maladie.

J’ai eu aussi la chance d’avoir des parents qui ont pris le problème au sérieux et une école qui a agi, qui a compris.

Mais je ne peux que conseiller aux adultes de ne pas prendre le problème à la légère.
Les enfants et les adolescents ne ménagent pas les plus faibles, les différents. Les mots et les actions peuvent être cinglants, méchants, blessants. L’adolescence, en particulier, est une période si difficile. On peut être si bête et si fragile à la fois…

Que faire ? Comment les parents peuvent ne rien voir, peuvent laisser faire ? Comment agir nous les adultes ? J’ai posé la question à l’une de mes amie qui travaille avec les jeunes. Voici sa réponse : « On est présent et on écoute… mais on n’est pas dans la tête des gens 24h/24h. Et autant pour les intimidateurs qui cherchent de l’attention. Qu’un jeune s’exprime par la violence ou en se repliant sur lui-même, c’est une réaction à quelque chose et qui demande la même présence et la même écoute pour briser le cycle de la violence. On ne cautionne pas les gestes de violence, mais on offre du soutien. Si un jeune peu identifier au moins un adulte en qui il peut avoir confiance dans les lieux qu’il fréquente ou dans sa famille, il y a de quoi qui peut être fait. Mais beaucoup de jeunes ont l’impression que personne ne peut comprendre ce qu’ils vivent. C’est pas facile de défaire ce mythe.»

Mais à l’adolescence, nous sommes encore des enfants. Rien ne sert de pointer du doigt publiquement les harceleurs. Ce sont aussi des enfants. Actuellement, le profil Facebook de l’une des harceleuse présumée de Marjorie Raymond circule sur Twitter et Facebook. Ne tombons pas dans l’effet inverse en devenant les harceleurs de la harceleuse. Soyons adultes sans juger et punir avant de savoir. Attention. Faisons juste attention à la portée des mots.

Autres discussions, informations et documentaires
Ne devrait-on pas offrir des cours d’auto-défense dans les écoles dès que les enfants ont l’âge minimal. Voir mon article sur le sujet dans La Presse.

Un billet de blogue de Sur le web de Radio-Canada
Un documentaire de l’ONF

Un billet de Tamy Emma Pépin dans lequel elle a biffé les noms des jeunes après mes remarques.

L’émission le Code Chastenay a aussi parlé des intimidateurs et des mesures à prendre.

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5 Réponses

  1. J’ai aussi été victime d’intimidation au début de mon primaire et j’ai eu la chance de déménager très loin de mes harceleurs et de recommencer à zéro. Ce ne sont pas tous les enfants qui ont accès à cette magique expérience de sortir du cercle vicieux qu’est l’intimidation. Vous connaissez la chanson Maryse de Patrick Groulx, et bien c’est vraiment mon histoire!

    À titre de parents, d’adultes, d’éducateurs, il est de notre responsabilité de prendre par la main les victimes et les bourreaux et de leur apprendre qu’à l’intérieur nous sommes tous identiques. Chaque être humain désire être aimé et accepté tel qu’il est. La violence verbale et physique est un fléau qui fait souffrir tant les vicitmes que les bourreaux… car souvent celui qui persécute agit de cette façon car il souffre lui aussi, et cela enclenche malheureusement une roue sans fin…

    Je pense que nous devons être vigilents, à l’écoute, et oui tout prendre au sérieux. Et surtout, faire attention à nos paroles… car soyons honnêtes, il nous arrive aussi de juger selon l’apparence. En un coup d’oeil, la machine à scénario prend du service et nous raconte l’histoire d’une personne selon son aspect visuel. Il faut faire attention à cela, surtout quand nos enfants entendent ces façons que l’on a de juger, qui sont parfois anodines, mais qui peuvent mener plus loin dans l’esprit des enfants qui n’ont pas la retenue des adultes.

    Nous devons faire ce que l’on dit, «walk the talk» et démontrer de la compassion et de la compréhension. Il serait aussi excellent que les organismes visant à éradiquer l’intimidation comme la Fondation Jasmin Roy et Stop-a-bully(canada anglais) soient encore plus connus et faciles d’accès pour les jeunes. Les enfants doivent avoir des ressources à leur portée pour se protéger et stopper l’intimidation. C’est primordial!

    Plus on en parlera, et surtout avec les jeunes enfants, plus on la dénoncera, mieux ça ira. C’est un pas dans la bonne direction. Dommage que ça prenne des victimes pour déclencher un sérieux dialogue! Merci Cécile d’avoir ouvert la porte!

  2. Ma petite-fille a 8 ans et fréquente une école publique à vocation artistique de Montréal. Une jeune camarade qui a presque 10 mois de plus qu’elle joue avec son pouvoir sur les autres et place B. à l’écart quand bon lui semble faisant d’elle son esclave amicale. Quand la copine le décide, ma petite-fille devient rejet. Cela a une telle influence sur son comportement que rien ne va plus. Elle fait d’horribles crises d’angoisse, ne veut pas dormir, agit avec violence sur sa maman, et a fini par avouer à 8 ans que personne ne l’aime. Je pense qu’il faut agir tout de suite. Le rejet d’un ou d’une élève dans une classe en fait un enfant qui développe des problèmes académiques. Les enseignantes elles n’arrêtent pas de clamer le diktat que les filles sont méchantes entre elles et que c’est un jeu normal et qu’elles perdraient la moitié de leur temps de classe à essayer intervenir. Elles n’écoutent pas quand B. dit qu’elle est rejetée. Mais alors, c’est MA petite-fille et moi, ça m’empêche de connaître la paix intérieure. L’amour que moi je lui porte, l’ayant élevée durant trois ans presque à temps plein, la fait être aussi rejetée par les autres parents de ma famille. Il ne faut pas laisser aller les choses. Je sais ce que c’est que le rejet et je ne veux pas de ça pour ma petite-fille. Oui, stopper l’intimidation de groupe, c’est primordial!

  3. Je pense qu’il est très important de responsabiliser les enfants de leurs actes. Ils doivent apprendre qu’ils n’ont pas que des droits mais aussi des devoirs.

  4. En ce qui me concerne, c’est 30 ans plus tard que j’ai été en mesure de constater les répercussions de l’intimidation dont j’ai été victime alors que j’étais enfant.

    Un certain Daniel qui fréquentait la même école que moi m’avait désigné comme sa principale cible. La violence verbale mais aussi physique se vivait au quotidien. Combien de fois ais-je entendu, « je vais t’attendre après l’école » et qu’il m’attendait effectivement à la fin des classes pour me rouer de coups.

    Mes parents me disaient « réplique » mais étant plutôt chétif à l’époque et de surcroit pas vraiment porté à donner de coups. Leur solution n’a donc guère aidé. La direction de l’école? Au pire lui a-t-on donné de petites tapes sur les mains, mais jamais rien de sérieux, genre suspension ou expulsion.

    Le temps a passé et les agressions on cessé. Faut dire que j’ai beaucoup changé à l’adolescence. De chétif, je suis rapidement devenu une « armoire à glace ». Mettons que ca aide.

    Il y a deux ans, en lisant les pages nécrologiques du journal, j’apprends que le Daniel en question est décédé du cancer. J’ai ressenti une pointe de satisfaction. « It’s payback time » me suis-je dit. Moi, j’ai une bonne job, plein d’amis, une conjointe et toi, le looser tu manges des pissenlits par la racine.

    Ca m’a écœuré de ressentir une satisfaction en apprenant la mort de quelqu’un…..

    La voilà la répercussion….30 ans plus tard.

  5. Très bon article, avec un témoignage personnel fort qui ne sert pas à alimenter les mauvaises réactions.
    J’ai connu pour ma part la situation d’être la proie de moqueries à l’école à cause de mes 18 mois d’avance et de ma petite taille, mais je m’en suis sorti en étant combatif. Un grand m’agaçait ? Je lui rentrais dedans. C’est moche, c’est basique, mais j’ai obtenu le respect des costauds en faisant semblant de ne pas les craindre.
    Aujourd’hui, je suis devenu doux, conciliant, paisible. Tout est possible.
    sébastien h.

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